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 Monolake / Robert Henke (234)

Robert HENKE - Layering Buddha (2006)
Par STREETCLEANER le 19 Mai 2011          Consultée 1503 fois

Avant de rédiger la chronique de ce Layering Buddha j’ignorais l’existence même de ce petit gadget électronique qu’on nomme FM3 Buddha Machine. Mis au point par Christiaan Virant et Zhang Jian, il connaît l’essentiel de son succès dans les pays asiatiques. A quoi sert-il ? En gros, à rien. L’appareil ressemble à un petit transistor de poche avec un haut-parleur intégré. Toutefois, il ne permet pas de capter les ondes radios. La seule musique qu’il peut jouer est celle uniquement préenregistrée et composée de neuf petits fragments sonores qui vont de moins de dix secondes à quarante secondes selon leur numéro. Le gadget comporte une molette, semblable à celle d’un tuner FM, qui permet de passer d’une boucle à l’autre. On peut effectivement parler de boucle sonore car si l’utilisateur ne touche pas à cette molette, l’échantillon sonore se répètera inlassablement. L’intérêt qu’on peut lui trouver réside dans la multiplication possible des appareils. Par exemple, si on fait jouer simultanément à plusieurs de ces échantillonneurs des boucles différentes, on pourra obtenir une musique ambiante unique. De surcroît, aucun de ces appareils ne possède un son totalement identique, ce qui permet d’enrichir les textures si on leur fait jouer la même boucle de concert.

Le travail de Robert Henke va ici consister à enregistrer ces neuf petites plages sonores (1), révéler leurs détails auparavant inaudibles, les filtrer, les densifier, en augmenter la profondeur des textures, les mixer et les combiner afin de réaliser ce disque de musique ambiante (2). Certaines plages de cet album présenteront une évidente sensation d’homogénéité question sonorités et motifs, mais ceci peut être expliqué par le fait que certaines pièces reposent sur un travail réalisé à partir d’une seule et même boucle. Lorsqu’on compare le matériel de base (ces neufs fragments) et le résultat ici obtenu, le travail de transformation s’avère être parfois tout simplement saisissant. Je pense notamment à « Layer 004 » sur lequel Henke réussit l’exploit de faire quasiment du field recording (3). Il arrive à transporter l’auditeur dans un environnement aquatique imaginaire dans lequel on entend, pêle-mêle, des vagues dans le lointain, le chant des insectes et autres bestioles, les remous ou les clapotis de l'eau. A partir de boucles sonores toutes simples voilà donc tout un univers qui grouille de vie, qui est créé quasiment ex nihilo, un peu comme la vie dans notre univers qui est partie de presque rien.

Layering Buddha n’est pas un disque d’ambient mélodique. Même si au fil du temps chaque composition finit par bien se dessiner puis devenir hautement addictive, l’axe dominant repose ici sur une invitation à la relaxation, à la méditation, au vide intérieur, ou aux images lentes. Henke privilégie les atmosphères épurées, flottantes, linéaires, vides d'humanité et de chaleur, plutôt statiques et uniformes « Layer 002 », atmosphères qui peuvent parfois faire penser à une musique contemporaine et orchestrale destinée à un film un peu sombre (« Layer 001 », « Layer 009 », notamment avec des effets de lenteur et de flux/reflux constants sur fond de grondements atmosphériques). Toutefois, ce serait faire fi de la richesse des détails que de s’arrêter à cette première impression de minimalisme extrême (à l’instar de la boucle hypnotique répétitive de « Layer 010 », ou de l’immobilité du froid brouillard de « Layer 002/003 », et du flottant « Layer 005 »). A titre d’exemple, « Layer 0008 » ou « Layer 010 » sont des petites orfèvreries sur le plan de la finesse et de l’intelligence du détail. Et quant à lui, « Layer 006 » qui vire dub techno, est aussi vraiment immersif, avec son petit beat de fond aux effets d’échos et qui tourne en boucle créant une sensation assez fascinante et hypnotique d’assoupissement et de rêve.

Le travail d’extraction de l’essence de la matière première, de son remodelage, de sa transformation, est purement stupéfiant lorsqu’on connaît le matériau de base (« Layer 004 », « Layer 006 », « Layer 008 », « Layer 010 » notamment). Et c’est là où on perçoit quand même l’étendue des capacités et de l’habileté d’Henke. Malgré cette matière de base plutôt limitée et le caractère particulièrement expérimental de l’exercice, Layering Buddha s’avère être un des disques d’ambient les plus enthousiasmants et soignés qu’il m’ait été donné d’écouter. On pourrait le rapprocher, en partie, de Ambient 4 - On Land - de Brian ENO, pour certaines atmosphères. Et dans ce genre ultra saturé qu’est l’ambient, et dans lequel il convient d'être très sélectif, nombreux seront les disques qui sonneront d’une manière pitoyablement « grossière » comparés à ce Layering Buddha. Un chef-d'oeuvre d'ambient, tout simplement.

Note réelle : 4.5/5.

(1) ces plages sonores peuvent être téléchargées sur le site FM3 Buddha Machine
http://www.fm3buddhamachine.com/

(2) une version live –et différente car plus complexe- de Layering Buddha peut être téléchargée gratuitement et légalement sur le site de l’artiste (il existe deux versions, 2007 et 2008, celle de 2008 étant d’une meilleure qualité)
http://www.monolake.de/concerts/layering_buddha.html

(3) captation sonore d’un environnement

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- Robert Henke (tout)


1. Layer 001
2. Layer 002
3. Layer 003
4. Layer 004
5. Layer 005
6. Layer 006
7. Layer 007
8. Layer 008
9. Layer 009
10. Layer 010



             



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