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PLAN B - The Defamation Of Strickland Banks (2010)
Par MOONDREAMER le 30 Septembre 2011          Consultée 1854 fois

Fermez les yeux, projetez-vous dans les années 1960, une salle de concert embrumée quelque part dans les vieux quartiers de Londres. Les premières notes de guitare de "Love Goes Down" commencent et laissent place à la voix claire de Strickland Banks, grand chanteur de soul à l’apogée de son succès. Des chœurs subtils parsèment le refrain alors qu’une trompette parcourt la chanson de bout en bout. On imaginerait presque les groupies attroupées au premier rang dans l’espoir de recevoir un regard volé à leur idole, chantant le refrain entêtant de cette chanson d’amour. De l’autre côté de la scène, le groupe accompagnant le chanteur se donne corps et âme tandis que celui-ci clame amoureusement à sa fiancée "Baby can't you see? You're the only one for me"

Voilà les bases de l’univers recréé dans l’album concept de Ben Drew, alias PLAN B, The Defamation Of Strickland Banks. Qui pourrait croire après ce premier morceau que ce jeune britannique de 27 ans s’est fait connaitre 5 ans plus tôt par un album de rap, Who Needs Actions When You Got Words, salué par la critique anglo-saxonne mais critiqué pour la violence de ses paroles?

Personne. Et c’est bien là le tour de force que réussit PLAN B avec cet album : créer un nouveau style musical composé de soul rétro, remis au goût du jour par Amy Winehouse et consorts, et d’un rap porté par une élocution aussi incisive que The Steets. Et il le fait avec une classe telle que l’on pourrait se demander comment il a pu ainsi limiter ses performances vocales au rap quand il avait les moyens de regarder du côté de Marvin Gaye !

Mais comme l’indique le nom de l’album, le voyage ne va pas rester aussi frivole et léger, alors continuons un peu notre plongée dans cette salle de concert obscure. Applaudissements après le premier morceau. La salle est accrochée aux lèvres du charmant tombeur de ses dames quand démarre "Writing’s On The Wall", un morceau aux paroles moins mièvres mais dans la même veine soul que son prédécesseur. Une admiratrice amoureuse laisse s’échapper une larme quand Banks quitte la scène sur une ovation bien méritée.

Avec son groupe, celui-ci part fêter le succès de son concert et tous passent la soirée à écumer les bars de Londres, vite rejoints par une horde de groupies déchainées dont notre mystérieuse admiratrice sentimentale qui se rapproche dangereusement du chanteur. "Stay Too Long" est un des morceaux les plus violents de l’album, illustrant à coup de riffs bien sentis une progression crescendo dans la chanson et dans l’ivresse de Banks. Et c’est aussi sur ce morceau que PLAN B rappe, pour la première fois et force est de constater qu’il n’a rien perdu de la verve qui l’avait fait connaitre ! "I’m at the bar and I see a chick checking me out from afar, yeah she wants my dick there ain’t a doubt" ("Je suis au bar et je vois cette fille qui me dévisage au loin, ouais elle veut ma b**e pas de doute") entend-on en fin de chanson. Et c’est sur un coup d’un soir que se terminent cette chanson et la carrière étincelante de Banks.

En effet, "She Said", la chanson phare de l’album, se présente comme le plaidoyer de Banks devant un tribunal. Que s’est-il passé ? Cette groupie était complètement obsédée par Banks et par sa musique au point que quand celui-ci la rejeta au lendemain de la fatidique nuit qui lui avait permis de toucher son rêve, elle ne supporta pas d’être traitée de la sorte et porta plainte pour un viol qui n’eut jamais lieu. Cette chanson mérite tout à fait son succès : un air qui rentre aisément dans la tête, la voix en falsetto de PLAN B qui prend tour à tour les intonations de la groupie et de Banks, des arrangements toujours discrets mais de qualité, un passage de rap ciselé à la perfection, des paroles auxquelles personne ne prête attention mais qui témoignent du talent d’écriture et de composition du jeune chanteur. Bref, une réussite. Mais le verdict est sans appel, Strickland Banks est condamné à aller en prison.

"Welcome To Hell" accompagne l’incarcération de Banks dans la prison la plus glauque que Londres ait connu. J’apprécie tout particulièrement le travail des chœurs sur ce morceau, qui comme les précédents, confirme la nouvelle mue soul du rappeur. A partir de là, tout l’album portera sur l’expérience de l’ancienne star en prison, sa "Defamation" (à la fois diffamation et perte de sa célébrité ["fame"]). Ici, ce sont ces appréhensions qui sont traitées. ("I put my brave face on. Can't let’ em know that I'm scared" / "Je mets mon masque de courage. Je ne peux pas les laisser voir que j’ai peur")

Banks est confronté à des moments difficiles ("Hard Times"), il comprend ce que ça fait pour une célébrité comme lui de se retrouver pauvre, démuni, seul et incompris. Ce morceau calme monte doucement en puissance grâce aux ajouts progressifs de violons et de chœurs qui arrivent parfaitement à nous retransmettre la douce mélancolie dans laquelle Banks sombre progressivement.

Commence alors un de mes morceaux favoris de l’album, "The Recluse" : des violons omniprésents qui accompagnent à la perfection une mélodie vive et brusque, un refrain simple mais efficace qui reste longtemps ancré dans les pensées, un passage de rap qui s’intègre étonnamment bien avec les cordes frottées ce qui renforce la profondeur de la chanson. Quand on la replace dans le contexte de l’histoire, cette chanson marque le début de la métamorphose de Banks qui passe du statut d’ex-star apeurée à celui de prisonnier vétéran et solitaire commençant à accepter l’injustice de sa situation.

Encouragé par les abus que lui racontent les autres détenus, Banks explique dans la chanson « Traded In My Cigarettes » qu’il échange ses cigarettes contre un couteau. ("Because now you know I’ve gotta get tough now baby" / "Parce que maintenant, tu sais que je dois devenir dur chérie"). Ce morceau possède lui aussi des qualités indéniables : une ligne de basse récurrente mise en valeur au début du morceau, des choeurs ici aussi affirmés, une mélodie rythmée se rapprochant des belles heures de la Motown. PLAN B nous laisse souffler après les rythmes effrénés de violons du morceau précédent.

Et nouveau drame, Banks tue un prisonnier qui l’agressait mais se fait piéger par l’acolyte de celui-ci. Quand bien même il croit mourir, il reçoit l’aide inespérée d’un détenu qu’il décrit comme "un ange […] avec le Diable dans ses yeux mais Dieu dans son cœur" ("this angel […] with The Devil in his eyes, but God in his heart") qui tue son deuxième assaillant. Saisi de culpabilité, Banks se demande que va-t-il lui arriver avec ces deux cadavres sur le dos quand son sauveur lui rétorque "Je suis là à vie de toute façon, tu n’y es que pour 5 ans, je me dénoncerai" ("I'm in here for life anyway, you're only in here for 5, I'll take the blame"). Banks se tourne alors vers Dieu et prie pour apaiser sa culpabilité et sa honte. "Prayin’" illustre ces deux sentiments avec force et conviction, porté par un air puissant et des percussions qui s’affirment progressivement.

"Darkest Place" est un morceau dans lequel le rap a une place prépondérante : Banks s’adresse à nouveau à Dieu mais cette fois-ci le condamne pour ne pas l’avoir sauvé quand il en avait besoin, pour ne pas avoir puni la menteuse qui l’a conduit là, pour ne pas avoir sauvé son compagnon d’infortune,... Il en conclut que Dieu n’existe pas, et qu’il est juste un objet factice. ("God ain't real, it's just a sham.") Le rap de PLAN B manifeste ici toutes ses qualités. Incisif, démonstratif, porté par une élocution, un flow, impeccable. Retour aux sources, Ben Drew affirme son passé de rappeur tout en mâtinant sa chanson de quelques passages chantés s’intégrant avec élégance dans la chanson.

Le morceau suivant contraste avec le précédent en le sens qu’on retourne avec "Free" aux premières chansons de l’album, quand Banks était encore l’idole de sa génération. Très soul, on croirait entendre la version masculine de "Valerie", récemment reprise par (feu) Amy Winehouse et le rap est ici inexistant. Pourtant, les paroles sont plus profondes qu’il n’y parait : Banks reconnait ses torts mais plaide pour être libéré, "Je ne suis coupable d’aucun crime, retirez moi ces chaines" dit-il dès les premières phrases du refrain. Brusque métamorphose que subit encore le chanteur, où est passée la culpabilité étouffante et écrasante de "Prayin’"? Banks est déjà passé au-delà et va de l’avant!

"I Know A Song" est une surprise folk inattendue : une ballade que Banks adresse à son (ex- ?) fiancée qui commence par un simple guitare-voix sur lequel se superposent progressivement des violons et des altos. PLAN B démontre ici l’éclectisme de son talent de compositeur. On regrettera pour être exigeant que cette chanson soit si courte bien qu’elle donne un élan de fraicheur à un album qui touche pourtant à sa fin.

La chanson finale est une interrogation adressée à tous ses juges quand Banks est soumis à un nouveau procès visant à réviser son cas : "What You Gonna Do?" ("Qu’allez-vous faire?"). Banks raconte ses impressions, son histoire en prison et interpelle le jury sur ce qui adviendra de lui. Finalement il termine en disant que pour être honnête : "J’en ai rien à foutre" ("I don’t really give a fuck"). Ce morceau est à l’image de l’album, un savant mélange entre mélodies catchy sur fond soul et passages rappés avec ferveur. Et, à l’image de cet album : le morceau est une réussite!

Vous connaissez donc mon avis : autant pour le mélange soul/rap étonnamment complémentaires que pour le concept de l’album (tendant vers la référence qu’est indéniablement The Wall de Pink Floyd) ou encore pour la qualité des compositions, The Defamation Of Strickland Banks est selon moi un des meilleurs albums de 2010.

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- Ben Drew [plan B] (chant, production, mixage)
- Aleysha Gordon (chœurs)
- Hannah Kemoh (chœurs)
- Samantha Smith (chœurs)
- Jennifer Dawodu (chœurs)
- Marvin Cottrell (chœurs)
- Tom Wright-goss (guitare)
- Eric Appapoulay (basse, chœurs)
- Jodi Milliner (basse)
- Richard Cassell (batterie)
- Paul Epworth (batterie)
- Everton Newson (violon)
- Louisa Fuller (violon)
- Sally Herbert (violon)
- Warren Zielinski (violon)
- Bruce White (alto)
- Sonia Slany (alto)
- Ian Burdge (violoncelle)
- Harry Escott (violoncelle)
- Jason Yarde (saxophones alto et baryton)
- Zem Audu (saxophone ténor)
- Harry Brown (trombone)
- David Prisemen (trompette, bugle)
- Mark Crown (trompette)
- Harry Escott (arrangements pour les cordes)
- Sally Herbert (arrangement pour les cordes)
- Jason Yarde (arrangements pour les cuivres)


1. Love Goes Down
2. Writing’s On The Wall
3. Stay Too Long
4. She Said
5. Welcome To Hell
6. Hard Times
7. The Recluse
8. Traded In My Cigarettes
9. Prayin’
10. Darkest Place
11. Free
12. I Know A Song
13. What You Gonna Do



             



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