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Andy Emler MEGAOCTET - Dreams In Tune (2004)
Par MARCO STIVELL le 25 Décembre 2010          Consultée 1144 fois

Admettons. Admettons que lorsque l'on voit le nom d'un artiste et surtout un titre d'album, une pochette spéciale, sans rien savoir de plus à leur sujet, on se "lance" dans diverses spéculations, genre "Andy Emler MegaOctet, Dreams in Tune, pochette bleu aquatique, ça sonne comme un beau disque rêveur, pourquoi pas électro ?" En effet, c'est le mot, pourquoi pas. Admettons que ce genre de pensée dure plusieurs jours, le temps de voir la galette arriver chez soi car oui, elle a été commandée sur Internet. Lorsque qu'elle débarque enfin, c'est la douche froide ! "Saxophone, clarinette basse, contrebasse et Marc Ducret", voilà quatre mots ou groupes de mots qui résument parfaitement ce que sera le contenu, soit, c'est ce que l'on se dit, l'opposé de ce que l'on imaginait, voire espérait.

On a raison, mais aussi tort. Dreams in Tune n'est pas un disque électro pour un sou, c'est du jazz, vous l'avez compris. Les photos du livret nous présentent les têtes de ces différents musiciens qui (le pianiste Andy Emler particulièrement) tiennent plus des improvisateurs surdoués de la musique "vapeur" comme j'aime bien l'appeler, plutôt que des bidouilleurs de machines à faire "boum boum". Donc pour cela, on a raison de penser qu'on est loin d'être en présence de ce que l'on souhaitait, mais il ne s'agit que du style. Pour le côté "rêveur", on va y revenir.

Il convient de présenter un peu Andy Emler, le maître à penser de cette entreprise. Musicien de formation classique et en partie influencé par le rock, il a dans les années 80 développé un penchant de plus en plus grand pour les musiques improvisées, donc le jazz en priorité, en corrélation avec son ami Antoine Hervé. Le MegaOctet est, suite à sa tentative vaine de devenir directeur de l'Orchestre National de Jazz, le band (on peut diffcilement dire "big") qu'il s'est crée pour lui-même. Cinq albums sont sortis à ce jour dont celui-ci, qui est le troisième. Au départ, la formule était pas mal en rapport avec les influences rock de Emler, puis elle s'est petit à petit rapprochée d'un son plus acoustique, comme on peut le voir en lisant les crédits de Dreams in Tune. En dehors du piano, les saxos et cuivres occupent la majorité du spectre sonore. Même Marc Ducret, l'un des plus grands guitaristes français et invité d'honneur sur le disque, se cantonne à la guitare dite "sèche".

Avec tout ça, on pourrait craindre, moi y compris à la base, que l'on a affaire ici à une musique "d'intello", genre l'autre groupe Fourplay que l'on a souvent tendance à ramener à de la "musique de bobos". Ce serait être médisant, mais il faut reconnaître que la musique d'Andy Emler et de ses musiciens n'échappe pas à certains de ces clichés. Par exemple rien que le début, avec le canon de saxophones, pourrait rapidement filer un mal de tête aux amateurs de folk simple dans mon genre ou à un rockeur pur et dur. Et même par la suite, les parties d'instruments à vent surtout, font appel à des couleurs sonores très caractéristiques de la musique jazz, autant que la batterie pour les métriques. L'expressivité est marquée à un tel point qu'on a du mal à ne pas rester dubitatif devant certains solos de saxophone énervé ou de cornet fou, la longueur de certains titres n'y aidant pas ("Urbanhof" fait un quart d'heure). Et je ne parle pas du chant délirant sur les deux derniers morceaux du disque, un genre de Klaus Blasquiz qui aurait sniffé de la coke africaine (j'avoue que ce type de scat me laisse pour le moins glacial)... Bref en théorie, rien n'est fait pour que l'auditeur perplexe face à la musique jazz-improvisée revoie son jugement.

Cependant, il convient de ne pas rester sur ses impressions des premères écoutes, aussi difficiles puissent être ces dernières. Parce que bien qu'en grande partie improvisée, on remarque un certain effort d'écriture. Andy Emler n'a pas signé tout seul, ou participé à toute la composition du disque, mais il arrive néanmoins à faire ressortir de temps en temps ses influences rock, comme sur "Minicrobe", ainsi que son passé dans la musique purement classique par le biais de nombreuses parties plus calmes. Il ne faut pas oublier également que plus jeune, il a pris des cours de contrepoint, et sa maîtrise de cette science musicale est perceptible notamment à travers ces dernières. Pour cela, les morceaux les plus "exemplaires" sont la deuxième partie de "4/4 cm3 / Horizons" et surtout "Julie s'Est Noyée". Soit les plus doux, mais j'ai toujours préféré les moments plus "smooth" du jazz, et pour en revenir à notre petit speech du début de la chronique, ce sont ces pièces-là qui sont de loin le plus en accord avec le titre du disque. Là pour le coup, la douche redevient chaude. Non pas que j'aurais aimé que tout le disque soit similaire, c'est bien d'avoir des développements plus enlevés. Mais c'est aussi à travers ces petites douceurs que l'on apprécie le mieux l'arrangement, l'expression ainsi que le son des instruments.

Ce n'est pas le genre de disques que je recommande pour tous les jours, à part bien sûr aux amateurs de ce type de musique qui je pense ne seront pas dépaysés et qui y retrouveront ce qui les lient à elle. Pour les autres, essayez quelque chose d'un peu moins "tiré par les cheveux !"

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   MARCO STIVELL

 
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- Andy Emler (piano)
- Médéric Collignon (bugle, cornet, voix)
- Laurent Dehors (saxophe ténor, clarinette basse)
- Thomas De Pourquery (saxophones alto et soprano)
- Philippe Seliam (saxophone alto)
- François Thuillier (tubas)
- Claude Tchamitchian (contrebasse)
- Eric Echampard (batterie)
- François Verly (percussions)
- Marc Ducret (guitare acoustique)


1. Urbanhof
2. Julie S'est Noyée
3. Last Call For Alcohol
4. Stone Tuba 1
5. Minicrobe
6. Boulevard D'anfa Total
7. 4/4 Cm² / Horizons



             



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