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Stefano BATTAGLIA - The River Of Anyder (2011)
Par STREETCLEANER le 30 Janvier 2012          Consultée 1791 fois

Le pianiste italien Stefano Battaglia n'en est pas à son premier album au sein du célèbre label ECM, mais ici il se présente pour la première fois en trio et c'est le piano qui va -bien évidemment- dominer tout du long de ce River of Anyder. Chaque composition possède un titre inspiré par un lieu géographique imaginaire. Ainsi, "Minas Tirith" nous renvoie à Tolkien et son célèbre univers fantasy tiré du Seigneur des Anneaux, "Bensalem" n'est rien d'autre que la fameuse île de la Nouvelle Atlantide (de Francis Bacon), alors que les murs de la cité invisible d' "Anagoor" sont capturés d'une nouvelle de l'écrivain italien Dino Buzzati et que la rivière d'Anyder est évoquée dans l' "Utopia" de Sir Thomas More. L'esprit qui entoure donc ce nouvel album sera particulièrement propice à l'évasion, au dépaysement, et cette volonté de voyage se retrouvera clairement dans les colorations de certaines compositions. Battaglia précise qu'il s'est efforcé à écrire des chansons et des danses non influencées par la sophistication des langages musicaux contemporains, ces pièces pouvant prétendre avoir été jouées sur des instruments archaïques il y a mille ans. Il en ressort une certaine force d'intemporalité et une certaine aura magique puisée à la source de ses différentes inspirations.

The River of Anyder est un album largement très mélodique, mélancolique, délicat et plein de douceur. Ceux qui s'attendent à un déferlement de notes ou à des maelströms techniques endiablés en seront pour leur frais, Battaglia privilégiant l'introspection et l'imaginaire intime à la démonstration, la balade à la chevauchée. La poésie de Rimbaud évoquée dans "Nowhere Song" donne la direction. Les mélodies touchent juste, l'émotion point de manière évidente. Les motifs au superbe spleen rêveur de "The River of Anyder" sont parfois appuyés, parfois simplement esquissés ou survolés, servant de squelette autour duquel le pianiste va tourner, s'éloigner plus ou moins mais toujours revenir. D'autres moments sont également particulièrement apaisants. Le lyrisme de "Minas Tirith", qui introduit l'album, est subtil mais évident. La batterie de Dani semble posséder sa propre vie, qui se détache de celle du piano. La profondeur sonore y est impressionnante, notamment celle des cymbales. La qualité de la production de Manfred Eicher est évidemment impossible à prendre en défaut. Difficile également de résister aux multiples thèmes de "Return to Bensalem" / "Bensalem", courts mais de toute beauté, ou à la délicatesse un peu plus en clair-obscur de "Anagoor".

Un des titres les plus riches en images sera peut-être "Ararat Dance", où le pianiste répète un motif dont l'essence semble être aspirée des temps médiévaux, un motif auquel vient se greffer une mélodie à l'exquise beauté toute mélancolique et dansante alors que les percussions évoquent la chaleur de quelques contrées orientales. La contrebasse nous immergera au beau milieu de ce décor, emportant dans le vent de ses arpèges le souffle du sable chaud des dunes avant que Battaglia parte dans une exploration libre de ces paysages en faisant surgir une foultitude d'images plus hautes en couleurs les unes que les autres. Battaglia se taille la part du lion, l'essentiel du travail de coloration de la peinture lui revient alors que la contrebasse l'accompagne ensuite de ses ostinatos hypnotiques. "Sham-bha-lah" prolongera en partie le voyage exotique, la danse se devinant plus qu'elle ne s'impose, toute la richesse réside souvent dans les images tressées en filigrane. Battaglia réussit à capturer avec brio la chaleur du désert ou la lumière de sa nuit étoilée. Le voyage se fait ici tranquille, tandis que la seconde partie de la composition serait parfaitement appropriée pour une ballade contemplative dans un luxuriant jardin, les colorations montant crescendo avant d'exploser et de dévoiler le paysage final.

The River of Anyder invite son public aux balades tranquilles, à ceux qui aiment prendre le temps de la contemplation et de s'asseoir pour s'émerveiller du paysage. Que celui-ci soit oriental ou plus verdoyant, Battaglia nous transporte et nous invite à voyager avec facilité. L'oeuvre est traversée par la poésie de bout en bout, le lyrisme commande et se fait fil conducteur. The River of Anyder est une oeuvre touchante, à la sensibilité élégante, et Battaglia en est à la fois le peintre et le compositeur-poète.

Lien Youtube pour "Ararat Dance" :

http://www.youtube.com/watch?v=6tyy9GGt56M

Lien Youtube pour "The River of Anyder" :

http://www.youtube.com/watch?v=_XDVpYamdlA&feature=related

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   STREETCLEANER

 
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- Stefano Battaglia (piano)
- Salvatore Maiore (contrebasse)
- Roberto Dani (batterie)


1. Minas Tirith
2. The River Of Anyder
3. Ararat Dance
4. Return To Bensalem
5. Nowhere Song
6. Sham-bha-lah
7. Bensalem
8. Anagoor
9. Ararat Prayer
10. Anywhere Song



             



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