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METRIC - Synthetica (2012)
Par BAAZBAAZ le 20 Août 2012          Consultée 1234 fois

Synthetica commence sacrément bien. Or, commencer est un art difficile. Placer en début d’album la bonne chanson, celle qui va donner envie d’y revenir encore et encore, de relancer une nouvelle écoute, renforce la pérennité d’un disque. Si, au contraire, il faut sauter une intro lénifiante – dont raffolent certains groupes de metal ou de prog sans voir la vacuité de la chose – ou zapper une entrée en matière laborieuse, ça coince. Évidemment, tout le monde n’a pas une « Foxy Lady », une « Janie Jones » (pauvres Américains, qui n’ont jamais su…) ou une « Welcome to the Jungle » sous la main. Mais même lorsque l’on dispose d’une poignée de compositions correctes, il faut encore trouver laquelle va ouvrir le bal.

C’est là que METRIC a assuré. Car le début de son nouvel album est pour le moins fulgurant, voire grandiose. Et surtout, le groupe n’attaque pas bille en tête mais se permet à l’inverse une jolie coquetterie en proposant un morceau plutôt atmosphérique en guise d'apéritif : « Artificial Nocturne » est certes une bombe, mais c’est une bombe planante. Un pari osé, mais pleinement réussi tant les mélodies vocales d’Emily Haines suscitent une addiction immédiate. Et la suite est du même calibre, si ce n’est cette fois que le rythme s’accélère. Ainsi, « Youth Without Youth » (premier single tiré du disque) et son riff obsédant puis « Speed The Collapse », petit bijou aux faux airs de PET SHOP BOYS énervés, sont excellentes.

Synthetica, donc, commence sacrément bien. Et ce début est suffisamment convainquant pour faire comprendre que METRIC a voulu frapper un grand coup avec ce cinquième album et entériner le succès de Fantasies (qui date déjà de 2009). Si l’on ajoute la participation à la bande originale du Cosmopolis de Cronenberg, l’on comprend que le groupe canadien est en train de devenir un pilier de la scène indépendante, construisant méthodiquement sa notoriété à coup de tubes situés au carrefour de la new-wave, de la synthpop et du rock. Une pincée de BLONDIE, un zest de GARBAGE, un soupçon de THE KILLERS (donc hélas de U2) et une attitude un peu « indie pour les stades » (d’ailleurs Pitchfork les snobe) et l’on obtient la recette d’un décollage imminent auprès du grand public.

Le reste du disque est-il du même calibre ? Autrefois, quand les gens écoutaient de la vraie musique et non des fichiers numériques, on parlait de « face A » et de « face B ». Ce découpage incitait les groupes à placer en milieu d’album (donc en début de « face B ») une composition susceptible de relancer l’attention. Alors oui, là encore, tout le monde n’avait pas une « Get It On », une « Smoke on the Water » ou une « Money » (selon les préférences de chacun…) à caser à cet endroit-là. Et surtout la mort (supposée) du vinyle a logiquement généré l’apparition de ce que d’aucuns appelleraient le syndrome du « ventre mou », lorsqu’à un bon démarrage succèdent quelques chansons faiblardes sournoisement dissimulées.

En ce qui concerne Synthetica – dont le contenu ne boxe évidemment pas dans la même catégorie que les exemples susmentionnés –, on aurait dit pudiquement à l’époque que la « face B » était un peu en retrait. Elle aurait sans doute commencé avec « The Void », dansante mais moins percutante, plus commune, tout comme « Synthetica » qui arrive juste après. Notons bien que cela ne suffit pas à gâcher le disque, qui s’écoute sans à-coups et propose une musique variée, ludique et généreuse en refrains brillants (« Lost Kitten »). Mais l’on ne ressent pas la dynamique sans cesse renouvelée, tube après tube, qui caractérise par exemple les premiers albums de THE SOUNDS, ce merveilleux groupe suédois (avec une chanteuse elle-aussi très BLONDIE-like) dont la musique n’est pas si éloignée de celle de METRIC.

Et la fin ? On met le doigt sur le sujet qui fâche. Car, comme le disait Jack Beauregard face à la horde sauvage : « finir est souvent plus difficile que commencer ». Combien d’albums dont on n’écoute jamais la fin ? Dont les dernières chansons sont systématiquement dédaignées du fait de l’incapacité du groupe à terminer en beauté ? Mais ici aussi, on sait très bien qu’il n’est pas donné à la première apprentie rock star venue de clore son disque avec une « Free Bird », une « Rock 'n' Roll Suicide » ou une « Purple Rain ». Et l’on taira par charité le cas de ceux qui, rendus sourds par la drogue, ont cru finir avec un bouquet final et n’ont fait que se ridiculiser avec un truc informe et prétentieux (Jim, si tu nous entends, depuis ta garçonnière du Père Lachaise…).

Là, Synthetica rate la dernière marche. En avant-dernière position, déjà, « The Wanderlust » serait plus écoutable si le vieux LOU REED, toujours aussi désagréable, ne venait pas tout flanquer par terre avec une cameo inutile. Non content de n’avoir rien sorti de potable depuis 1972, il vient en plus plomber les chansons des autres… Et « Nothing But Time », sans être mauvaise, n’est certainement pas la pièce épique finale que le groupe a espéré écrire. Ce n’est pas une surprise : si METRIC avait été capable de finir cet album de la même façon qu’il l’a commencé, on aurait ici l’avenir du rock indie. Or, si le disque commence sacrément bien, il se poursuit sur un mode plus pépère. Peu importe : c’est entraînant, c’est captivant, et ça suffit largement.

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- Emily Haines (chant, synthétiseurs)
- James Shaw (guitares)
- Joshua Winstead (basse)
- Joules Scott-key (batterie)


1. Artificial Nocturne
2. Youth Without Youth
3. Speed The Collapse
4. Breathing Underwater
5. Dreams So Real
6. Lost Kitten
7. The Void
8. Synthetica
9. Clone
10. The Wanderlust
11. Nothing But Time



             



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