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TAJ MAHAL - Giant Step / De Ole Folks At Home (1969)
Par MARCO STIVELL le 29 Mars 2013          Consultée 1219 fois

TAJ MAHAL sort Giant Step / De Ole Folks at Home en 1969, marquant la fin de sa période «classique», celle où il est entouré de son groupe comprenant notamment le grand Jesse Ed Davis, qui sera recruté par de nombreux musiciens ensuite, en particulier George Harrison qui le fera jouer au concert de charité pour le Bangladesh. La fin de cette période est aussi à voir pour beaucoup de fans de MAHAL d'un point de vue qualité, car ce n'est un secret pour personne, il n'atteindra plus jamais le même niveau d'ici au moins disons vingt, vingt-cinq ans ! Sans même prédire l'avenir, il se devait de terminer ces années glorieuses (ah, les années 60...) avec classe, et c'est bien ce qu'il fait.

Comme sur les deux précédents (et les suivants), TAJ a le concours de son producteur David Rubinson, et ensemble ils concoctent l'un des albums les plus étonnants qu'ait engendré le blues y compris dans ces années-là. Car voyez-vous chers amis, il est... double ! D'une durée avoisinant les 70 minutes, il a été réédité de manière aisée sur un seul CD, mais à l'époque, c'est une œuvre qui tient à affirmer deux styles de musique différents, ou deux manières de la jouer plus exactement. Une partie est réservée à chacune, et celle qui a pour nom Giant Step renferme tous les derniers enregistrements du fameux groupe. Par rapport à son titre, rien à voir avec le chef-d'œuvre de John Coltrane, il est repris de la chanson des Monkees, «Take a Giant Step» écrite par Gerry Goffin et sa femme Carole King, et à laquelle TAJ a enlevé toute sa couleur pop bien que gardant la rythmique à contretemps. C'est l'occasion pour Davis de sortir sa panoplie d'effets «clean» et de jolis sons de claviers, en l'occurrence proche de l'harmonium. Giant Step est de toute évidence une œuvre qui se veut fouillée, proposant même une intro que beaucoup trouvent insignifiante et pourtant si joliment empreinte d'arpèges et de soul, MAHAL sifflant rêveusement (encore un hommage à Otis ?).

Après un disque majoritairement écrit par lui-même, les reprises reviennent en force, avec en tête de gondole le standard du gospel «You're Gonna Need Somebody on Your Bond» repris d'abord par le Texan Blind Willie Johnson, puis la chanteuse folk Buffy Sainte-Marie, Donovan ensuite, pour retrouver ses racines blues grâce à MAHAL et de manière très martiale. «Good Morning Little School Girl» popularisé par Sonny Boy Williamson est livré dans une version proprement hypnotique en raison du jeu sur la rythmique binaire-ternaire et les parties époustouflantes de Davis au piano honky-tonk. Non moins grandiose est la reprise rock et torride du country «Six Days on the Road». Nous avons là un chanteur et des musiciens qui se font plaisir et livrent le meilleur d'eux-mêmes, jouant sur différents tempo et styles, la rythmique atteignant un sommet sur le ska «Keep your Hands off Her» et MAHAL variant les humeurs. Un chant hargneux ou sensuel, un harmonica brillant, un orgue Hammond sifflant, une guitare qui minaude, et comme si cela ne suffisait pas, l'ensemble du groupe à l'unisson sur une note symbolique pour le blues traditionnel «Bacon Fat», quand on vous dit que c'est la classe... même si c'est déjà fini, hélas.

Et quand on vous dit que dans ce disque il y a de tout, c'est aussi valable pour la seconde partie, De Ole Folks at Home, où par opposition avec la densité des arrangements des deux premières faces, MAHAL officie tout seul. On trouve de tout dans cette parenthèse plus «rurale» : une impro vocale râpeuse et syncopée, une autre sur des claps où le chanteur s'interrompt carrément pour nous raconter une histoire, et bien sûr des chansons instrumentées de toute sorte. Cela va du sensuel et méditatif «Wild Ox Moan» (emprunté à la grande chanteuse de folk Vera Hall) où la guitare ne fait que souligner de temps en temps le chant avec un bel accord de ré majeur, à l'instrumental «Blind Boy Rag», ragtime à la 12 cordes et nouvel hommage évident à Blind Willie McTell et son «Georgia Rag». L'harmonica offre une incursion dans le cajun, tandis que sur «Fishin' Blues», MAHAL dégaine la National Steel guitare. A noter qu'il a écrit, entièrement ou partiellement la plupart de ces morceaux. Il nous présente encore le banjo et la 12 cordes aussi bien dans des morceaux blues que country/bluegrass et tous aussi sympathiques les uns que les autres, pour se conclure en beauté avec le folk «Annie's Lover». Du fait de sa longueur, ce double disque fait partie des doubles certes inégaux, mais à l'atmosphère fort prenante et à l'ambition toute aussi louable. Imparfait peut-être, mais riche et culte.

Note réelle : 4,5

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   MARCO STIVELL

 
  N/A



- Taj Mahal (chant, harmonica, banjo, guitares)
- Jesse Ed Davis (guitares lead, piano, orgue)
- Gary Gilmore (basse)
- Chuck Blackwell (batterie)


- giant Step
1. Ain't Gwine Whistle Dixie No More
2. Take A Giant Step
3. Give Your Woman What She Wants
4. Good Morning Little Schoolgirl
5. You're Gonna Need Somebody On Your Bond
6. Six Days On The Road
7. Farther On Down The Road (you Will Accompany Me)
8. Keep Your Hands Off Her
9. Bacon Fat'
- de Ole Folks At Home
10. Linin' Track
11. Country Blues No. 1
12. Wild Ox Moan
13. Light Rain Blues
14. Little Soulful Tune
15. Candy Man
16. Cluck Old Hen
17. Colored Aristocracy
18. Blind Boy Rag
19. Stagger Lee
20. Cajun Tune
21. Fishin' Blues
22. Annie's Lover



             



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