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Keny ARKANA - Entre Ciment Et Belle étoile (2006)
Par KLEMAN le 4 Mars 2013          Consultée 1660 fois

On est en 2006, et la désormais connue rappeuse marseillaise fait son retour dans les bacs, (après « l'Esquisse » l'année précédente) avec « Entre ciment et belle étoile », album particulièrement remarqué et aujourd'hui encore considéré comme une pièce maîtresse dans sa discographie, et même au sein du rap français de la décennie 2000-2010.

Keny Arkana se révèle vraiment aux vieilles oreilles des amateurs et amatrices de rap français oldschool avec cet album, dans lequel on trouve cette magie du rap français, cette nostalgie, cette rage, celle de l'époque des « Sad Hill » ou des 3ème Œil pour ne citer que du son marseillais. Une authenticité donc qu'on trouve sur certains titres comme « Cueille ta vie » par exemple avec des instrus très français, sample de piano, beat franc et profond, un flow continu et incessant, juste entrecoupé de refrains. Dans le même esprit on trouve aussi « Le fardeau », plus glauque, où Keny nous parle de la merde de la came et l'impasse dans laquelle elle se retrouve, un titre poignant sur un thème peu abordé dans le rap français, la plupart des paroliers préférant cracher sur les consommateurs de drogues dures, avec une petite insulte homophobe par-dessus.

Sans même le vouloir j'en viens naturellement aux textes de la marseillaise, incontestablement sa force, aux côtés de son flow incisif. Côté incisif on est gâté, dès le deuxième morceau de l'opus (« Le missile suit sa lancée »), incroyablement puissant, Keny Arkana scande son message avec une justesse rare, un texte profondément engagé, et une détermination sans faille dans le flow. L'instru qui accompagne est tout simplement le meilleur sans hésitation pour ce texte. Humilité, détermination, authenticité, énergie folle, violence, tout y est pour faire de cette track une tuerie !

À peine repris notre respiration, qu'on enchaîne déjà sur « J'viens de l'incendie », très soutenu également, où la rappeuse nous parle d'où elle vient, de son enfance dans les foyers (thème récurrent dans sa discographie), pour mieux nous avertir de sa rage, et je ne résiste pas à l'envie de partager quelques vers, puisqu'il s'agit de poésie :
« Me voler ma liberté pour ça
Ils m'ont coupé les ailes à la scie
Brûlé mes rêves à l'acide
Trop de mon âme crève à l'asile
Que leurs glaives s'installent ainsi
On r'connait les traîtres à l'insigne … »

Ce n'est qu'à partir de « J'me barre » qu'on se pose un peu, avec un instru acoustiquement inspiré qui colle bien au texte, toujours sur le thème des foyers d'enfants. Un morceau bien plus abordable que le reste de l'album, et souvent retenu par les mélomanes sceptiques face au rap. Je préfère pour ma part de pas m'attarder dessus, malgré un morceau esthétique et séduisant. On retrouvera cet esprit acoustique, en plus réussi, plus profond, dans « Entre les lignes : Clouée au sol », un texte rappé (on dirait même slamé si on était chez télérama) sur des grattes acoustiques, qui nous parle de notre train de vie, des paroles altermondialiste, conscientes. On peut citer, un peu dans la même vibe, « Victoria », particulièrement réussie et émouvante, qui conte l'histoire d'une jeune fille argentine, Victoria, qui essaye de comprendre la dictature qui l'entoure et la misère dans laquelle elle vit.

Autre 'tube' de l'album avec « J'me barre » : « Nettoyage au Kärcher », un titre éminemment plus radical et politisé que le précédent. En réponse à notre ancien président qui voulait nettoyer les cités, Keny Arkana répond que les véritables racailles se trouvent à l’Élysée, entre islamophobie, collaboration avec l'Allemagne nazie, soutien à Israël, françafrique, régression sociale, privatisations, répression des mouvements de grève … tout y passe dans un texte très politique mais jamais partisan.

Après une interlude tout aussi politique « Du local au global », on arrive sur la dernière partie de l'album, plus sombre (à part « Ils ont peur de la liberté », plus heureuse, presque légère), et qui commence sur un morceau mélancolique, révolutionnaire, fédérateur et anti-libéral, « Jeunesse du monde ». Un instru très rap français encore une fois (de grosses nappes de cordes frottées, du piano, un gros beat qui tâche), sans pour autant donner un sentiment de déjà vu grâce au message et au flow de Keny Arkana, aux backs discrets et à la réalisation habile et légère.

« Je suis la solitaire » (très musicale, très bien réalisée), « Sans terre d'asile » (riche mais sombre), « Entre les lignes : une goutte de plus » (mélancolique et simple) : la fin de l'opus est particulièrement dark, les morceaux s'enchaînent dans une ambiance ténébreuse, tranchée sur « Sans terre d'asile » par la rage de la rappeuse.

L'album s'efface sur une « Prière », rappelant la foi de la chanteuse en la vie, et son espoir et en l'humanité. Musicalement pas transcendante, la piste conclut cependant l'album comme il se doit, simplement et sur une « touche d'espoir ».

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   KLEMAN

 
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1. Entre Les Mots : Enfants De La Terre
2. Le Missile Suit Sa Lancée
3. J'viens D'l'incendie
4. J'me Barre
5. La Mère Des Enfants Perdus
6. Entre Les Lignes : Clouée Au Sol
7. Eh Connard
8. La Rage
9. Le Fardeau
10. 1cueille Ta Vie
11. Nettoyage Au Kärcher
12. Victoria
13. Entre Les Mots Du Local Au Global
14. Jeunesse Du Monde
15. Ils Ont Peur De La Liberté
16. Je Suis La Solitaire
17. Sans Terre D'asile
18. Entre Les Lignes : Une Goutte De Plus
19. Prière



             



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