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2013 Mendelson

MENDELSON - Mendelson (2013)
Par SUNTORY TIME le 23 Novembre 2013          Consultée 1669 fois

Qui a dit le rock français n’apportait rien de novateur ? Qu’au mieux il se contentait de faire la même chose que les anglo-saxons en forcément moins bien ? Les avant-gardistes sont morts, GAINSBOURG et BASHUNG en tête. En France, on trouvera toujours des radios intellos (et encore…) pour affirmer que tel ou tel artiste est « inclassable », « génial », « unique en son genre », qu’il va « révolutionner la musique française », mais à l’écoute de ces soi-disant pionniers, on ne constate qu’une chose, l’insipidité de la grande majorité de ces artistes. On peut s’exciter sur les textes engagés des EIFFEL ou autre sous-NOIR DESIR pseudo révolutionnaires, mais non, la musique pop française, si elle peut être très abouties (chez les déjà « anciens » du genre), n’apporte rien de nouveau. Certains, chantant en anglais, s’en sortent à peu près. Mais pas ou peu de sang neuf.

Puis débarque MENDELSON, ou plutôt revient. Car MENDELSON a déjà 16 ans d’activité. Groupe français atypique et discret. Ils sont peu nombreux à connaître cette formation qui a toujours évité (ou été écartée ?) des médias. Mais discrétion et ambition vont de paire pour MENDELSON, qui prend son temps pour écrire un nouvel album. Et quel résultat ! Car cette cinquième offrande, sans titre, n’est pas un simple, ni un double… mais un triple album !
Certes, ce n’est pas une première dans la musique hexagonale (SAEZ en a fait avant, mais bon, SAEZ…), mais trois galettes d’un coup, ça reste un événement. Et une prise de risque considérable. Mais MENDELSON ne se fie à aucun canon de formatage radiophonique. Leur précédent album, Personne Ne le Fera Pour Nous (qui était déjà un double !) n’hésitait pas à proposer des chansons longues de 8 jusque 11 minutes ! Avec ce cinquième album, le groupe sous la houlette de Pascal Bouaziz pousse le bouchon encore plus loin dans l’expérimentation, entre rock français et avant-garde.

Décrire la musique de MENDELSON, c’est comme trouver un sens aux superbes lavis d’encre et d’aquarelle de l’illustrateur Emmanuel Pidoux qui ornent la pochette. Minimaliste, difficile à saisir. Abstraite dans un certain sens. Sombre aussi, comme les couleurs des lavis. L’univers de Pascal Bouaziz n’est pas des plus hilarants. L’homme est un auteur bien plus qu’un chansonnier, et un parleur plutôt qu’un chanteur. Ses textes sont de véritables nouvelles qu’il récite. La musique ne semble être qu’un fond sonore, ne servant qu’à illustrer les mots que Bouaziz clame de sa voie grave et ténébreuse. Les morceaux dépassant presque tous les 7 minutes, on peut supposer qu’ils sont en grande partie improvisés. De par leur minimalisme et leur linéarité. Se collant à l’ambiance des textes fleuves de Bouaziz. Batterie, basse, guitare sont en premier plan, mais les claviers et les bidouillages électroniques viennent enrichir un album qui parait très épuré au premier abord.

Ce n’est pas assez précis ? Alors cherchons dans les comparaisons. Sur ce disque, MENDELSON semble être le croisement entre MIOSSEC (la voix de Pascal Bouaziz y ressemble étrangement) et l’avant-gardisme osé de BASHUNG sur l’album L’Imprudence (l’aspect symphonique en moins). Incongru ? Pas tant que ça quand on sait que MIOSSEC a coécrit le titre « Faisons Envie » avec BASHUNG sur ce fameux disque. Il est fort probable que ces deux grands noms du rock français font partie des sources d’inspiration de Bouaziz et sa bande. L’univers mélancolique et dépressif s’y retrouve sur Mendelson, l’album.

Entre les pièces de plus de 10 minutes qui plombent magistralement l’ambiance (« La Force Quotidienne du Mal », « Une Seconde Vie », « L’Echelle Sociale…) et celles plus courtes, tout aussi tristes, mais plus accessibles (« D’un Coup », « Le Jour Où »…), MENDELSON nous invite à des errances désespérées, urbaines et nocturnes. Les textes de Bouaziz sont autant de réflexions, d’états d’âme et d’amours brisées qui rajoutent à cette « dépressive attitude » bien française. Ténèbres, longueurs d’improvisation, et récits fleuve prennent leur paroxysme sur le deuxième disque du triptyque, qui ne comporte qu’un seul morceau de … 54 minutes et 24 secondes ! Sûrement un record de longueur dans la chanson française (avis aux spécialistes) ! A part sa durée exceptionnelle, « Les Heures » ne se démarque pas des autres chansons du disque. Son minimalisme ne joue pas forcément en sa faveur, tant l’ennui menace, même en se focalisant sur le véritable roman que nous offre Pascal Bouaziz. Le final, s’il est plus rock et vraiment superbe, ne dure que 5 petites minutes. C’est peu pour conclure un monstre de presque une heure. Néanmoins, « Les Heure » est le pilier central de l’album, colosse sombre et lancinant qui, « bas et lourd, pèse comme un couvercle », pour reprendre un poète bien connu pour sa franche rigolade…

Avec de triple disque, MENDELSON acquiert tout les superlatifs. Les plus déprimants, les plus longs, les plus ambitieux, les plus avant-gardistes. Mendelson n’est clairement pas un album facile d’accès, la musique n’est jamais accrocheuse (seul la rythmique plus accentuées de « Le Jour Où », et l’ambiance plus exotique de « Je Serai Absent » apporte un peu de couleur …), les mélodies sont absentes ou d’une discrétion sans égal. Et pourtant, la magie opère, petit à petit, difficilement, mais sûrement. MENDELSON prouve ici son immense créativité, faisant fi de toute catégorisation. C’est un pari risqué, mais hautement salutaire.

Certes, Mendelson, l’album, ne sera sûrement salué que par les milieux intello-parigots-bobos et que sais-je encore. Les autres qui s’y seront penchés le considéreront comme trop long, prétentieux, chiant ou élitiste… Tous ces arguments, bons comme mauvais, sont valables. Ce disque ne mérite pas l’appellation de chef d’œuvre que lui prodigueront les uns, mais ne doit pas être considéré comme un pavé étouffe-chrétien selon les autres. Pour la notation, il faut couper la poire en deux : entre 3 pour la difficulté d’accès et 5 pour l’originalité et l’ambition démesurée d’un groupe qui demande à être davantage connu (pas sûr que cet album y remédie…). Un bon gros 4 de compromis.

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- Pascal Bouaziz (chant, guitares)
- Pierre-yves Louis (guitares, basse)
- Charlie O. (piano, claviers)
- Sylvain Joasson (batterie, percussions)
- Jean-michel Pires (batterie)


1. La Force Quotidienne Du Mal
2. D’un Coup
3. Une Seconde Vie
4. Avant La Fin
5. Il N’y A Pas D’autre Rêve
-
6. Les Heures
-
7. Ville Nouvelle
8. Une Autre Histoire
9. Le Jour Où
10. L’échelle Sociale
11. Je Serai Absent



             



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