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2012 Maniac

ROB - Maniac (2012)
Par AIGLE BLANC le 26 Novembre 2015          Consultée 581 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

En 2012 et 2014, sortent sur les écrans français le remake du film d'horreur culte Maniac de William Lustig, réalisé par le Français Franck Khalfoun (et produit par Alexandre Aja) et le film d'épouvante It Follows de David Robert Mitchell, salué par la presse comme une réussite du cinéma fantastique.

Au-delà du genre commun que ces deux oeuvres illustrent, leurs BO entretiennent une autre parenté devenue si rare depuis la précédente décennie : leurs compositeurs n'ont pas fait appel à un orchestre symphonique, mais bien à une armada de synthétiseurs vintage renvoyant aux grandes heures de la musique électronique des 70' et 80'. Et grand bien leur en a pris : en effet, prisonnières des couleurs orchestrales archi-rebattues, les musiques de films d'horreur avaient fini par perdre l'identité singulière qu'elles avaient réussi à aquérir lors des décennies précédemment citées.

La BO de Maniac composée par ROB (claviériste et percussionniste français) se montre ainsi digne de celle de Jay CHATTAWAY pour le Maniac de 1980, le choix du tout électronique en restant la principale raison, mais non l'unique. Non seulement le musicien a été inspiré par le long-métrage de F. Khalfoun, mais il avoue aussi son admiration pour le film originel. Est-ce la pression de cette écrasante tutelle? Ou bien sa passion pour le genre? Rob réussit avec Maniac une merveille de BO "à l'ancienne" où il convoque les ombres tutélaires de John CARPENTER (le musicien, non le cinéaste), de Jean-Michel JARRE et même de Philip GLASS. De tels patronymes auraient pu discréditer l'oeuvre de ROB, mais ce dernier, comme touché par la grâce, compense ce que son projet aurait pu avoir d'artificiel par une réelle sensibilité : sa musique s'écoute à la fois comme un hommage transi et avec l'émotion que requiert le film habité de F. Khalfoun.

L'originalité que ROB parvient à y injecter réside dans son approche du personnage éponyme pour lequel il crée un environnement musical totalement empathique. Si le film s'adonne à un gore décomplexé dans les séquences de meurtres, les ritournelles de sa BO alignent les thèmes désespérés dont la tristesse n'a d'égale que l'empreinte enfantine de leurs mélodies. Ainsi, le musicien se met au diapason du dispositif risqué du long-métrage : je rappelle que le film épouse le point de vue du psychopathe en caméra subjective, non sur quelques séquences mais dans la totalité des plans. Cela renforce la proximité du spectateur avec le "maniac" ainsi que son empathie avec ce dernier, lequel souffre réellement de ses pulsions homicides. Rob n'oublie jamais le trauma inaugural qui remonte à l'enfance du personnage où, comme dans Psycho d'Alfred Hitchcock, un rapport à la mère catastrophique a brisé irréversiblement l'adulte qu'il est devenu.

Je n'avais plus écouté une musique de film d'épouvante aussi émouvante ni aussi belle depuis le sublime Full Circle de Colin TOWNS en 1978 (chroniqué dans ces colonnes). Comme il est de coutume, cette BO trace son chemin en s'appuyant sur deux ou trois thèmes autour desquels elle organise sa progression :
-d'un côté, des compositions très dark caractérisées par des nappes de synthé adipeuses à souhait, limite "sales" et malsaines : "Doll", "Double Trouble", "Headache", "Slow Machine" ;
-de l'autre, des pistes mélodiques et sensibles qui mettent l'accent sur les souffrances du "maniac", au fort pouvoir émotionnel : "Haunted" (sans doute la plus belle), "Haunted Piano", "Floor Light", "Haunted Sequence", "Floor". Ces dernières en fait sont des variations réussies autour de "Haunted" où la diversité des instrumentations et des arrangements renouvelle à chaque fois notre perception du thème initial.

A noter aussi le beau dyptique "Maze" et "Wedding Maze" consacré à l'histoire d'amour impossible entre Juno et le "maniac" et pour lequel ROB privilégie la sobriété du piano en jouant avec talent du principe de la répétition cher aux minimalistes, deux pistes où la présence d'un choeur synthétique rappelle bien évidemment le joli thème que Philip GLASS avait composé pour le Candyman de Bernard Rose.

"Boom" et "Juno" sont peut-être les seules fautes de goût de l'album, non qu'elles soient mauvaises en soi. La première plonge carrément dans un style langoureux et ringard où le piano et la batterie convoquent des relents, dont nous nous serions bien passés, du pitoyable "Emmanuelle" de Pierre BACHELET. Fort heureusement, la piste reste courte, pas plus d'une minute. La seconde est une chanson interprétée par Chloë Alper, un hommage évident à la synth pop où la voix suave de la chanteuse titille la fibre des fans de Deborah HARRY tandis que le background électronique réactive l'époque des EURYTHMICS. C'est fun certes, plutôt pas mal pour un pastiche, mais cela nuit à l'homogénéité de la BO. Ce titre semble pour ainsi dire surgi d'une autre BO, un peu comme si Bridget Jones se retrouvait perdue dans un film d'horreur.

Les fans de John CARPENTER, Jean-Michel JARRE et Philip GLASS devraient adorer cette musique hommage particulièrement envoûtante et émouvante.

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   AIGLE BLANC

 
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- Rob (tous instruments électroniques)
- Chloé Alper (chant dans 'juno')


1. Doll
2. Haunted
3. Double Trouble
4. Bells
5. Haunted Piano
6. Headache
7. Floor Light
8. Haunted Sequence
9. Slow Machine
10. Floor
11. Maze
12. Headache City
13. Wedding Maze
14. Haunted (alternate Version)
15. Boum
16. Juno



             



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