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KAN-HA-DISKAN  |  STUDIO

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- Style : Yann Fañch Kemener

Erik MARCHAND - Chants Du Centre-bretagne - An Heñchoù Treuz (1990)
Par JOVIAL le 22 Avril 2016          Consultée 1293 fois

On l'ignore ou bien l'on fait semblant de l'ignorer, mais la culture bretonne est quasiment morte. Et celle que l'on affiche en grand n'est plus qu'une carte postale, une copie bien pâle d'un passé vénéré, parfois à l'extrême, et pourtant guère si enviable. On pourrait facilement jeter la pierre aux touristes, à ces Parisiens-là tellement détestables, aux Français ! Mais nombreux sont les Bretons eux-mêmes qui participent à la dillution de cette culture en un produit marketing incohérent et complètement ignorant de ses propres racines. La Bigoudène a été promue emblème national et le pays bigouden s'étend désormais de Pennmarc'h à Fougères. On se sent celte, le triskell envahit les supermarchés. Les cérémonies druidiques reprennent comme aux temps des Gaulois, les bagadoù se font défenseurs des airs traditionnels et la fierté bretonne en oublie qu'ils ne furent qu'importés de Grande-Bretagne dans les années 1920. Ha ! On range enfin Nolween LEROY et compagnie dans le bac « musique traditionelle », du superbe authentique qui sentira plus le bitume que la terre noire du penn-ty. Ce qui ne vend pas n'est plus culturel et se meurent ainsi des arts et des manières qui n'intéressent plus personne. La Bretagne n'est pas un cas isolé et les pays dits « celtes » tels que l'Irlande connaissent d'ailleurs le même phénomène.

Il est cependant un domaine où la culture bretonne aura le mieux résisté à cette merchandisation pourrie : la pratique du kan-ha-diskan. Pour véritablement comprendre ce qu'est ce fameux « chant et contre-chant », il faut se rendre en Centre-Bretagne. Ces pays aux noms barbares qui sont Poc'hêr, Bro-Dardoup, Bro-Fañch, Pourlet, Bro-Fisel et Kalanhel. Le coeur de la Bretagne bretonnante où le chant avait une place prépondérante au cœur d'une société fortement paysanne. Travaux agricoles comme fêtes ou mariages étaient à chaque fois prétextes au chant. Les « kanerien » et « kanerezed » (1) racontent les histoires du pays, souvenirs lointains des siècles précédents ou thèmes plus récents, de la victoire des « Rouges » aux élections locales aux aventures grivoises de tel ou tel coureur de jupons (2). Le kan-ha-diskan garde une fonction mémorielle. Aujourd'hui, il n'est certes plus l'expression d'un fait social (3) mais reste très ancré dans la culture propre au Centre-Bretagne.

Le kan-ha-diskan se définit, du moins à l'origine, par l'absence totale d'instruments. Deux interprètes, plus rarement trois, chantent en se répondant suivant une technique de « tuilage » : les derniers mots de la strophe sont repris en chœur par les deux chanteurs. Chaque pays possède son style, un rythme et une élocution qui lui sont propres, un phrasé particulier qui commandera par la suite la danse, qui en découle inévitablement. L'influence des grands noms est également importante et le kan-ha-diskan a ses maîtres : Loeiz ROPARS, les frères MORVAN, Manu KERJEAN, les soeurs GOADEC, Marcel GUILLOUX ou encore Yann-Fañch KEMENER.

Partir à la découverte du kan-ha-diskan n'est cependant pas chose aisée. Sa richesse et sa diversité ont de quoi déboussoler le novice. Pourquoi donc ne pas commencer avec une œuvre qui tente de le résumer et qui, de plus, entrouvre son horizon ? An Heñchoù Treuz, les chemins de traverse en breton, pourrait ainsi parfaitement convenir. Erik MARCHAND, infatigable collecteur et chanteur de kan-ha-diskan, nous propose un disque qui explore les multiples facettes du genre. Accompagné par Marcel GUILLOUX sur les incroyables « Heuliad Fisel » et « Heuliad Plinn », le fondateur de la Kreiz Breizh Akamedi officie toutefois plus souvent seul et privilégie des tons moins dansants. Il élargit cependant sa focale et ouvre les frontières du Kreiz Breizh à la musique orientale en invitant le guitariste Thierry Robin, ici à l'oud. Et quelle belle noce ! Quelle adéquation ! Des airs tels que « Bolom Kozh » et surtout la fabuleuse « Son ar Vot » semblent avoir été écrites pour être accompagnées à l'oud. C'est beau. Le disque reste un peu long, c'est vrai, mais parfois on toucherait presque à la transe des Soeurs GOADEC. An Heñchoù Treuz offre donc un intéressant panorama quant aux possibilités du kan-ha-diskan. Il dévoile également le talent d'un Erik Marchand encore relativement inconnu à l'époque, dont les futurs projets se perçoivent déjà ici : marier la musique bretonne aux autres musiques européennes et orientales. Et ce sera une réussite !
Note : 4/5
À écouter absolument : « Son ar Vot » et « Heuliad Plinn »

(1) Chanteurs/chanteuses
(2) Le kan-ha-diskan se renouvelle régulièrement et s'enrichit toujours de textes nouveaux. Ces derniers se font néanmoins de plus en plus rares, tous comme les bretonnants.
(3) Du fait de la disparition des travaux agricoles collectifs rendus obsolètes par la mécanisation, de l'extinction progressive de la langue et des traditions de groupes ... Il est bien rare que le sol d'une maison soit désormais aplani par le pas des danseurs au son d'une gavotte des montagnes !

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- Erik Marchand (chant)
- Marcel Guilloux (chant)
- Thierry Robin (oud)
- Hameed Khan (tabla)
- Fañch Landreau (violon)
- Youenn Le Bihan (bombarde)
- Michel Aumont (clarinette)


1. Ar Zoudard Maleurus
2. Ar C'hont Gwilhou
3. Eur Sulvezh A Viz Mae
4. Jean-louis Ha Marivon
5. Heuliad Fisel
6. Bolom Kozh
7. Iwan Gamus
8. Son Ar Vot
9. Heuliad Plinn
10. Ar Graouenn Muskades



             



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