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PHOENIX - Ti Amo (2017)
Par BAAZBAAZ le 20 Août 2017          Consultée 1993 fois

L’une des lois immuables de la création artistique mise au jour par le musicologue prussien Erich Kraus-Fessel (1713-1793) dans son traité "Kritik der musikalischen Transzendenz des ontologischen schöpferischen ego" est qu’un groupe de Rock connaît immanquablement deux phases : une phase ascendante et une phase descendante. La description de cette loi occupe 8 des 9 volumes du traité, mais l’on peut la résumer de manière assez simple : ça monte puis ça descend. Pendant la phase ascendante, chaque album est meilleur que le premier. Pendant la phase descendante, chaque album est pire que le précédent. Ce qu’on appelle le "point de basculement" est alors constitué par l’album qui marque le déclin irrémédiable de l’inspiration. Au-delà de ce point, toute forme de persistance des musiciens dans la création musicale ne peut qu’aboutir à une catastrophe.

La difficulté est alors de déceler le moment précis où un groupe passe d’une phase ascendante à une phase descendante. Pour le fan, l’enjeu est de taille : il s’agit de s’épargner la douleur d’écouter des disques qui, de moins en moins bons, voire franchement minables, viendront ternir à ses yeux la pureté du groupe. Autrement dit, identifier le point de basculement permet d’accomplir un geste simple mais exigeant, qui nécessité une volonté de fer : cesser une fois pour toutes d’écouter un groupe que l’on a aimé. Comme l’explique Kraus-Fessel, c’est d’autant plus difficile qu’une série de bons disques génère nécessairement ce qu’il appelle une "aura d’anticipation favorable" qui nuit à la lucidité. Ainsi, le fan se convainc par avance que le prochain album de son groupe favori sera excellent, il ne peut littéralement pas imaginer qu’il en soit autrement et son écoute est intégralement filtrée et biaisée par ce préjugé positif qui lui rend impossible l’appréciation objective de l’œuvre en question.

Cela explique bien sûr pourquoi certains fans persistent à aimer un groupe, à écouter ses disques, alors même qu’il est manifestement dans un état de dégénérescence avancé : il faut une force d’esprit farouche et une discipline mentale à toute épreuve pour cesser de se voiler la face et admettre que des musiciens que l’on aimait tant ont finalement commencé à faire un peu n’importe quoi et, pire, s’obstinent à continuer. Certains fans n’y parviennent jamais. Ainsi, la "négation du point de basculement" est considérée par Kraus-Fessel comme une forme insidieuse de névrose apparentée à la béatitude amoureuse, par laquelle un individu s’enfonce dans un enthousiasme imaginaire, déconnecté du réel, et ne parvient plus à appréhender concrètement les sons qu’il entend : il désire tellement qu’un album soit bon qu’il finit par écouter le fantasme d’un disque au lieu du disque lui-même.

Kraus-Fessel avait évidemment conscience que la localisation du point de basculement devait être strictement objective. Il n’était pas question de laisser cette tâche ingrate mais cruciale au hasard des goûts de tel ou tel fan ou de tel ou tel journaliste. Il lui fallait fonder objectivement, avec la plus grande des certitudes, la découverte du moment où un artiste a manifestement épuisé la quasi-totalité de sa créativité et de son inspiration. C’est pourquoi le dernier volume de son traité, qui ne comporte qu’une page, est constitué d’une unique formule mathématique d’une ligne destinée à repérer avec une précision absolue ce moment dramatique. L’avantage étant évidemment qu’il n’y a plus besoin de pratiquer l’activité pénible consistant à écouter un disque pour évaluer son contenu et le critiquer.

Comme on sait, cette formule n’a jamais failli à sa tâche. C’est elle qui a permis au distingué prussien de démontrer avec justesse, sans jamais être contredit depuis, avec un sens de la vérité inébranlable, que DAVID BOWIE avait franchi le point de basculement après Station to Station, les ROLLING STONES après Between the Buttons, IRON MAIDEN après Killers ou GENESIS après le départ de Peter Gabriel (tiens, comme par hasard…). Mais sa formule a permis également de mettre au jour des bizarreries, par exemple des groupes qui, à l’instar de U2, sont entrés en phase descendante avant-même la parution de leur tout premier disque tant ils étaient mauvais dès le départ (tous les albums d’un genre, comme la Country, pouvant être concernés). Il est heureux que tout cela soit prouvé de manière mathématique, de façon à éviter d’inutiles débats. Ce sont des évidences que nous avons tous acceptées avec l’humilité qu'on réserve aux grandes découvertes irréfutables.

PHOENIX, quant à lui, fête avec Ti Amo son second disque descendant. Pas de bol. Bankrupt ! en 2013, n’ayant constitué qu’un léger faux plat descendant, l’illusion avait pu se maintenir. Mais l’application de la célèbre formule mathématique lève le doute : la dégringolade avait commencé et elle vient soudainement de prendre une tournure dramatique. Dès lors, doit-on vraiment s’abaisser à ternir la beauté de la démonstration scientifique par des explications plus terre à terre ? Puisqu’il le faut, allons-y : mélodies qu’on ne retient pas, refrains qu’on n’entend pas, mélanges linguistiques hasardeux, chansons très largement interchangeables, pulsations sans nuances de la batterie… Là où de multiples écoutes permettaient de faire apprécier l’inégal Bankrupt! sur la durée, ce nouvel album n’a pour sa part absolument rien à révéler. Aucun mystère, aucune surprise : tout est là, d’emblée, dès la première écoute ou presque. La délicieuse impression d’être pris par la main, d’être invité à insister, à patienter, qui était la marque de fabrique du groupe, s’est brusquement estompée. C’est à peine si quelques chansons (trois en fait : "Ti Amo", " Fior di Latte" et "Goodbye Soleil") laissent une impression plus enjouée, plus personnelle. Le reste sonne de façon terriblement indifférenciée.

Le pire est que ça s’annonçait pourtant bien. Le teasing était alléchant : virage italien, chansons ensoleillées pour l’été, retour à une certaine idée de la Pop empreinte de variété ou de disco… Autrement dit, c’était l’occasion pour le groupe de déployer tout son savoir-faire, de montrer sa science des détails, des acrobaties mélodiques et rythmiques, des effets de surprise, sa capacité à construire patiemment une jolie musique. L’anticipation ne pouvait, pour le coup, qu’être hautement favorable. Et l’on peut imaginer sans peine combien les fans étaient acquis d’avance. Mais non, il faut savoir s’ébrouer et accepter la réalité. L’Italie n’est ici qu’une sorte de trouvaille un peu creuse, une coquetterie sans suite. Par paresse, par facilité, ou sans doute parce qu’il n’a plus tant de choses que ça à dire, plus tant de musique que ça dans les têtes, le groupe semble avoir égaré son art. Bankrupt! fut le point de basculement et ce Ti Amo est encore moins bon. C’est prouvé : la suite sera pire.

Moi j’arrête PHOENIX. Sans rancune, quittons-nous bons amis.

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- Thomas Mars (chant)
- Laurent Brancowitz (guitare)
- Christian Mazzalai (guitare)
- Deck D'arcy (basse)
- Thomas Hedlund (batterie)


1. J-boy
2. Ti Amo
3. Tuttifrutti
4. Fior Di Latte
5. Lovelife
6. Goodbye Soleil
7. Fleur De Lys
8. Role Model
9. Via Veneto
10. Telefono



             



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