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1958 Moanin''

ART BLAKEY & THE JAZZ MESSENGE - Moanin' (1958)
Par TEEMO le 16 Novembre 2017          Consultée 622 fois

Les récents hommages perpétués avec brio par le géant de l'afro-beat, Tony Allen, à Art Blakey rappellent à quel point ce dernier est une des figures prépondérantes du jazz. Si beaucoup de batteurs comme Gary Peacock, Paul Chambers, Max Roach, Kenny Clarke ou plus récemment Tony Williams, ont marqué leur époque de façon indélébile avec leur jeu bien à eux, peu se sont illustrés en tant que chef d'orchestre, statut le plus souvent réservé aux charismatiques solistes.
L'art de créer un ensemble orchestral puissant et cohérent, Blakey en détient toutes les subtilités et nuances. D'ailleurs, le leader n'est jamais sans ses Jazz Messengers, son fameux quintette qui a vu se succéder et évoluer les plus grands jazzmen.
Évidemment, en 1958, le courant du hard bop bat son plein et les chefs-d’œuvre, fondations du genre, se bâtissent rapidement ; du « Saxophone Colossus » de Sonny Rollins au « Blue Train » de Coltrane sans oublier « Monk's Music » pour ne citer qu'eux... Bref, le swing fait rage et les jazzmen jouent avec toutes leurs tripes et sueur, c'est ça le hard bop !

S'il y a un musicien qui incarne cette musique sincère et viscérale, c'est bien le batteur Art Blakey. Avec « Moanin' », le bopper délivre un album iconique de sa carrière, au carrefour du retour aux sources du swing et de l'exploration des genres. Les années 57/58 marquent le début d'une seconde et longue collaboration du batteur avec Blue Note. A la sortie de « Moanin' » en 1958, le célèbre label voit son catalogue serti d'un nouveau joyau tirant son titre du morceau éponyme qui fut un succès terrible !
Composé par le pianiste « Bobby » Timmons, le morceau deviendra un standard du jazz. Le thème sous forme de question/réponse évoque évidemment les échanges passionnés auxquels s'adonnaient les pasteurs et leur assemblée lors des chants gospel. Le morceau groove dans une atmosphère très smooth que la trompette vient transpercer, comme un cri déchirant la douce langueur d'une soirée brumeuse. Avec son attitude détendue, le duo rythmique Blakey/Merritt semble se prélasser, tandis que le « preacher » Timmons fait danser ses chorus aux intonations franches et gorgées d'un blues aux allures effrontées.

Si, par son succès énorme, le morceau « Moanin' » a pu faire de l'ombre au reste de l'album, les autres titres n'en reste pas moins marquants. Mis à part pour le standard « Come Rain or Come Shine », c'est Benny Golson qui est en première ligne quant à l'écriture des morceaux. Le saxophoniste livre des compositions aux horizons fort différents : de la ballade duveteuse qu'est « Along Came Betty », à la nervosité des soli de « Are You Real ? » en passant par « Blues March », clin d’œil aux orchestres militaires de la Nouvelle-Orléans. L'album jouit d'un équilibre fantastique tant par la qualité des morceaux à la fois variés, vivants et profonds que par l'osmose généreuse existant entre les musiciens. De plus, alors que certaines formations misent tout sur leurs tireurs d'élite, ici chacun est mis à contribution lorsqu'il s'agit d'improviser, et il faut le dire, on ne demande que ça !
Bien sûr, on ne peut passer sous silence l'autre pièce maîtresse de l'album qui deviendra un classique du répertoire des Messengers, il s'agit de « The Drum Thunder Suite ». La composition, divisée en trois parties, prend des allures presque théâtrales avec ses thèmes Ellingtoniens. Menés à la baguette par un Blakey au sommet de son art, les différents protagonistes se donnent la réplique avec une énergie impétueuse puis, dans un second mouvement, s’unissent dans un ballet d'une joviale mélancolie, avant que tambours et cuivres viennent clôturer avec fracas cette épopée majestueuse.

En 1958, Art Blakey et les jazz Messengers signent un jalon incontournable de l'idiome hard-bop. Influences éclectiques, exécution dynamique, production précise et thèmes d'anthologie, tout est réuni pour faire un grand opus. Alors que le free jazz se veut de plus en plus élitiste, « Moanin' » conserve un aspect « pot-pourri » des genres qui sied autant aux puristes qu'à un public plus large. D'ailleurs, Art Blakey fait partie des grands acteurs ayant participé dans les années 50 à l'âge d'or du jazz en Europe et notamment en France, aux côtés du chef de file Sidney Bechet.

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- Art Blakey (batterie)
- Benny Golson (saxophone ténor)
- Bobby Timmons (piano)
- Jymie Merritt (contrebasse)
- Lee Morgan (trompette)


1. Moanin'
2. Are You Real ?
3. Along Came Betty
4. The Drum Thunder Suite
5. Blues March
6. Come Rain Or Come Shine



             



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