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Kenny GARRETT - Pushing The World Away (2013)
Par TEEMO le 10 Septembre 2016          Consultée 448 fois

Près de 30 ans après le début de sa carrière solo en 1984, Kenny Garrett prouve qu'il est encore sur le devant de la scène avec Pushing the World Away, sorti un an seulement après « Seeds from the Underground ». La musique de ce saxophoniste ayant collaboré avec quelques pointures comme Miles ou Marcus Miller, semble avoir un écho important sur le monde du jazz actuel : le nombre de nominations et de récompenses qu'il reçoit ainsi que sa place de choix dans les charts du Billboard Jazz parlent d'eux-mêmes. Kenny Garrett, qui participe régulièrement au fameux festival de jazz à Marciac, incarne l'une des étoiles d'un jazz moderne qui se veut à la fois sincère et profond.

« Pushing the World Again » est le deuxième album enregistré sous le label Mack Avenue. Comme à son habitude, Garrett nous propose des morceaux qu'il aura pris soin de composer (à l'exception de « I Say a Little Prayer ») ; chose qui, dans un univers où la reprise de standard est légion, s'avère fort louable. D'ailleurs, cette volonté d'écrire ses propres morceaux voit le jour dans les années 70, alors que le saxophoniste faisait ses classes au sein du très prisé orchestre de Duke Ellington. Après cette émancipation artistique, Garrett est rapidement devenu l'un des musiciens les plus prolixes de ces dernières décennies.

Avec l'album précédent Kenny Garrett opérait un hommage fort à certaines grandes figures du jazz, notamment issues de la scène de Détroit dont il est originaire, mais dressait aussi une ode émouvante à Mère Nature. Pushing the World Away reprend cette démarche de dédicace ouverte et nous propose 12 titres composés avec une sincérité poignante et une virtuosité évidente. Ses compositions sont, pour la plupart imprégnées d'une puissance mélancolique qui se dessine par des mélodies ténébreuses et par un travail d'arrangement fabuleux. Soit dit en passant, Kenny a fait appel à une sacrée équipe pour mener à bien son projet. Soucieux de créer une vraie osmose entre les musiciens pour interpréter ses écrits au mieux, le saxophoniste s'est volontairement entouré de musiciens avec lesquels il a déjà eu l'occasion de travailler ; il va jusqu'à engager trois batteurs et deux pianistes pour l'album ! Le résultat est des plus convaincants : on sent effectivement que chaque membre comprend Kenny Garrett et que tous se sont appropriés l'esprit de chacun des morceaux à la perfection.

Kenny Garrett aborde la musique d'une manière à la fois très personnelle et avec une passion jubilatoire. Certes, l'aspect relativement sombre de ses morceaux n'en fait pas forcément des pièces très accessibles et de ce fait nécessite une attention particulière pour en saisir les nuances, d'autant que l'album dure plus d'une heure... Mais une fois que l'on s'est aventuré dans l'univers de Pushing de World Away on se rend compte à quel point le saxophoniste a atteint un summum en termes de maturité d'écriture et d'improvisation. Ainsi, « A Side Order of Hijiki » ouvre le bal de manière fracassante avec ce son de saxophone très pincé typique, le piano de Benito Gonzalez déversant notes et accords dans un torrent impétueux, tandis que la contrebasse gronde et la batterie tambourine... Puis, « Hey, Chick », écrit pour son ami et collaborateur occasionnel Chick COREA, se présente avec un thème ténébreux et magnifique, suivi d'une délectable improvisation de Kenny, ardente et tortueuse. L'improvisation est, par ailleurs, clairement au cœur de l’œuvre et donne parfois le vertige tant sa précision époustoufle, tant les mélodies sont à la fois spontanées et superbement tissés. La fin de l'album pousse le vice encore plus loin avec des morceaux intenses tels que l'orageux « Alpha Man » ou « Rotation », une sorte de jam général proche du free jazz où chacun des pianistes et des batteurs sont amenés à se succéder tout au long du morceau.

Bien que « Pushing the World Away » soit dominé par une tendance sombre, il n'en reste pas moins que certains morceaux interviennent comme une lueur ensoleillée au beau milieu d'une tempête ravageuse. On pense à « Chucho's Mambo », interprétation personnelle de la musique cubaine qu'il adresse au fameux pianiste Chucho VALDES. Mais aussi à « J'ouvert (hommage to Sonny ROLLINS) » (équivalent de « carnaval » en créole), excellent calypso très inspiré du standard « St Thomas », radieux et entraînant auquel il est difficile de résister !

Pushing the World Away témoigne d'une grande générosité de la part de son auteur qui nous propose 12 morceaux à la signification très personnelle, mais interprétés de manière telle qu'ils parviennent à nous toucher profondément. Un tour de force qui s'impose comme une référence du jazz moderne.

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   TEEMO

 
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- Kenny Garrett (saxophones, piano, chant)
- Benito Gonzales (piano)
- Vernell Brown (piano, chant)
- Corcoran Holt (basse)
- Marcus Baylor (batterie)
- Mcclenty Hunter (batterie)
- Mark Whitfield Jr. (batterie)
- Rudy Bird (percussions)
- Ravi Best (trompette)
- Jean Baylor (chant)
- Carolin Pook (violon ; 10)
- Brian Sander (violoncelle ; 10)
- Jen Herman (violon ; 10)


1. A Side Order Of Hijiki
2. Hey, Chick
3. Mucho's Mambo
4. Lincoln Center
5. J'ouvert (hommage To Sonny Rollins)
6. That's It
7. I Say Little Prayer
8. Pushing The World Away
9. Homma San
10. Brother Brown
11. Alpha Man
12. Rotation



             



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