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- Membre : ZËro

ORCHARD - Serendipity (2017)
Par JOVIAL le 25 Décembre 2017          Consultée 551 fois

Leçon n°204 : la sérendipité

Qu'est-ce que la sérendipité ? Le mot nous vient de l'anglais « serendipity », lui-même inventé par Horace Walpole en 1754, qui l'expliquait comme une « sagacité accidentelle ». Plus clairement, la sérendipité désigne une découverte fortuite et inattendue, dans le cadre d'une recherche portant sur un autre sujet. L'exemple le plus symbolique est celui de Christophe Colomb. Pensant accoster aux Indes, le Génois découvrit l'Amérique. Selon certaines définitions, la sérendipité inclurait de plus la faculté de discerner l'intérêt de cette même découverte. Ce qui exclurait donc Colomb, qui était loin de se douter qu'il débarquait là sur un nouveau continent. Passons. Une question désormais : peut-on provoquer la sérendipité ?

C'est en tout cas ce que tente de faire Stéphane Grégoire depuis 2009, sur son label Ici d'Ailleurs. Après THIS IMMORTAL COIL et NUMBERS NOT NAMES, le Nancéien force la sérendipité une troisième fois en imposant une nouvelle collision. Le clarinettiste Maxime Tisserand (CHAPELIER FOU), le batteur Franck Laurino (ZËRO), le guitariste Aidan Baker (NADJA) et le violoncelliste Gaspar Claus forment ainsi aujourd'hui ORCHARD. « Verger » dans la langue de Thatcher. Un nom judicieusement bien choisi pour une rencontre aussi fructueuse. En pochette, un vigoureux merisier en fleurs prévient, les fruits seront beaux. Uniques même.

Musique planante, contemplative ou méditative : ORCHARD survole, relie et dépasse sûrement ces trois dénominations. Serendipity nous semble absolument hors-norme, indépendant. Les étiquettes imposées de post-rock, d'ambient voire de jazz ne renseignent que peu. Nombreux sont les autres groupes dont nous croisons la route. Du rock organique de NEU! aux escapades brumeuses de Jon PORRAS, des abysses bleutées de BIOSPHERE aux solitudes glacées de Niels Petter MOLVAER, ce merveilleux verger fait ressurgir certains de nos meilleurs souvenirs musicaux. Dans l'approche, cet album en rappelle furieusement un autre, Zeit de TANGERINE DREAM. Une œuvre longue, très longue, éclatant les formats habituels pour mieux prendre la mesure du temps et se réserver un maximum d'espace. Espace de sérendipité pour ORCHARD qui découvre fortuitement son propre verger.

Serendipity est une œuvre sensorielle. Mais le terme de « voyage » ne lui conviendrait pas. Il s'agit plutôt d'une halte. Enjambons le talus, nous voici quelque part au mois d'avril et devant nous, des merisiers. Les derniers lambeaux de brume s'évanouissent alors que le soleil perce derrière les collines endormies. La nature s'éveille. La sève monte sous l'écorce, la brise fait frémir les feuilles et les bourgeons éclatent. On a fermé les yeux. Les premiers rayons nous réchauffent le visage. La puissance évocatrice de Serendipity semble irréelle, comme une pause dans le temps, une niche oubliée dans l'espace. Pourtant, qui ne s'est jamais assis sous un arbre ? Qui n'a jamais passé la main sur de l'écorce, n'a jamais observé la lumière du ciel au travers d'une feuille ? L'exploit d'ORCHARD est bien de sublimer un moment si simple avec une justesse et une profondeur vertigineuses.

L'album est double. La première face contient deux imposantes pièces, « A Day Staring at Eternity » et « Drawn with the Wind », chacune divisée en quatre parties. ORCHARD y révèle la quintessence de son éphémère existence. Des climats lents mais colorés, enivrants, vaporeux, que Franck Laurino rythme discrètement à la batterie. Gaspar Claus esquisse les contours du dessin de son archet, laissant à Maxime Tisserand et Aidan Baker le soin de projeter les pigments, mêlant clarinette, basse, guitare et effets. La seconde face fait varier l'exercice, sur trois morceaux toutefois plus itératifs, qui ne rebuteront guère les amateurs de Manuel GÖTTSCHING ou de manière générale de la Kosmische Muzik.

Stéphane Grégoire a tout de même triché. La sérendipité provoquée n'est que pseudo-sérendipité. Le patron d'Ici d'Ailleurs savait pertinemment que l'expérience serait brillante en enfermant ces quatre-là en studio. Ce qu'il n'avait cependant pas prévu, c'est qu'elle fonctionne aussi pour l'auditeur. Croyant découvrir un simple album, il découvre fortuitement une leçon. Prenez votre temps, asseyez-vous et observez. Le verger est beau.

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- Franck Laurino (batterie)
- Adrian Baker (guitare)
- Gaspar Claus (violoncelle)
- Maxime Tisserand (clarinette)


1. A Day Staring At Eternity
2. Drawn With The Wind
3. After All The Sun Is Awakening
4. We Host You
5. Fructifiction



             



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