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1994 BÄstard
 

- Membre : ZËro, Orchard
- Style + Membre : Deity Guns

BÄSTARD - BÄstard (1994)
Par JOVIAL le 15 Octobre 2020          Consultée 167 fois

« Tel père, tel fils » serait-on tenter de dire en découvrant le rejeton brûlé des DIETY GUNS. Car ce qui surgit des flammes en 1993 nous a tout d'abord semblé évident, connu, du moins similaire. Aux commandes du monstre, l'équipe n'a pratiquement pas changé. À peine une nouvelle tête en remplacement d'une autre sur le départ, et puis encore un renfort du côté des samples. Les habitudes ne changent pas : à l'instar de Trans Lines Appointment, le nouvel album est enregistré aux États-Unis. Pas de Warthon TIERS ni de Lee RANALDO derrière la vitre du studio, certes, mais tout de même une autre pointure du milieu, en la personne de Martin BISI, collaborateur régulier de Bill LASWELL, SONIC YOUTH, des SWANS et John ZORN, entre autres. Côté label, les Lyonnais ont signé chez Semantic, gros pourvoyeur nancéen de rock distordu dans les années 90. Même son de cloche d'ailleurs pour son premier album qui d'emblée nous renvoie sans tarder au déluge nucléaire de "The Map" l'année précédente. La pomme tomberait-elle toujours près de l'arbre ?

Sans doute, mais elle peut parfois être pourrie. N'oublions pas le nom de l'héritier. Il s'appelle BÄSTARD. Un fils illégitime, né dans la haine, prêt à tout ou presque pour prouver qu'il sait mieux, fait mieux que son paternel. Pour ce faire, il s'est tout d'abord débarrassé de ses hardes les plus punk. L'avenir est au noise et à l'indus. Le son se fait plus lourd, plus épais. Dans l'air, des effluves plus malsains aussi, relents d'acier, de béton sale et de sang, odeurs d'usines, odeurs de ville, la nuit. L'ambiance générale est suffocante. Des extraits de films et des samples trafiqués complètent l'ensemble, achevant de mettre en place une atmosphère écrasante, brutale.

BÄSTARD repart en guerre. Il y a dans ce premier album des pistes d'une grande violence, où le quintet semble vouloir pousser jusqu'à l'insupportable presque. Dès les premières secondes, "The Hunt" nous roule dessus, lentement, pesant de toute sa masse rouillée, faisant une à une sauter nos vertèbres. Immédiatement, "Sittin' in The Cab" poursuit le pilonnage, broyant nos os à en faire sortir la moelle. Plus courte, "Sake" se lance dans une course-poursuite infernale, les robots-flics au cul, la boîte crânienne prête à exploser. Dans le même genre, "The Snitch" nous désoriente à en vomir.

Mais il existe aussi sur ce disque des moments plus subtils, où la violence se fait plus insidieuse, touche moins la chair que l'esprit mais marque tout autant, si ce n'est plus, oscillant entre bad-trip et aliénation. Les Lyonnais maîtrisent leur sujet avec des climats denses et angoissants au possible. Le malaise monte crescendo. On démarre avec "In The Throad", sorte de coma lysergique oriental, mené par la nouvelle recrue François CUILLERON au violon. Contre toute-attente, on émerge bientôt. Joyeusement. Oui, le violon danse ! "Kal" entame telle une ronde et parfois fait étonnamment penser à du ORANGE BLOSSOM. Cependant, le rêve allègre tourne court. Les tempes se remettent à bouillir alors que s'accélère le rythme. Le contre-coup, la descente s'amorce sur l'effroyable "Kouro Shivo" et ses insectes, ses putains de mouche qui bourdonnent, là, dans le froid, partout. Le plancher est oblique, retour de la nausée. "Dinner for The Worms", comptine glauque, avec ses visions de pantins désarticulés, nous achemine enfin au fabuleux "Fossils", l'une des meilleures compositions du groupe, d'un calme sournois et obsédant. Aucune porte de sortie. Les dernières notes se sont évanouies depuis longtemps et pourtant le vertige est encore présent, nous laissant suspendu au-dessus du vide.

On pourrait sans doute consacrer un paragraphe à chaque morceau, évoquer l'insoutenable mécanique de "Looking For Nancy" ou bien s'attarder aussi sur l'étrange songe télévisuel de "Give Up". Mais il suffit sans doute pour conclure de souligner encore l'extraordinaire richesse de ce disque. BÄSTARD n'est plus DEITY GUNS en cela qu'il va plus loin, expérimente à chaque nouvelle piste et se réinvente. Aux confins du post-rock, de l'indus et du noise, nos Français créent là une œuvre sombre, où se dévoile lentement une certaine beauté, tout en lames et en impacts fumants, qui parfois fascine autant qu'elle répugne.

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- Franck Laurino (batterie)
- Stéphane Roger (guitare/basse)
- François Cuilleron (guitare/violon)
- Eric Aldéa (guitare/chant)
- Jean-michel Berthier (sample/tape)


1. The Hunt
2. Sittin In A Cab
3. In The Throat
4. Sake
5. Give Up
6. The Snitch
7. Kal
8. Kouro Shivo
9. Looking For Nancy
10. Dinner For The Worms
11. Fossils



             



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