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QUEEN SYLVIA EMBRY - Midnight Baby (1983)
Par LE KINGBEE le 8 Mars 2018          Consultée 323 fois

Vous l’aurez surement remarqué, les femmes bassistes ne courent pas les rues. Ce constat vaut aussi bien pour le Domaine du Blues que celui du Hillbilly, milieux différents certes mais fortement imprégnés d’un certain machisme.

Alors derrière le sobriquet de BLUES QUEEN SYLVIA se cache en fait la bassiste chanteuse Sylvia EMBRY. Originaire de l’Arkansas où elle voit le jour en 1941, Sylvia Lee Burton commence à étudier le piano et le chant par l’entremise d’une grand-mère chanteuse de Gospel. Au tout début des sixties, elle intègre The Southern Echoes Gospel, une petite troupe amateur de Memphis. Sylvia se marie et s’installe à Chicago mais ne parvient pas à chanter professionnellement. Pas bien grave, elle a de quoi s’occuper avec sa famille entre l’éducation de ses enfants et les petits boulots qu’elle parvient à décrocher de façon à faire bouillir la marmite. Au début des années 70, Sylvia intègre l’orchestre de John Embry, un guitariste de Chicago de dix ans son aîné. Tout semble rouler pour la chanteuse qui se met alors à la basse, sous la houlette de John. Divorcée de son premier mari, Sylvia Lee Burton se transforme alors en Madame Embry, le guitariste et la nouvelle bassiste convolant en justes noces.

En 1979, elle grave un premier single pour Razor Records, une filiale d’Alligator Records, au sein de l’orchestre dirigé par son nouvel époux, The Blues Kings. L’année suivante, toujours en compagnie de son bienaimé, elle enregistre « After Work ». Mais c’est bien connu, les belles histoires ne durent jamais bien longtemps, du moins d’après l’adage. Le couple se sépare peu de temps après la sortie du disque. Sylvia Embry va rebondir et enchaine comme bassiste chanteuse auprès de Lefty Dizz, Honeyboy Edwards, Sam Myers et Robert Lockwood Jr. dans les tavernes et les clubs du West Side de Chicago où elle se taille une solide réputation. Au tout début des eighties, elle continue son petit bonhomme de chemin, participe à l’anthologie Living Chicago Blues éditée par Alligator (elle est présente sur 4 titres du volume 6). Mais c’est en 1982, qu’elle se fait véritablement connaitre du public européen, participant à une tournée en compagnie de Jimmy DAWKINS. L’année suivante, elle met en boite un single pour Leric Records, le label de Dawkins, bientôt suivi par « Midnight Baby ».

Enregistré en avril 1983, à l’Odyssey Sound Studio, là où Magic Slim avait mis en boite l’album « Essential Boogie », ce disque fait la part belle aux compositions, Sylvia Embry ayant écrit la totalité du disque. D’entrée de jeu, on n’est comme happé par l’atmosphère typique du South Side. Si Embry se révèle comme un vrai métronome de la basse, son chant puissant et expressif vient enrober ces belles tranches de vie. En dehors des qualités explosives du chant, le disque bénéficie également du phrasé de guitare de Jimmy Dawkins, un guitariste aussi sombre que flamboyant encore à son apogée au début des années 80. Il ne fait guère de doute que le guitariste a choisi les différents accompagnateurs, tous triés sur le volet. C’est ainsi qu’on retrouve le batteur Tyrone Centuray (alias Tyrone Century ou Tyrone Smith) un ancien compagnon de route de Dawkins, Otis Rush, Willie Kent, Jimmy et Luther Johnson ou bien encore Hip Linkchain et pendant idéal de la bassiste. Afin de densifier le cachet électrique, Dawkins peut s’appuyer sur Richie Kirch (ex Sonny Rhodes et équipier de Dawkins) et Phillip Meeks à la rythmique (celui là laissera tomber la guitare après cet enregistrement).

En ouverture, « I’m Hurtin’ » nous renverrait presque vers une ambiance à la Magic Slim. Si les touches de guitares de Dawkins touchent la cible à chaque note, c’est bien encore le timbre de la chanteuse qui frappe les esprits sur « Life And Troubles ». On retrouve encore une sonorité à la Magic Slim sur « New York Bound » avec une rythmique lourde mais souple et une basse ambulante entrecoupée par deux solos de guitare solides comme du roc. Même impression avec « Party » dans un style low down rappelant les futures joutes de guitares que nous offriront Magic Slim et John Primer. « Baby, What Do I Do » annonce un climat urbain, typique au West Side, toutefois parsemé de zestes du Delta tandis que le vocal se rapproche plus du Gospel que des beuglants des ghettos. Sur « Midnight Baby » si la voix voilée de Dawkins lance les hostilités, le chant de Queen Sylvia lui succède lui répondant coup pour coup. « Can’t Get Along », un long slow blues évoquant par moment le « The Things I Used To Do » de Guitar Slim sans la coloration louisianaise, marque une rupture de tonalité bienvenue. Cette session s’achève sur un feu d’artifice avec « You Treat Me So Mean » qui tient plus du Rockin’ Blues que du West Side.

Le disque est agrémenté par deux titres Live captés au Music Hall de Würzburg, en Allemagne, lors de la tournée de l’American Folk Blues Festival (AFBF) de novembre. Cette fois ci Sylvia est secondée par une équipe totalement différente comprenant entre autre l’harmoniciste Carey Bell, le pianiste vétéran Lovie Lee (beau-père de Bell et ex équipier de Muddy Waters) et Louisiana Red à la gratte. « I Love You », toujours en prolongement d’un univers West Side proche de Magic Slim, semble enthousiasmer à raison le public allemand. L’harmonica de Carey Bell apporte un plus, tandis que la guitare de Louiana Red fait plus dans la rythmique, un procédé qui lance sur de bons rails la voix expressive de la chanteuse. D’ailleurs Queen Sylvia a le don de chauffer son public avec une seconde version de « Baby, What Do I Do » dans laquelle l’harmonica apporte un cachet plus mississippien que chicagoan.

Malheureusement, la suite sera moins rose pour la Reine Sylvia. Malade au milieu des années 80, elle plaque la musique en 1986 après une tournée mondiale avec le Mississippi All –Stars, soit un an après le décès de John Embry. Retirée des studios et de la scène, la chanteuse perd son combat contre son cancer et décède en 1992 à 50 ans.

Un disque méconnu dans le plus pur style du Chicago Blues du début eighties. La guitare de « Fast Fingers » Dawkins, la voix puissante rappelant à certains moments Koko Taylor ou Big Mama Thornton, un répertoire authentique et sincère et un décor lorgnant sur Magic Slim devraient combler les amateurs de Chicago Blues. Publié en 1983 par le label allemand L+R Records du promoteur et jazzman Horst Lippmann, le vinyle a été réédité sous format CD en 1994 par Bellaphon Records avec une pochette identique et par la firme américaine Evidence avec une pochette légèrement différente. Bien que le nom de Blues Queen Sylvia apparaisse sur ce disque, nous rangerons la chanteuse sous le nom de Queen Sylvia Embry.

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- Sylvia Embry (chant, basse)
- Jimmy Dawkins (guitare 1-2-3-4-5-6-7-8-9, chant 5)
- Rich Kirch (guitare 1-2-3-4-5-6-7-8-9)
- Phillip Meeks (guitare 1-2-3-4-5-6-7-8-9)
- Tyrone Centuray (batterie 1-2-3-4-5-6-7-8-9)
- Louisiana Red (guitare 10-11)
- Jimmy Rogers (guitare 10-11)
- Lovie Lee (piano 10-11)
- Charles Otis (batterie 10-11)
- Carey Bell (harmonica 10-11)


1. I'm Hurtin'.
2. Life And Troubles.
3. New York Bounds.
4. Baby, What Do I Do?
5. Midnight Baby.
6. Party.
7. Can't Get Along.
8. Why Won,der.
9. You Treat Me So Mean.
10. I Love You.
11. Baby, What Do I Do?



             



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