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- Membre : Radiohead

JONNY GREENWOOD - Phantom Thread (original Motion Picture Soundtrack) (2018)
Par MARCO STIVELL le 14 Avril 2018          Consultée 384 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Jonny GREENWOOD, guitariste bien connu de RADIOHEAD et compositeur principal du groupe, fervent défenseur du tandem frange + Telecaster, choisit de dédier son travail soliste (loin de Yorke et cie donc) au cinéma. Sinon, il ne trouve pas d'intérêt, comme il le dit lui-même. La chance veut qu'en dehors d'un A Moon Shaped Pool (2016) en proue d'un retour de son groupe emblématique salué par beaucoup de monde, l'une de ses dernières collaborations est celle avec le réalisateur Paul Thomas Anderson (Magnolia, There Will Be Blood) pour le film Phantom Thread.

Autrement dit, l'un des meilleurs efforts de ce début d'année 2018 dans la catégorie "films d'auteurs", dédié au récemment défunt réalisateur Jonathan Demme (Philadelphia...) et, qui plus est, nominé aux Oscars. Plus que ça encore, c'est ce film que l'acteur Daniel-Day Lewis, parmi les plus brillants et exemplaires de son rang, choisit pour marquer le final de sa carrière, avant de prendre sa retraite.

Toutes les conditions sont réunies pour faire de ce film un chef-d'oeuvre, un acteur qui "donne tout" à son personnage du couturier de luxe Reynolds Woodcock, froid, exigeant et impressionnant (même s'il ne faut pas pour autant éclipser le reste du casting, Vicky Krieps et Lesley Manville notamment), une réalisation de velours, et une musique d'orfèvre.

Car l'ami Jonny travaille à l'ancienne, au plus près de la partition et sans recours informatique, en tâtonnant et en croisant les doigts pour que tout fonctionne en vrai. Il hésite entre BACH et Arvo PÄRT, dans le minimalisme autant que le développement des mélodies, à commencer par le thème principal qui a quelque chose de baroque dès les premiers accords et qui nous émeut par sa gravité, pour ne pas dire son austérité, au diapason avec les complexes des personnages, Woodcock lui-même comme sa sœur Cyril (Lesley Manville). Cet air est proposé avec trois variations.

Les années 50 dans la haute société selon le réalisateur Anderson en images sont comme celles du compositeur GREENWOOD en musique, une douceur feutrée mêlée de passéisme, de classicisme et de rigueur britannique poussée à l'extrême. La seule façon d'adoucir le propos, c'est d'atteindre le point sensible ("The Tailor of Fitzrovia", d'une grande délicatesse), ou alors de mettre un peu de légèreté dans le rapport piano-cordes, celles-ci utilisant beaucoup le pizzicato sur des thèmes plus proches de la musique traditionnelle (les lumineux "Sandalwood" I et II, le final de "The Hem", ou "le tissu" en français).

Le point fort du film, c'est la contradiction du rapport entre Woodcock et Alma (Vicky Krieps), une jeune serveuse rencontrée en Pays de Galles pendant de rares vacances, qui devient sa muse, sa femme. Celle qui lui est fidèle mais qui voudrait aussi qu'il la laisse l'aimer davantage comme elle le voudrait, plutôt que de se dérober constamment derrière sa rigidité.

La rencontre avec Alma est illustrée par un thème merveilleux à la PÄRT, avec des accords de piano juste frôlés, à peine posés, et lentement, comme une caresse, tandis que les cordes se superposent avec grâce et sensualité. On peut aussi mentionner les vagues enivrantes de "Catch Hold", merveilleuses... Comme le film est parfois brusqué par les heurts et les colères plus ou moins retenues des personnages, voire des choses bien plus graves encore (on ne dira pas quoi), il y a aussi des thèmes plus sombres, des frottements âpres et des dissonances mieux marquées à l'image de "Boletus Felleus", même si ce n'est jamais choquant et on reste dans un très bel univers.

Le piano de Katherine Tinker (ce son chaud... on l'imagine jouer avec de la dentelle sous les doigts) et les cordes, sans oublier la harpe qui se fond avec le plus grand soin dans l'ensemble ("That's as May Be"), forment ainsi l'ossature autant que la peau d'un travail sonore absolument somptueux. Il évoque la pluie sur les carreaux des fenêtres autant que le feu de cheminée (la scène magnifique des premiers échanges intimes d'Alma avec Reynolds) et la tendresse qui, étouffée derrière un mur de non-dits et d'entêtement, ne demande qu'à s'exprimer. C'est mieux que fait, c'est gagné.

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   MARCO STIVELL

 
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- Jonny Greenwood (compositions, piano, orchestrations)
- Hugh Brunt (orchestrations)
- Robert Ziegler (orchestrations, direction d'orchestre)
- Katherine Tinker (piano, célesta)
- Charlotte Bonneton (alto)
- Daniel Pioro, Jonathan Morton (violon)
- Oliver Coates (violoncelle)
- Eleanor Turner (harpe)
- The London Contemporary Orchestra
- The Royal Philharmonic Orchestra


1. Phantom Thread I
2. The Hem
3. Sandalwood I
4. The Tailor Of Fitzrovia
5. Alma
6. Boletus Felleus
7. Phantom Thread Ii
8. Catch Hold
9. Never Cursed
10. That's As May Be
11. Phantom Thread Iii
12. I'll Follow Tomorrow
13. House Of Woodcock
14. Sandalwood Ii
15. Barbara Rose
16. Endless Superstition
17. Phantom Thread Iv
18. For The Hungry Boy



             



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