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ZYDECO  |  COMPILATION

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BOOZOO CHAVIS - Zydeco Trail Ride (1990)
Par LE KINGBEE le 27 Avril 2018          Consultée 210 fois

Nan mé ! Encore une pochette qui a de la gueule et qui indique clairement de quoi il s’agit, chose de plus en plus rare dans le domaine de la musique. Alors pour ceux qui se demanderaient qui est cet hurluberlu sur son canasson portant un accordéon pour faire encore plus ringard, sachez que ce Monsieur est l’une des icônes du Zydeco derrière Clifton CHENIER.

BOOZOO (ça signifie Poivrot là bas en Louisiane) CHAVIS voit le jour en 1930 à Church Point, une bourgade situé au centre d’un triangle formé par Lafayette (au Sud), Eunice (au Nord Ouest) et Opelousas (Nord Est), en clair en plein territoire Zydeco. Notre bonhomme enregistre très tôt « My Paper In My Shoe » en 1954 pour Folk Star, filiale du label Goldband Records d’Eddie Shuler. Ce titre est considéré comme l’un des premiers enregistrements de Zydeco. La légende dit que lors de la session, BOOZOO était tellement « imbibé » qu’il est tombé du tabouret sur lequel il était assis. Une légende ? Pas vraiment car si l’on tend bien l’oreille ce single dévoile à un moment le bruit d’une bouteille qui roule sur le sol. Contre toute attente, le 78 tours va se vendre comme du petit pain dans tout le Sud Ouest de la Louisiane, mais l’aventure va s’arrêter rapidement. Mécontent des miettes que l’Industrie américaine du disque lui reverse en guise de royalties, BOOZOO CHAVIS jure tel le corbeau de la fable qu’on ne l’y reprendrait plus et abandonne la musique. Notre gars va se lancer dans l’élevage de pur sangs et autres étalons à quatre pattes, ne se produisant sporadiquement pour des anniversaires, des pique-niques, ou des fiestas entre amis.

Notre olibrius va cependant mettre en boite deux autres singles jusqu'en 1974, un par décennie. Ces enregistrements lui vaudront une popularité incroyable auprès des amateurs de Zydeco. Au début des années 80, le bonhomme va resurgir tel un diable de sa boite avec une série de concerts. Il se murmure aujourd'hui encore qu’il fallait jouer des coudes et des bras pour avoir la joie d’assister à ces rassemblements. Rappelez-vous, en Europe au début des seventies, on ne pensait que le Zydeco n’était l’œuvre que d’un seul homme Clifton CHENIER. Internet n’existait pas, on n’avait que trois chaines de télé, la Guerre des Six Jours débouchait sur le premier choc pétrolier, Pinochet prenait le pouvoir au Chili, Giscard récoltait quelques babioles en diamant, le scandale du Watergate pousse le Président Nixon à la porte de Maison Blanche, le monde était en proie à plusieurs guerres civiles (Angola Liban), au Portugal l’œillet rentrait en révolution, l’Amoco Cadiz allait polluer nos plages et nos vies*. Eh … elle n’est pas belle la vie ? Rassurez-vous rien n’a changé, il y a toujours autant de pourris…**. Donc pour mettre la main sur des albums de Zydeco, il fallait se lever de bonne heure et en fait on n’en trouvait qu’aux Puces, au Folk Club Quincampoix et parfois chez Pygmalion où l’un des vendeurs ramenait un gros stock de chaque voyage. C’était comme ça !

Revenons à notre BOOZOO. Au milieu des eighties, notre bonhomme se remet à enregistrer pour Floyd Soileau, fondateur des labels Jin et Swallow Records. L’accordéoniste met en boite plusieurs albums pour Maison De Soul. Les concerts du bonhomme ont souvent lieu à guichets fermés. Seul hic, comment promouvoir un artiste qui refuse de se produire ailleurs que sa région pour cause de phobie d’avion ? Les choses changeront à partir du milieu de la décennie suivante, CHAVIS enregistrant pas moins d’une douzaine d’albums jusqu’à sa mort en 2001 quelques jours après s’être produit à Austin. Deux de ses fils ont depuis repris les rennes des Magic Sounds, groupe du paternel, et cinq de ses petits-fils jouent ensemble au sein des Dog Hill Stompers, le Zydeco se transmettant de génération en génération.

A contrario de Clifton CHENIER, maître incontesté du Zydeco Blues, BOOZOO CHAVIS s’inscrit dans une tradition plus rurale. L’usage d’accordéon à bouton amplifie d’ailleurs cette impression. Mais n’allez pas croire qu'il nous distille du « flonflon », l’accordéoniste demeure le dépositaire d’une musique pleine de peps et de verve. Cette compilation de 21 titres nous paraît idéale comme approche du musicien. Le compilateur regroupe ici six faces du premier album (« Louisiana Zydeco Music »), trois titres issus du second disque « BOOZOO Zydeco » et enfin onze titre de « Zydeco Trail Ride », soit l’album en entier. Deux constats : aucun titre en provenance du troisième album « Zydeco Homebrew », appoint d’un inédit avec « Went To New Orleans ». Mais la remarque la plus étonnante se situe au niveau du titre puisque la compilation reprend mot pour mot l’intitulé du quatrième album édité par le label, ce qui peut prêter à confusion, d’autant plus que la pochette est identique, seul un minuscule logo vient les différencier.

Au niveau du répertoire, les two-step se taillent la plus grosse part du gâteau avec pas moins de neuf titres interprétés sur des rythmes variés allant du mid tempo à la furie frénétique. Les prises de son mettent en avant l’accordéon à boutons, la section rythmique et les frottoirs font dans la plupart des cas office de lancement, tandis que les guitares s’offrent de rares solos. CHAVIS reste très ancré dans le Rural Trad. et évite les artifices tels les cuivres, les boites à rythmes et synthétiseurs qui polluent hélas souvent le New Zydeco. On ne détaillera pas toutes les pièces, mais la plupart de ces two-steps sont axés sur la danse, la joie, le partage et la fiesta. Il est impossible, surtout là-bas, de ne pas se trémousser au rythme de l’accordéon à moins d’être sourd ou cul de jattes. Parmi ces pièces virevoltantes, certaines deviendront au fil du temps des standards du Zydeco : le salace « Deacon Jones », « Motor Dude Special », « Dog Hill » (nom d’une colline située près du ranch de BOOZOO infestée de chiens errants, d’où les aboiements du groupe) et l’impayable « Uncle Bud » : « Eighteen, nineteen, twenty years ago - Uncle Bud beat the devil outta Cotton -Eyed Joe - Uncle Bud …Uncle Bud got a daughter - Her name is Joan … ».

La valse, danse incontournable en Louisiane, est également représentée avec « What’s The Matter Now ? » et une énième version de « Paper In My Shoe ». Si Clifton CHENIER demeure la figure majeure du Zydeco Blues, BOOZOO CHAVIS se sert aussi de ce canevas pour nous tisser de superbes tempos plus slow down : « Your Mama & Papa », « Black Gal », « Telephone Blues » ou « Blues All Around My Bed ». Ces pièces plus lentes permettent aux couples de danseurs de laisser reposer les accus ou accessoirement de créer une promiscuité.Autres bons
moments avec « Zydeco Mardi Gras » dont la mélodie tient autant du New Orleans Sound que des krewes*** de Mardi Gras. Si BOOZOO restait résolument ancré dans le Rural et le Traditionnel (du moins en studio), il ne se refuse pas à diverses ouvertures vers le R&B et la Soul comme en atteste sa version funky de « Harlem Shuffle », petit succès du duo Bob & Earl en 1963 et futur carton des Stones sur « Dirty Work » en 1986. Terminons ce panorama par un emprunt au folklore cajun avec « Madeleine » (rien à voir avec BREL), un titre qui tombera dans la besace de nombreuses formations de Zydeco.

Cette compilation pleine de peps permet de découvrir l’une des figures emblématiques du Zydeco. A noter que le Père BOOZOO n’hésitait pas à écrire des textes paillards et grivois, certains disques nécessitant une mention d’avertissement pour les jeunes auditeurs.Enfin si des lecteurs curieux visionnent l’accordéoniste sur youtube, qu’ils ne s’étonnent pas de voir BOOZOO CHAVIS avec un tablier, d’une part le stetson sur le crane ça tient chaud surtout en Louisiane, d’autre part notre bonhomme n’hésitait pas à mouiller le maillot sur scène d’où une forte transpiration pouvant abîmer son instrument. Si BOOZOO CHAVIS demeure l’auteur d’une excellente discographie d’une dizaine d’albums, cette compilation représente un condensé idéal pour tout néophyte. A noter qu'on retrouve trois rejetons du Sieur CHAVIS.

*Ces exemples sont là pour représenter une période inconnue de certains lecteurs. Les faits évoqués sont les premiers qui me sont venus à l’esprit, nul doute qu’il doit y en avoir de bien pires.
**J’ai beaucoup hésité sur l’emploi du mot, mais en définitive c’est le plus soft que j’ai trouvé.
*** La Krewe est une parade célébrant Mardi Gras en Louisiane. Ces festivités se déroulent après l’Epiphanie.

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- Wilson 'boozoo' Chavis (chant, accordéon)
- Wilson Chavis Jr. (accordéon, chœurs)
- Carlton Thomas (guitare)
- Cedrick Rupert (guitare 12-14-21)
- Classie Ballou Jr. (basse 1-2-4-4-5-6-7-8-9-10-11)
- Shelton Jackson (basse 12-13-14-15-16-17-18-19-20-21)
- Rellis Chavis (batterie)
- Anthony Chavis (frottoir)
- J.w. Henderson (frottoir)
- Charles Berry (frottoir 12-14-21)


1. I Want To Play With Your Poodle.
2. Zydeco Coteau.
3. Boozoo's Trail Ride Breakdown.
4. Your Mama & Papa.
5. Madeleine.
6. Zydeco Mardi Gras.
7. What's The Matter Now?
8. Harlem Shuffle.
9. Bye Bye Jolie.
10. Black Gal.
11. Telephone Blues.
12. Deacon Jones.
13. Went To New Orleans.
14. Uncle Bud.
15. Paper In My Shoe.
16. Motor Dude Special.
17. Blues All Around My Bed.
18. Leona Had A Party.
19. Dance All Night.
20. Dog Hill.
21. Boozoo's Theme Song.



             



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