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GOTHIQUE/POST-PUNK  |  STUDIO

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Anna VON HAUSSWOLFF - Dead Magic (2018)
Par MR. AMEFORGEE le 14 Mai 2018          Consultée 755 fois

On sait qu’un album est particulièrement réussi lorsque les disques précédents, qu’on avait pourtant appréciés en leur temps, nous semblent subitement bien fades. Ah tiens, se dit-on, le chant était tout de même plus timide alors, les arrangements assez convenus et les morceaux, malgré certains bons moments, pas toujours inoubliables… Où donc se cachait l’éclat qui nous irradie désormais ?

Commençant en 2010 par un album de ballades intimistes comme il en existe beaucoup, la Suédoise Anna von Hausswolff avait trouvé sa touche d’originalité en troquant, sur les deux disques suivants, son piano contre un orgue d’église authentique et en assombrissant sévèrement sa palette sonore. Sombre jusqu'au gothique mais non dépourvue de mélodies, tantôt atmosphérique, tantôt épique, en fait intéressante mais encore en bourgeon, sa musique apparaissait alors comme une sorte de « pop funéraire » – l’étiquette, sans être mensongère, est réductrice, bien sûr.
Avec Dead Magic, l’autrice-compositrice et chanteuse de 31 ans continue de creuser avec bonheur son sillon macabre. Moins « pop » en même temps que plus maîtrisé et audacieux, le résultat apparaît un cran au-dessus de tout ce qu’elle a pu faire jusqu'ici.

Paradoxalement, cette réussite naît d’une crise créatrice. Après The Miraculous, paru en 2015, Anna von Hausswolff ne sait plus où elle en est, elle a momentanément perdu son inspiration. À ce stade, la dépression n’est pas loin. Sous des allures de road-trip crépusculaire et métaphysique, avec tous les effets de dramatisation que le jeu des métaphores suppose, les cinq titres de Dead Magic ne font rien d’autre que nous raconter cette impression soudaine de perdre pied et la tentative de s’en sortir. Il y est question de chute aux proportions quasi-bibliques, de sensation de dissolution, d’errance au cœur de la nuit, et peut-être, au bout de la route, de salut…
Toujours un orgue comme clé de voûte, différents claviers (synthétiseurs, mellotron) en accompagnement, apportant un peu de variété, et des guitares électriques venant lester le tout aux moments opportuns. Comme pour conjurer le sort, l’album a été enregistré en tout juste neuf jours, sous la houlette du producteur Randall Dunn, déjà remarqué pour nombre de ses contributions en milieu trouble – Myrkur, Marissa Nadler, Wolves in the Throne Room, Sunn O))) entre autres. Et ça fonctionne.

C’est avec « The Truth, The Glow, The Fall », articulé en trois parties comme au temps du grand King Crimson, que débute notre voyage au pays des ombres. Ambiance solennelle lentement bâtie sur des nappes d’orgue, à peine troublée par de brefs accords trembleurs comme des tourbillons de feuilles mortes – à moins que ce ne soient des nuages de lucioles fugitives –, on se retrouve embarqué sans y prendre garde. Ensuite, une curieuse cadence s’installera et l’espace d’un instant, Anna von Hausswolff ressuscitera l’époque des processions mystiques auxquelles Dead Can Dance aimait à nous convier. Autant le dire tout de suite, il y aura d’autres moments dans ce goût-là au cours du périple et ce ne seront pas les moins intéressants.

Autre élément à remarquer et qui se note dès l’entame, c’est le travail sur les arrangements, plein de subtilité. Il s’agit vraiment d’un des points forts de l’album. Ici et là des dissonances, des effets surprenants, décochés avec un sens de l’économie en même temps que de l’à-propos. Derrière l’apparente retenue de l’ensemble, il y a en réalité beaucoup à entendre. Avant de poursuivre, il faudrait aussi évoquer ce jeu subtil, quasiment dramaturgique en fait, qui, en ménageant intensité et accalmies, contemplation et grandiloquence, contribue beaucoup à la réussite des morceaux.

L’autre groupe, avec Dead Can Dance, qui exerce ici très fortement son influence sur Anna von Hausswolff, c’est Swans, avec qui d’ailleurs l’artiste a eu l’opportunité de tourner, courant 2017. C’est ce qui nous donne notamment « The Mysterious Vanishing of Electra », peut-être bien le sommet du disque – on pourra relever au passage qu’Electra est l’un des seconds prénoms de la jeune femme. Sur une rythmique simple, très post-punk, martiale ou peut-être plutôt galérienne, marquée par un riff minimaliste de guitare, un crescendo déchirant se met en branle. Le résultat sera dévastateur : il faut entendre Anna von Hausswolff hurler à s’arracher les cordes vocales, à mesure que le morceau avance ; quand retentit son ultime « goodbye », il est impossible de demeurer de marbre.

De disque en disque, le nombre de morceaux diminue, mais leur durée moyenne s’allonge ; ici, le plus imposant fait plus d’un quart d’heure. « Ugly and Vengeful », ainsi dénommé, est une synthèse de l’album lui-même en forme de messe païenne, qui célèbre le mariage de la spiritualité et des instincts primaires, et où passent tour à tour le spectre de Lisa Gerrard et celui de Michael Gira. On part d’un dark ambient contemplatif, pour ne pas dire liturgique, pour basculer progressivement dans un sabbat horrifique où la sauvagerie le dispute avec la folie. Autant dire que c’est délicieusement cathartique.
Après la tempête, l’instrumental à l’orgue seul, « The Marble Eye », s’apprécie comme il se doit ; religieusement. Enfin, le titre « Källans återuppståndelse » conclut l’album sur une légère touche d’espoir. Quelques filets de lumière crèvent l’épaisse croûte des nuages. L’orgue toujours, un violon, la voix se fait consolatrice, maternelle – même si ce n’est peut-être que pour accompagner les derniers instants d’un agonisant. Après un cheminement aussi torturé, on ne peut accueillir ce retour à la paix qu’avec un certain ravissement. Le titre, beau en lui-même, en apparaît magnifié…

En guise de conclusion, on ne peut guère que bégayer. Dead Magic est un excellent album. Si tous les morceaux ne se valent pas, ils sont tous, au minimum, très bons. En nautonière funèbre qui commence à maîtriser la topographie des différents fleuves des enfers, Anna von Hausswolff parvient à nous embarquer pour un voyage au long cours dont on ne ressort pas tout à fait indemne – ce qui n’était pas le cas des précédents disques, qui, aussi intéressants fussent-ils, ressemblaient tous plus ou moins à de simples recueils d’esquisses. Il est peut-être un peu tôt pour affirmer que Dead Magic lui permettra de se faire pleinement reconnaître du grand public, mais il est certain qu’il marquera un jalon dans sa progression personnelle.
Et il figure d’ores et déjà parmi mes disques favoris de 2018. Si ça n’est pas déjà le début de la reconnaissance !

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   MR. AMEFORGEE

 
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- Anna Von Hausswolff (chant, orgue, mellotron)
- Filip Leyman (synthétiseurs)
- Karl Vento (guitare)
- Joel Fabiansson (guitare)
- David Sabel (basse)
- Ulrik Ording (batterie)


1. The Truth, The Glow, The Fall
2. The Mysterious Vanishing Of Electra
3. Ugly And Vengeful
4. The Marble Eye
5. Källans återuppståndelse



             



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