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SYNTH PUNK/ELECTRO/INDUS  |  STUDIO

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SUICIDE - Suicide : Alan Vega And Martin Rev (1980)
Par K-ZEN le 5 Janvier 2021          Consultée 264 fois

[Aussi connu sous le nom de The Second Album, petite précision pour vous qui êtes chez vous…]

Au milieu de tous ces jeunes punks, Alan VEGA et Martin REV auraient pu n’être que des vieux cons. Le fait est que définitivement c’étaient eux les plus rebelles d’entre tous, recevant des canettes de bière depuis le début des années 70 et la formation de SUICIDE, avec un guitariste et un batteur, une brève ébauche finalement. Le cliché accompagnant la seconde galette du groupe a été prise à ce moment-là, en 1972. On peut y voir nos deux compères grimés comme des hippies, « leurs habits de rue » comme l’explique VEGA. Trop arty – la rencontre des deux hommes a eu lieu au Project of Living Artists où VEGA exposait ses sculptures -, trop sophistiqués. Même pour la vague glam rock, ceux-là étaient bien trop en avance.

Sûr que le public a dû être surpris quand il a eu son premier contact avec SUICIDE. Au lieu d’un rock bien gras et lourd, norme de l’époque, que laissait supposer ce patronyme ambitieux, ils ont eu droit à 2 freaks, le premier s’installant à l’arrière-plan avec son synthé bien primitif, et l’autre en interface publique, geignant, criant, feulant, avec des vagues effets rockabilly ses histoires sordides ou à dormir debout. Les concerts étaient ainsi dignes de ceux des STOOGES, virant à la confrontation ou à l’émeute comme à Bruxelles. VEGA l’explique bien, le duo « s’attaquait à des dieux, provoquait des émeutes simplement parce qu’ils n’avaient ni guitariste ni batteur ». D’ailleurs, le groupe a été l’un des premiers à se qualifier « punk », faisant figurer ce terme sur leurs affiches de concerts, après avoir lu un article signé Lester Bangs, sans doute celui où il employait ce terme pour la première fois, l’affublant à ces groupes garage rock virulents, COUNT FIVE ou The TROGGS. Punk, cold wave, indus, techno, house avant l’heure. Toujours un coup d’avance, les petits gars.

Entre le premier disque à la pochette iconique et ensanglantée et ce second, 3 ans ont passé. Une éternité. Après avoir espéré Giorgio MORODER, on reconduit finalement Ric OCASEK, leader des CARS, à la production après avoir exercé avec un certain succès sur le miraculeux single « Dream Baby Dream » que l’on retrouve d’ailleurs dans la réédition cd, couplé à sa face B « Radiation », morceau au groove dingue exposant ses visions ésotériques. « Super Subway Comedian » a également été annexé, étrange épopée souterraine en compagnie d’un bohème humoriste prenant le métro pour sa monture, un Don Quichotte des profondeurs.

En outre, une deuxième plaque est disponible, comprenant du matériel enregistré au Museum for the Living Artists en 1975 à New York. Une galette rêche, bien plus hostile par rapport à ce que le groupe fera par la suite. Ces bandes, au son très cru et minimal, possèdent un aspect psychédélique années 60 encore plus prononcé, notamment à cause des sonorités d’orgue Farfisa. Les grandes influences au bizarre sont là : WHITE NOISE, SILVER APPLES (autre duo new-yorkais), FIFTY FOOT HOSE. On y trouve aussi une assise de musique répétitive de Terry RILEY. Entre romantisme synthétique et profondeurs industrielles, des fragments de chanson se forment, dans ces boucles gothiques nauséeuses, comme un précipité dans un tube à essai. Les vocaux semblent soufflés depuis les abysses, les percussions aussi fragiles que du papier. Un petit tour dans un happening, une dérive spatiale avec Hal au son de l’angoissant « New City », l’inquiétant « Sneakin’ Around » et sa mélodie imparable ou le pêchu « Space Blue Bambo ».

Mais revenons à la galette qui nous intéresse. Le son a évolué, la maturation est palpable. Martin REV a modernisé ses machines (merci Ric !), on n’entend plus ce bourdonnement d’avion, ce réfrigérateur poussiéreux dans lequel le groupe nous avait parqué. VEGA pour sa part, s’est reconcentré sur son chant et ses textes. Les protagonistes se concentrent chacun sur leur tâche respective, VEGA récupérant son meilleur rôle, celui d’acteur principal d’une pièce de théâtre. Il incarne ses personnages, chuchotant, feulant, hurlant ses textes.

« Diamonds, Fur Coat, Champagne » nous inscrit au registre d’une chambre d’hôtel labellisée grand luxe puis fait une fracassante entrée au cœur du prestige d’un défilé de mode s’achevant sur le dancefloor d’une boîte de nuit. Opulence et flamboyance sont de rigueur, les bouteilles et la poudre inondent les tables, une décadence à peine troublée par l’irruption du rabat-joie « Mr. Ray ». Super-flic ou stalker ? Le narrateur, résigné et sans ressources, finit par se mettre à chantonner les hymnes rock’n’roll peuplant son enfance : Little RICHARD, Chuck BERRY, Bill HALEY. Après avoir gravé un ultime bâton, il s’abandonne à la folie. « Au revoir » entend-on à travers la porte. A l’intérieur de la cellule voisine, « Dance » a été condamné à se trémousser indéfiniment pour faux et usage de faux, la tête pleine de voix et de bruits parasites.

Plus légères, les sucrettes sont toujours présentes pour équilibrer le pH de la mixture. C’est le doux romantisme quelque peu calculé de « Sweetheart » aux paroles Beatlesiennes assez désuètes. « Touch Me » se fait encore plus explicite, éventuellement quémandé à l’insolente femme fatale surnommée « Shadazz ».
Celle-là même qu’on a cru voir à la table de craps du « Las Vegas Man », voguant entre les fumées de cigarette, les vapeurs de whisky et les rêves de fortune ou de victoire contrariés. Dans la salle au loin, la machine à sous « Fast Money Music » devient incontrôlable, le triple 7 étant imprévu dans son programme tandis que le jukebox vomit le rockabilly débridé de « Be Bop Kid ».

Quittons Vegas pour retrouver New York. Dans une atmosphère globalement plus policée, « Harlem » est le loup, le « Frankie Teardrop » de ce second disque. Un électro-indus statique et abrasif, psychotique et noctambule, où les cris de damné de VEGA résonnent fort aux oreilles des personnages peuplant les bas-fonds du quartier new-yorkais : l’agent de police corrompu et le mafieux qui ont « l’argent », le mac, « roi de la rue », le junkie qui plane désormais au « paradis ». Et « Mr. Apollo », du nom du fameux théâtre en plein déclin, personnification de la culture, de la musique, parti aussi, délaissé, déclassé. « Il n’y a plus de musique dans Harlem ». Une critique acerbe de la société américaine et de ceux qu’elle laisse au bord de la route. Les yeux sont grands ouverts, les veines saillantes.

Bref, qualifier et décrire SUICIDE est tâche bien difficile. Chaque SUICIDE est différent, mais du polyptyque studio, celui-ci me semble être la clé de voûte de tout l’édifice. Steve SEVERIN, bassiste de SIOUXSIE ou le chanteur de PRIMAL SCREAM Bobby GILLESPIE ne disent pas autre chose, soulignant son influence manifeste sur la musique électronique britannique, notamment en tant que catalyseur de la house, reine du second Summer Of Love.

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- Alan Vega (chant, textes)
- Martin Rev (synthés, claviers)


1. Diamonds, Fur Coat, Champagne
2. Mr. Ray (to Howard T.)
3. Sweetheart
4. Fast Money Music
5. Harlem
6. Touch Me
7. Be Bop Kid
8. Las Vegas Man
9. Shadazz
10. Dance
11. Super Subway Comedian
12. Dream Baby Dream
13. Radiation

- Bonus Cd - The First Rehearsal Tapes
1. Speedqueen
2. Creature Feature
3. Tough Guy
4. A-man
5. Sneakin’ Around
6. Too Fine For You
7. See You Around
8. Be My Dream
9. Space Blue Bambo
10. Spaceship
11. Into My Eyes
12. C’mon Babe
13. New City
14. Do It Nice



             



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