Recherche avancée       Liste groupes



      
ROCK FM  |  STUDIO

Commentaires (2)
L' auteur
Acheter Cet Album
 

 

- Style + Membre : Asia, Asia Featuring John Payne

DUKES OF THE ORIENT - Dukes Of The Orient (2018)
Par RED ONE le 26 Décembre 2018          Consultée 534 fois

Il a donc fini par sortir ! Qui ? Quoi ? Americana bien sûr. Mais si, vous savez, cette arlésienne du rock FM dont on avait fini par abandonner tout espoir de la voir poindre un jour le bout de son disque. Comment, ça ne vous dit vraiment rien ? Bon d'accord, reprenons.

En 2006, Geoff Downes, grand manitou d'ASIA, en a marre de galérer depuis des années avec un line-up qui peine à convaincre les critiques malgré de bons albums (notamment les très réussis Aura et Silent Nation). Il vire alors sans ménagement ses musiciens du moment, met à la poubelle tout un projet d'album inédit (Architect Of Time) et part reformer la version originale d'ASIA avec Steve Howe, Carl Palmer et John Wetton. Plusieurs nouveaux albums studio vont suivre, parmi lesquels les très bons Omega et XXX.
De leur côté, John Payne, Guthrie Govan et Jay Schellen, fraîchement licenciés, doivent tout reprendre à zéro. Après avoir continué l'aventure sous le nom GPS le temps d'un unique album (Window To The Soul, sorti en 2006), John Payne, détenteur d'une partie des droits du nom "ASIA", décide de renommer le groupe schismatique "ASIA FEATURING JOHN PAYNE" (AFJP pour les intimes) et d'écrire un tout nouvel opus. Il recrute alors Erik Norlander, claviériste de renom, pour succéder à Geoff Downes. Se revendiquant comme la continuité officielle d'ASIA période 1992-2006 (la période Payne donc), cette nouvelle entité, essentiellement basée aux USA, peine cependant à convaincre les fans et les promoteurs. En cause : une inactivité quasi légendaire (en dépit de quelques concerts occasionnels, le groupe n'arrive pas à sortir du nouveau matériel), des changements de line-up à répétition et surtout l'ombre permanente du groupe original, qui continue de son côté d'enchaîner tranquillement nouveaux albums et tournées mondiales.

Qu'à cela ne tienne, John Payne poursuit coûte que coûte son rêve de sortir "son" nouvel album d'ASIA, prévu pour s'appeler Americana (respectant ainsi l'ancienne tradition "asiatique" des titres d'album en A/A). Après plusieurs reports, sa sortie est finalement annoncée pour 2012. Un premier single "Seasons Will Change", accompagné d'un clip, sort d'ailleurs cette année-là. Les retours sont plutôt positifs. On attend alors impatiemment le suivant, "Strange Days"... qui ne sortira finalement jamais. C'est qu’entre-temps, John Payne et Jay Schellen ont commencé à travailler à Las Vegas sur un show de variétés à succès (Raiding The Rock Vault) qui les occupe à plein temps jusqu'en 2014, et qui freine davantage les activités d'AFJP. Histoire de faire patienter les fans, John Payne se paye le luxe de publier en 2014 un anecdotique album de reprises (Recollections) qui donne difficilement le change. Lassé de tout ce cirque, Erik Norlander finit par claquer la porte à ce moment-là. John Payne tente de continuer malgré tout l'aventure en recrutant Ryo Okumoto (SPOCK'S BEARD, ex-GPS) pour assurer l'intérim, mais bien vite AFJP perd toute prétention créative et se transforme en simple tribute band de rock FM au rabais. Inutile de dire que plus personne n'a entendu parler du projet de nouvel album à partir de cette date.

Jusqu'à fin 2017, date à laquelle Payne et Norlander annoncent publiquement leurs retrouvailles au sein d'une nouvelle entité sortie de nulle part, DUKES OF THE ORIENT, et la sortie prochaine d'un nouvel album. L'annonce a surpris tout le monde, mais bien vite les fans ont compris l'astuce en voyant la tracklist dudit opus : DUKES OF THE ORIENT n'était en fait rien d'autre que le nouveau nom d'ASIA FEATURING JOHN PAYNE. Et derrière ce premier album éponyme à la pochette un peu tristounette (signée tout de même par Rodney Matthews), se cachait en réalité.... l'album Americana. La raison de ce changement de patronyme ?
Officiellement, Payne ne désirait pas manquer de respect à la mémoire de John Wetton, récemment décédé. Plus officieusement, il est fort probable que John Payne ai fini par admettre qu'il n'avait aucune légitimité à s'obstiner d'utiliser le nom "ASIA" dès lors que le groupe original continuait d'exister sous la houlette de ses membres fondateurs depuis plus d'une dizaine d'années. Nous voici donc en 2018 : Americana... pardon, Dukes Of The Orient sort enfin dans les bacs. Après 10 années d'attente, il est enfin grand temps d'écouter le bousin.

Le disque commence par un "Brother In Arms" un peu poussif, aux refrains sympas, au solo de guitare de haute volée, mais qui se révèle rapidement longuet et un peu répétitif. Néanmoins les sonorités rappellent indéniablement l'ASIA des années 1990. Premier morceau, et déjà la continuité avec la période Payne du groupe "officiel" est remarquablement assurée au niveau du son. Après cette entrée en matière un peu timide, on se réveille enfin grâce à "Strange Days" (le fameux single qui devait initialement sortir en 2012), super moment de rock FM aux sonorités synthpop toutes droites sorties des 80's. Ses aspects délicieusement rétro et plutôt kitsch ne jurent pas trop en 2018 : en effet ces sonorités rappellent la synthwave, ce courant electro rétrofuturiste superbement décadent qui connaît un franc succès depuis le milieu des années 2010. Alors qu'on aurait pu craindre la faute de goût, Payne et Norlander sont en réalité dans l'ère du temps. Pas mal, un moment de haute volée.

Tiens, tant qu'on y est à causer de vieilleries toujours valables : premier single dévoilé en 2012, du temps où le groupe s'appelait encore AFJP, "Seasons Will Change" nous avait convaincu il y a 6 ans (voir chronique du single). Réévalué après coup, il demeure l'un des titres les plus réussis de l'opus, et conserve les sonorités typiques du son traditionnel d'ASIA tout en les mélangeant avec des sons de claviers plutôt innovants, qui confèrent au groupe son identité propre. Au fur et à mesure des morceaux, on constate donc que le son général de l'album ne lorgne pas uniquement du côté des années Payne d'ASIA. Ainsi, "Time Waits For No One" rappelle complètement l'ASIA original, les parties de guitare semblant même imiter volontairement le style délicat et tout en retenu propre à Steve Howe sur les premiers albums de la formation britannique. Ici aussi, les guitares sont affûtées, les claviers sont beaux, John Payne chante à merveille, et les refrains rappellent vraiment la période Asia/Alpha.

On est cependant moins convaincu par des titres plus mous et "sirupeux" comme "Amor Vincit Omnia", avec son refrain en latin vraiment kitschouille, ou encore "Fourth Of July", qui se fait poussif malgré de bons refrains et quelques bonnes idées d'arrangements. Ce dernier titre est d'ailleurs beaucoup trop long : il dure en effet plus de 8 minutes, et se révèle vite ennuyeux. Les aspects progressifs, certes un peu en retrait dans toute la discographie d'ASIA malgré le pedigree de ses musiciens, sont tout de même de la partie chez nos DUKES OF THE ORIENT : "A Sorrow's Crown", avec son intro d'orgue, surprend au premier abord avant de nous conquérir lorsque rugissent des guitares heavy sorties de nulle part. La jolie guitare classique introductive de "Give Another Reason", autre pièce prog assez réussie, confère au morceau de clôture de l'album un charme tout en douceur qui ne dépareille pas avec le reste. L'album se referme donc sur une note apaisée. Comme si après toutes ces années Payne et Norlander avaient enfin trouvé la paix en réussissant enfin à sortir leur foutu disque...

Alors ? Mission accomplie ? Franchement oui, même si bon, soyons honnêtes, ce disque est loin d'être parfait.
Les titres sont plutôt longs, pas forcément tubesques malgré leurs sonorités volontairement accessibles. Le travail d'Erik Norlander aux claviers, réellement somptueux, est à souligner. La performance vocale de Payne, assez classique, n'est pas en reste mais n'est pas non plus exceptionnelle. On navigue ici dans les eaux tumultueuses de l'ASIA des années 1990, celui de la "traversée du désert", à savoir des morceaux pop/rock un peu progressifs, jamais évidents mais d'un raffinement tout de même remarquable. Les références évidentes aux origines britanniques du groupe, aux premiers albums de la période Wetton, sont ici bienvenues, les fans d'ASIA apprécieront forcément. Néanmoins elles ne permettent pas à l'album de savoir réellement sur quel pied danser : continuité de la période Payne ? hommage au groupe original et aux années Wetton ? En fait, la réponse est tout simplement "un peu des deux".

Au final, nous avons donc ici une synthèse assez intéressante de toute la carrière d'ASIA, périodes Wetton et Payne confondues. Ce qui est ironique quand on sait qu'elle est finalement sortie sous un autre nom que l'auguste patronyme au nom continental. Ce premier opus des DUKES est-il pour autant inoubliable ? Non, c'est un disque finalement assez anecdotique, qu'on ne ressortira pas forcément tout le temps. Mais c'est quand même du travail bien fait, il convient de rendre à César ce qui est à César. Il ne reste désormais plus qu'à espérer que le changement de nom, réaliste et clairvoyant, soit le début d'un regain de productivité discographique pour messieurs Payne et Norlander.

Note finale : 3/5. Car après toutes ces années d'attente, un effort discographique aussi appliqué méritait au moins la moyenne.

Pour la petite histoire, sachez que malgré le changement de nom du projet en studio, l'entité ASIA FEATURING JOHN PAYNE existe officiellement toujours, mais n'est désormais plus officiellement qu'un tribute band live que John Payne dédie au répertoire de son ancien groupe. Le line-up a quant à lui beaucoup changé, Jay Schellen ayant mis les voiles depuis longtemps mais Moni Scaria est toujours dans la place. Par ailleurs, des concerts des DUKES OF THE ORIENT ont été évoqués par Payne et Norlander, mais aucune nouvelle pour le moment. Affaire à suivre.

A lire aussi en ROCK PROGRESSIF par RED ONE :


ASIA
Aqua (1992)
Un album génial trop injustement méconnu




ASIA
Aura (2000)
Un retour en grâce ?


Marquez et partagez





 
   RED ONE

 
  N/A



- John Payne (chant, basse, guitares)
- Erik Norlander (claviers)
- +
- Jay Schellen (batterie)
- Guthrie Govan (guitare)
- Mitch Perry (guitare)
- Bruce Bouillet (guitare)
- Moni Scaria (guitare)
- Jeff Kolman (guitare)
- Molly Rogers (cordes)


1. Brothers In Arms
2. Strange Days
3. Amor Vincit Omnia
4. Time Waits For No One
5. A Sorrow's Crown
6. Fourth Of July
7. Seasons Will Change
8. Give Another Reason



             



1999 - 2019 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod