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DEAD CAN DANCE - Dionysus (2018)
Par AIGLE BLANC le 3 Janvier 2019          Consultée 704 fois

Mettre fin à l'existence de son propre groupe n'est pas des plus aisés. Combien de groupes dont l'inspiration s'est tarie après des décennies d'activités musicales ne savent pas s'arrêter et poursuivent artificiellement leur route semée de déconvenues, un peu comme certains patients moribonds sont maintenus en vie par l'acharnement thérapeutique?
Pour autant, il est encore plus délicat, voire suicidaire, d'annoncer la dissolution d'un groupe pour le voir se reformer dix ans plus tard. Les SCORPIONS sont des habitués de ces faux départs qui, comme les fausses fins au cinéma, ennuient profondément et agacent jusqu'aux fans les plus transis.
Sans jamais avoir eu l'intention de décrocher de la scène musicale, Kate BUSH a fait une pause interminable de 12 ans, juste après The Red Shoes en 1993, pour revenir aux commandes d'un album terriblement attendu en 2005, année de la sortie du double Aerial. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ces 12 années ont considérablement handicapé son inspiration et son retour depuis 2005 semble bien tiède, voire médiocre en regard de ses frasques de jadis.

Il s'est produit le même phénomène avec DEAD CAN DANCE. En 1998, Brendan Perry annonce sur le site officiel du groupe sa dissolution pour divergences artistiques avec sa partenaire Lisa Gerrard. Chacun d'eux ensuite suit son propre chemin : Lisa est très sollicitée par le cinéma, notamment par Hans Zimmer qui la fait connaître du grand public grâce à la Bande Originale de Gladiator. Elle initie aussi une collaboration inattendue avec le maître de l'école électronique berlinoise, à savoir Klaus SCHULZE. De son côté, Brendan Perry, plus discret, sort en catimini deux albums solo Eye of the Hunter en 1999 et Ark en 2010, non qu'il soit peu inspiré, mais il se trouve victime de son perfectionnisme qui vire semble-t-il à un manque de confiance en soi.
Quand le groupe se reforme le temps d'une tournée internationale en 2005, le public ne sait pas si elle annonce le vrai retour de DEAD CAN DANCE ou s'il s'agit d'une opération commerciale, la faim justifiant les moyens. Autrement formulé : "Il faut bien vivre et payer ses factures". A la sortie de l'inespéré Anastasis en 2012 (soit 13 ans après le magnifique Spiritchaser), la douche s'avère si tiède que la déception n'a pas de limites. Le groupe y apparaît figé dans la tradition qui a forgé sa renommée. La sincérité manque cruellement à Anastasis ; les compositions y semblent forcées, parfois exsangues ; les sonorités des instruments électroniques (échantillonneurs) n'ont jamais sonné si "cheap", si "pauvres". L'écoute de cette résurrection annoncée a profondément attristé votre serviteur qui aurait préféré que DEAD CAN DANCE finisse sa carrière sur Spiritchaser, ce qui aurait valu à sa discographie exemplaire un sans faute. Et, comme pour enfoncer le clou, le double Live qui a suivi a signé l'arrêt de mort du groupe, incapable de se renouveler, encore moins d'y croire.

Disons-le d'emblée : la sortie de Dionysus en novembre 2018 remet les pendules à l'heure : DEAD CAN DANCE retrouve enfin la foi et l'inspiration au point que Dionysus s'inscrit dans la juste continuité de Spiritchaser, en déployant une assise rythmique impressionnante par sa charge tribale. La production, sobre et sans fioritures, se met au service d'une composition unique divisée en deux actes, eux-mêmes respectivement subdivisés en trois et quatre mouvements. Jamais le groupe n'avait adopté une telle démarche musicale. Ceux qui espèrent entendre des chansons, comme à l'époque d'Anastasis, risquent une sérieuse déception. Brandan Perry et Lisa Gerrard suivent leur instinct et ne pensent pas au public. Les amoureux de la voix de contralto de Lisa seront frustrés de l'entendre si peu, ou alors dans un style tribal africain qui ne met pas en valeur les mêmes attributs de son organe vocal. N'attendez pas qu'elle vous chante une mélopée comme à l'époque du sublime "Sacrifice". Elle délaisse un instant le chant qui lui a valu un succès international pour se consacrer à un chant plus ample, plus terrien, imbibé d'Afrique, et coloré par les voix bulgares. Brendan quant à lui conserve sa belle voix de baryton dont il use avec élégance et parcimonie pour un effet bien plus envoûtant encore.

La présence de deux actes invite l'auditeur à se laisser porter par le sens du voyage dont a toujours été dotée la musique du groupe. D'une durée approximative de 20 minutes, chaque acte déploie sa propre ambiance, magique, incantatoire, mystique, un peu à la manière des premières oeuvres de Mike Oldfield, notamment de Ommadown, album auquel on pense quelquefois au détour d'un choeur africain qui pulse avec une énergie y intégrant aussi une couleur celtique à travers la cornemuse. Dionysus trace sa voie à mi-chemin de The Serpent's Egg, Into the Labyrinth et Spiritchaser, soit les albums du groupe les plus axés sur la world music. Les sonorités retrouvent enfin leur panache, notamment un emploi des violons aux sinuosités orientales aussi efficaces que dans les oeuvres de Loreena McKENNITT, sans oublier non plus cet instrument percussif millénaire chinois, le Yang T'chin, dont joue Lisa depuis ses débuts et au timbre proche du dulcimer, à la fois métallique, léger et scintillant.
Les mauvaises langues reprocheront à Dionysus de ne comporter aucun titre mémorable. L'absence de chansons oblige en effet à appréhender l'album dans sa globalité, à se laisser porter par la magie mystérieuse de compositions amples et évolutives, à dominante percussive, et aux choeurs proéminents entre lesquels Lisa et Brendan chantent quelquefois en duo dans de très beaux passages à la fois ancestraux et apaisés.

Ici, le groupe n'évolue pas, mais cet album n'en demeure pas moins sa plus grande réussite depuis Into the Labyrinth. De plus, Anastasis oblige, Dionysus avait avant tout la lourde tache de corriger le faux pas précédent, voire de le faire disparaître des mémoires. Pour ma part, c'est chose faite.
Laissez-vous séduire par Dionysus qui distille sa magie en toute discrétion, l'air de rien, et suscite à la fin l'incroyable envie de le réécouter. 38 minutes de bonheur, c'est rare.

Note réelle : 3.5/5

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   AIGLE BLANC

 
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- Line-up Non Détaillé.


- act 1
1. Sea Borne
2. Liberator Of Minds
3. Dance Of The Bacchantes
- Act Ii
4. The Mountain
5. The Invocation
6. The Forest
7. Psychopomp



             



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