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2019 Knocturne

BE FOREST - Knocturne (2019)
Par RICHARD le 26 Mars 2019          Consultée 239 fois

Dans la sphère si discrète des musiques sombres, l'Italie demeure pour moi un mystère. Comment ce pays depuis les années 80 peut-il proposer tant de groupes de qualité ? Potion magique façon cousin transalpin de PANORAMIX ? Héritage inconscient de la richesse artistique de la Renaissance ? Que sais-je encore ? Des précurseurs cold wave de NEON aux envolées néo classiques d'ATARAXIA, des climats de démence de DATE AT MIDNIGHT aux rythmes mélancoliques de THE FROZEN AUTUMN, l'Italie est assurément un pays qui compte aussi pour ce genre si peu exposé mais tellement vivant. La liste façon DON JUAN pourrait en effet s'étirer à l'infini. Comme sa sœur latine hexagonale, elle est une terre qui a toujours accueilli avec un grand enthousiasme les univers froids et tourmentés. Dans ce brassage d'influences et ce bouillonnement d'idées, le jeune trio de BE FOREST a assurément un beau rôle à jouer. Il a profité pleinement du revival shoegaze-cold pop qui a émergé au début des années 2010 pour se faire en toute discrétion une petite place. Une décennie plus tard, ce revival bien implanté à tout l'air d'un mouvement qui dure. Pas vraiment une lame de fond, mais plutôt un cours d'eau tranquille qui comblera facilement les amoureux de cette scène et j'espère quelques curieux sur Forces Parallèles.

Avec Knocturne, troisième album du groupe originaire de Pesaro, il ne faut pas chercher cependant de grandes surprises. Les Italiens sont en terrain connu. Le leur, tout simplement... La prise de risque est minimale mais il y a quand même de belles choses à entendre, rassurez vous. On navigue de fait toujours à vue à travers un brouillard diffus où parfois transperce une douce lumière. A l'image de sa pochette évocatrice, c'est une invitation à franchir le pas, à passer de l'autre côté du rideau, voire d'un miroir imaginaire. C'est toujours un peu contraignant, voire limitatif de citer quelques influences se rattachant au groupe chroniqué, car ceci reviendrait à lui enlever un peu de sa personnalité propre, mais avec BE FOREST, il est bien difficile de ne pas penser aux CURE et à SLOWDIVE tant ces deux figures marquantes imprègnent intensément ces trente minutes. Aux premiers, le trio emprunte volontiers le son de basse bien mis en avant façon Simon Gallup, la batterie qui rappelle parfois celle tribale de l'album culte Pornography (1982) et surtout cette guitare qui semble répondre à celle de Robert Smith. Aux seconds, la voix douce, parfois angélique de Costanza Delle Rose, digne d'une Rachel Goswell dans ses meilleurs jours et, selon les titres, également cette même tension souterraine qui remonte parfois insidieusement à la surface.

Forcément, énoncé comme ça, vous vous dites que pour l'originalité, on repassera. Mais non, non, je vous assure que Knocturne mérite pleinement que l'on s'y attarde quand même. En effet, une fois immergé dans cette nuit électrique, BE FOREST devient potentiellement vecteur d'émotions. Celles-ci peuvent néanmoins revêtir un sentiment ambiguë. Je m'explique. En effet, tout dépendra de son degré de réception au style proposé par les Italiens. Si on est plutôt bien disposé, on dira que ces ambiances réussies tiennent lieu de quasi hypnose, l'auditeur ayant également la sensation d'avoir la tête sous l'eau et de ne pouvoir remonter à la surface. Par contre,si ces paysages sonores vous laissent de marbre de Carrare, ils seront sans aucun doute assimilés à un profond ennui, aucun morceau ne se détachant alors vraiment d'un autre. Morphée ne sera dès lors pas bien loin de vous. Optons plutôt pour la première situation.

Cet album est donc et surtout un album de guitares, shoegaze oblige. A ce titre, le travail du guitariste Nicola Lampredi fait des petites merveilles. On a juste l'impression qu'il ne cessera jamais de délivrer ses notes tantôt cristallines (le superbe «Sigfrido»), tantôt acérées (le curiste «K»). Elles jouent pleinement tout au long des neuf titres leur rôle d’accélérateur de contraste. En effet, elles s'opposent subtilement à la belle voix rêveuse de Costanza Delle Rose, à l'image de «You Nothing» qui réussit à surnager dans cette brume toute électrique. Comme pour leurs deux précédents albums, les Italiens proposent des plages instrumentales («Atto» et «Atto II») qui nous rappellent opportunément là où ils désirent simplement aller. Vers des terres de delay et de reverb sur lesquelles ombre et lumière se disputeraient un espace rêveur. Cette opposition permanente est un peu le fil conducteur de Knocturne. On ne sait plus trop sur quel pied danser en définitive. Envie irrépressible de faire de l'air guitare ou désir de se laisser gagner par une douce torpeur quasi-hypnotique. BE FOREST ne donne aucune réponse. C'est bien tout le principal attrait de cette troisième galette si on fait abstraction de ses influences marquées.

Les Italiens avec Knocturne ne prennent pas vraiment de grands risques en développant un shoegaze estampillé années 2010 des plus classiques. Il faudra attendre peut-être un quatrième album pour être davantage surpris et secoué émotionnellement. Ne boudons pas cependant aujourd'hui notre plaisir. Il y a mieux mais il y a aussi bien pire dans ce touffu revival.

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   RICHARD

 
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- Erica Terenzi (chant, batterie, synthé)
- Nicola Lampredi (guitare)
- Costanza Delle Rose (chant, basse)


1. Atto I
2. Empty Space
3. Gemini
4. K
5. Sigfrido
6. Atto Ii
7. Bengala
8. Fragment
9. You, Nothing



             



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