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- Style : Magic Sam, Jimmy Dawkins

Luther ALLISON - Love Me Papa (1977)
Par LE KINGBEE le 13 Juillet 2019          Consultée 391 fois

Exercice ardu et complexe que de chroniquer un gars dont on a brièvement été accompagnateur et dont on espère avoir été l’ami. Monsieur Luther ALLISON m’a offert un beau cadeau en me permettant de l’accompagner pour une mini-tournée d’une semaine, avant que je ne range définitivement harmonicas, frottoir et tout le bazar au fin fond d’un placard. Comme l’écrivait Albert Spaggiari, l’épisode musical s’achevait, sans haine, sans violence, sans arme et sans le moindre regret en ce qui me concerne.
Aujourd’hui, je subodore que Luther a pensé à mon grand break Record, plutôt qu’à mon modeste talent d’harmoniciste. A chaque chose son utilité ! Nous continuerons à nous voir chez Boogie, magasin de disques basé à Levallois et lors d’étonnantes parties de pêche, Luther s’avérant un pêcheur peu prolifique.

Originaire de l’Arkansas, à treize ans, Luther Allison s’installe à Chicago avec sa famille en 1952. Il se met à la guitare au contact de Freddie KING et Hound Dog Taylor, un cousin éloigné et devient vite l’un des jeunes loups du West Side. Il accompagne CANNED HEAT, Shakey Jake ou Johnny Shines et se fait remarquer en 68 lors du Festival d’Ann Arbor. Il enregistre une poignée de disques pour Gordy, filiale de la Motown. En 1976, le guitariste se fait enfin un nom, sa prestation au Montreux Jazz Festival ne laisse par la critique insensible. Le Blues traversant une période de vaches maigres, il s’exile en France l’année suivante.
Son dynamisme, son charisme, son jeu de scène et son phrasé de guitare lui vaudront le statut de vedette internationale à partir de 1985.

Si la plupart des albums studios d’Allison demeurent anecdotiques, par rapport à ses prestations scéniques souvent bouillantes et volubiles, ce disque s’avère probablement son meilleur effort studio. Enregistré à Paris au Studio Barclay en décembre 1977, la pochette du disque tirée d’une photographie en noir et blanc de Brigitte Charvolin, excellente photographe ayant fait ses gammes pour les labels Black And Blue et Isabel et la revue Soulbag, risque de tirer une larme à ceux qui auront eu la chance de côtoyer le guitariste. A travers ce simple portrait, on peut encore ressentir la bonté, la gentillesse et le charisme qui émanaient du bonhomme.
Mis en boîte après une tournée du Chicago Blues Festival, ce disque permet de découvrir une nouvelle équipe comprenant principalement l’organiste Sid Wingfield (futur Son Seals, Matthew Skoller Band ou Little Al THOMAS) et le guitariste Dan Hoeflinger. Sur les six titres, Luther Allison privilégie un rythme lent sur pas moins de cinq plages, contrairement à ce qu’il a l’habitude de proposer sur scène. Rôdé par une longue tournée, la troupe vient de se produire à la Mutualité où elle a mis dans sa poche un public parfois réputé difficile. Dès la première écoute, la cohésion entre les musiciens paraît évidente, le répertoire cohérent débouchant sur une complicité naturelle. Mais si le tempo reste lent pendant 80% du disque, ce n’est pas pour autant qu’on s’y ennuie, bien au contraire. La voix du guitariste s’impose d’elle-même, Luther parvient à nous faire dresser l’épine dorsale par le biais d’un chant qui a fait ses gammes dans les paroisses religieuses, le guitariste ayant chanté avec certains de ses frères au sein des Southern Travelers, un groupe de Gospel.
On est comme saisi d’entrée de jeu avec « Love Me Papa », un slow blues collant dans lequel il glisse une spoken-song à la gloire de son père. Alors que certains nous gratifieraient d’une cascade de notes stériles, Allison semble toucher sa cible plein pot à chaque note. Un titre de près de 6 minutes qui se déguste comme un vin tiré du meilleur fût. Deux titres de Little Walter viennent combler cette première face impressionnante : « Blues With A Feeling », un slow blues dans lequel le pianiste Sid Wingfield laisse planer l’ombre de Champion Jack Dupree. Accrédité par erreur selon certaines pochettes au guitariste, cette face A s’achève sur le « Last Night »⃰ de Little Walter pour un titre ensorceleur de presque 12 minutes. Pour un peu, on en redemanderait une petite couche supplémentaire.
La face B débute par « Key To The Highway », grand classique du pianiste floridien Charlie Segar dont Big Bill Bronzy essaya de s’accréditer la paternité. A la fin des fifties, le titre connaît une seconde jeunesse via la reprise plaintive de Little Walter et se voit repris avec une certaine réussite par DEREK & The DOMINOS et Freddie KING. Si les ivoires de Wingfield tentent de nous expédier avec brio vers un Country Blues teinté de Rag évoquant la première version de Segar, la guitare trace un énorme sillon entre Magic SAM et Jimmy DAWKINS. On reste sur un tempo similaire avec « It’s Too Late »⸋, une création poisseuse du guitariste sur laquelle la guitare dégomme sa cible à chaque note, tandis que l’orgue instaure par moment une ambiance churchy. Pour un peu, on irait bien s’avaler une hostie avec un godet de vin de messe. Le disque se termine en apothéose avec « Feelin’ So Good », une tuerie de Junior Parker gravée à l’origine pour le label Sun. Luther s’offre ici un petit intermède dans lequel il évoque la Tour Eiffel, pour un boogie virevoltant et fortement bien ajusté. Du cousu main. Peut être l’une des meilleures versions avec l’originale et celles des INMATES et des Fabulous Thunderbirds.

Ce monument demeure aujourd’hui encore le meilleur album studio du guitariste, une œuvre dense et inspirée. Le label français Black And Blue avait comme bien souvent capté les meilleures fragrances du l’artiste. Black & Blue réédite le disque en 1986 avec trois titres supplémentaires dont une reprise fantastique de « Goin’ Down » de Don Nix. En 1992, le label américain Evidence en offre une seconde mouture n’apportant rien à la première. Enfin en 1999, Black And Blue publie une dernière version dans sa série « Blues Reference » avec deux alternates supplémentaires. Certains amateurs risquent d’avoir une pensée émue en regardant le visage en gros plan de Luther, artiste qui respirait la bienveillance et l’humanité.

⃰ « Last Night » n’a rien à voir avec le titre homonyme des Mar-Keys.
⸋ Ce titre évoquant la temporalité a inspiré un grand nombre d’auteurs mais n’a aucun lien avec les chansons de Tarheel Slim, de Chuck Willis ou de Carole KING.

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   LE KINGBEE

 
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- Luther Allison (chant, guitare, harmonica 2)
- Dan Hoeflinger (guitare)
- Jim Campbell (basse)
- Sid Wingfield (orgue, piano)
- Donald Robertson (batterie)


1. Love Me Papa
2. Blues With A Feelin'
3. Last Night
4. Key To The Highway
5. It's Too Late
6. I Feel So Good



             



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