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Art BLAKEY & THE JAZZ MESSENGE - Caravan (1963)
Par DERWIJES le 26 Novembre 2019          Consultée 180 fois

Fondée en 1953, Riverside Records se fait d’abord connaître en publiant des versions re-masterisées de best-sellers du jazz. Leur premier coup d’éclat est de faire signer Thelonious MONK chez eux, avant que d’autres artistes tels que Wes MONTGOMERY ou Cannonball ADDERLEY ne fassent de même. En 1962, ils ont la chance de pouvoir ajouter Art BLAKEY à la liste, alors que son disque Buhaina’s Delight sorti la même année signe la fin de son contrat chez Blue Note.
Blakey ramène avec lui ses JAZZ MESSENGERS constitués en cette année de Freddie HUBBARD à la trompette, de Curtis FULLER au trombone, de Wayne SHORTER au saxophone ténor, de Cedar WALTON au piano et de Reggie WORKMAN à la basse. C’est avec cette fine équipe qu’il enregistre une série de disques pour Blue Note tous plus impeccables les uns que les autres.

Grosse pression pour le producteur Orrin KEEPNEWS qui se rend bien compte qu’une bonne partie de l’attrait des disques du groupe réside dans leur production, menée d’une main de fer par le seul et l’unique Rudy VAN GELDER depuis son studio d’Hackensack, New-Jersey. Petit génie de la production, Van Gelder n’a peur de rien et surtout pas des Dalton, et il a construit un son très spécifique pour Art Blakey, s’articulant sur la batterie autour de laquelle tournent les autres instruments, rythmés par les grognements et borborygmes d’Art. Keepnews, lui, n’est pas un nouveau venu, même s’il est plutôt spécialisé dans les re-mastérisations. Pour distinguer cet album de ceux de Blue Note, il choisit un chemin différent et tente de mettre tout le monde sur un pied d’égalité : pour la première fois depuis bien longtemps chez les Jazz Messengers, ce n’est plus la batterie du leader qui est mise en avant. L’idée est de sonner comme un ensemble uni, hors de question donc qu’un musicien se fasse entendre plus qu’un autre.
Une bonne idée sur papier, mais qui donne malheureusement un résultat décevant. Avec Van Gelder aux commandes, les disques studios des Jazz Messengers sont décoiffants ; avec Keepnews c’est quand même un peu morne. C’est trop sage, en fait. On entend bien les grognements et autres borborygmes d’Art mais puisqu’ils sont placés au-dessus des instruments, ils donnent l’impression d’avoir été enregistrés à part. Mais attention ! Je râle sur la production, mais je dois préciser que je parle de la version CD de l’album qui serait d’après ceux qui ont pu comparer nettement inférieure au vinyle d’origine. C’est aussi Keepnews qui s’en est occupé, mais il se serait visiblement loupé avec ce support alors novateur.

Histoire de production mise à part, attaquons directement le sujet. Art Blakey ne cherche pas ici à surprendre et nous livre du bon gros hard-bop qui tâche. Le hard-bop, c’est un peu le hard-rock du jazz : on ne cherche pas à faire dans la sentimentalité, ce qui compte c’est de jouer vite, fort et bien. Et à ce petit jeu-là, il n’y a pas plus fort qu’Art Blakey. Dès le morceau-titre, il ne perd pas de temps et ouvre les hostilités avec un petit solo de batterie pas piqué des hannetons. Ensuite, c’est au tour de ses collègues de jouer chacun un court motif avant de se rejoindre tous ensemble. Alors là, tout de suite, il n’y a pas photo, c’est clair que les gars ont joué leur meilleure carte dès le début. Même en dépit de cette production pas folichonne, ça déménage pas mal. Un de mes petits plaisirs chez Art Blakey, c’est de l’entendre jouer avec Wayne Shorter. Les deux veulent garder l’espace à eux tout seuls et jouent à se tirer la bourre régulièrement. Passé ce moment de folie, le reste de l’album est relativement calme. Il y a bien deux ballades, « Skylark » et « In The Wee Small Hours of the Morning », empruntée à Frank SINATRA, mais les ballades n’ont jamais été le fort du groupe.
De même « Thermo » et « Sweet’N’Sour » jouent la carte de l’efficacité simple : on vient, on joue, on se barre. Le deuxième titre contient un très bon solo de Wayne Shorter, le saxophoniste qui se paie même le luxe de composer un inédit, « For Albert », très « Shorterien » dans sa construction recherchée.

Bilan des courses : six morceaux, dont deux prises alternatives sur le CD. Pour reprendre une expression déjà citée plus haut, ce disque se veut efficace : pas de fortitudes, pas de chichis, on ne révolutionne pas la recette du jazz, mais on en fait un bon p’tit plat. Si comme moi vous aimez le jazz qui ne se prend pas la tête et qui se savoure tout seul, voilà un bon choix. Je retiens le 4/5 à cause de la production que je trouve décevante et qui ne met pas en valeur le groupe. Dans l’optique de retranscrire un effet « live », Keepnews a enlevé tous les bidouillages électroniques que l’on trouve habituellement sur un album pour garder seulement, et vraiment seulement, les instruments acoustiques. C’est un choix assez risqué, mais pour lequel je lui accorde un très bon point et qui me permet de finir cette chronique sur une note assez positive.

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   DERWIJES

 
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- Art Blakey (batterie)
- Wayne Shorter (saxophone ténor)
- Freddie Hubbar (trompette)
- Curtis Fuller (trombone)
- Cedar Walton (piano)
- Reggie Workman (contrebasse)


1. Caravan
2. Sweet'n'sour
3. In The Wee Small Hours Of The Morning
4. This Is For Albert
5. Skylark
6. Thermo



             



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