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 Eiffel News (819)

EIFFEL - Abricotine (2001)
Par BARZ le 8 Avril 2007          Consultée 6903 fois

En 1996, Estelle et Romain Humeau (accompagnés de deux potes) sortaient discrètement un album un peu fou-fou sous le nom de "Oobik and the pucks". En 1998, ce premier projet (pourtant intéressant) est laissé de côté au profit d'un nouveau groupe (surtout changement de nom) : Eiffel. Après deux années de petits concerts de chauffe en totale indépendance et de collaborations diverses (notamment pour l'album de Michel Houellebecq), ce quatuor signe chez Labels pour un premier album entièrement fait maison (dans une cave, un appartement et un grenier). Premier album et première claque. Première galette et premier manifeste.

Lorsque je parle d'Eiffel à quelqu'un qui ne connaît pas, il fait mine de connaître en me répondant "ah ! le truc blue machin da be di da be da ?" (je ne dénoncerai pas mes chers camarades de Forces Parallèles qui m'ont fait le coup) cela me met hors de moi. Non pas que le fait de ne pas connaître Eiffel me hérisse les poils à ce point. Je peux à la limite comprendre la ressemblance entre Eiffel et Eiffel 65 (souvenez-vous), mais l'accumulation des deux me chagrine un peu. Alors je vais essayer de vous faire rentrer dans votre petite tête que ces deux groupes n'ont absolument rien à voir (à part peut-être la présence de la couleur bleue sur les pochettes de leurs albums) et que les créateurs d'Abricotine méritent qu'on leur tende une oreille, sinon les deux.

Allez, cessons les bavardages inutiles. Je parlais un peu plus haut de manifeste concernant cet album. Un peu fort comme mot non ? Au premier abord, oui, et à la première écoute également. Effectivement, la voix très singulière de Romain peut en défriser plus d'un. Aigue et crachant facilement des bouquets de décibels, cette voix nasillarde quelque peu efféminée - qui ne plait pas à tout le monde - s'aggrave au milieu de l'album (à partir du titre "Abricotine & Quality Street") puis remonte dans les aigus à partir de "Si demain" pour les trois derniers titres. Décrivant ainsi une courbe évolutive, la voix de Romain, en plus de montrer que son champ d'action est plus étendu que ce que nous avons l'habitude d'entendre, joue l'indécision de l'adolescent. Et c'est ainsi que nous en arrivons à la notion de manifeste ; l'adolescence est décrite ici sous toutes ses coutures de façon terriblement juste et jouissive. Je vais cependant peut-être un peu trop loin en disant que la courbe d'intonation de la voix au fil de l'album est voulue et qu'elle décrit la façon qu'ont les adolescents de muer, de découvrir leur vraie voix d'adulte mais qui, parfois sans le faire exprès, se laissent aller à retrouver leur voix d'enfant, pour un moment, pour une ou deux chansons...

Depuis que j'ai associé les mots "adolescence" et "manifeste", je vois mon lecteur monter sur ses grands chevaux et se dire "Oh m*****, encore un album d'ado à la k**" et c'est mon rôle, cher lecteur, de te retenir et de te dire de ne pas fermer tout de suite la fenêtre pour aller voir un article sur Nirvana (il paraît que ça détend) mais de rester ici et lire le reste de ma prose...
Il est presque de notoriété publique que cette période lycéenne de la vie est rarement regrettée lorsqu'on l'a dépassée. Echecs amoureux, désillusions sociales, déceptions, métamorphoses, premières fois rarement mémorables si ce n'est pour leur médiocrité, et j'en passe... Ici, le groupe a passé cette période (ils ont tous plus de 20 ans) et sans vraiment la sublimer dresse un portrait sonore et textuel assez juste de cette époque de toutes les libertés, tous les désirs, toutes les grandeurs. D'influences anglo-saxonnes (Pixies, Sonic Youth, Nirvana) en souffles d'inspirations francophones (Noir Désir, Boris Vian), le paysage pourrait paraître vite dressé mais ne manque pourtant pas d'originalité. Orientation sexuelle, croissance mal maîtrisée, appréhension de la mort, regrets et rejets de l'enfance, souvenirs parfois violents, (...), les douze chansons de cet album dressent un tableau terriblement riche et personnel de ces années qui viennent d'être dépassées. Les tubes ne manquent pas de s'enchaîner, ainsi les quatre premiers titres sont indétrônables de la tête une fois écoutés à fond. Les ambiances et arrangements sont soignés et les ambiances incroyablement raffinées pour un album de rock.

Néanmoins, quelques morceaux semblent perdre un peu de souffle et, même si les textes sont magnifiques, peinent à faire face aux monstres "Te revoir" et "Hype". L'adaptation du texte "Je voudrais pas crever" de Boris Vian est peu convaincante, ainsi que les morceaux "Ô toi" et "Si demain" qui manquent d'un petit quelque chose, peut-être de testostérone, tout simplement...

Ces quelques morceaux en deçà du reste de l'album ne sont pas suffisants pour être déçu de l'écoute d'Abricotine, un premier album riche et très personnel d'un groupe qui devrait faire parler de lui par la suite...

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- Estelle Humeau (hammond, solina, piano, synthétiseurs, guitare éle)
- Damien Lefèvre (basse électrique & acoustique)
- Nicolas Courret (batterie, tambourin, shakers, étagères)
- Romain Humeau (chant, guitare électrique et acoustique, clavinet)


1. Dragqueen
2. Inverse Moi
3. Hype
4. Te Revoir
5. Abricotine & Quality Street
6. Quand Est-ce ?
7. ô Toi
8. Je Voudrais Pas Crever
9. Quelqu'un
10. Si Demain
11. J'ai Poussé Trop Vite
12. Un Peu Moins Mort



             



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