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VARIETE FRANCAISE  |  STUDIO

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Elie SEMOUN - Sur Le Fil (2007)
Par POSSOPO le 25 Avril 2007          Consultée 5235 fois

Il suffit de savoir lire les caractères pour l'avoir compris depuis longtemps, Elie Semoun sue le romantisme poids plume de tous ses pores. Il y a bien longtemps, petit comique malingre et intelligemment ridicule uniquement pensable en duo, sa métamorphose médiatique n'aura étonné que les plus bas du front, ceux qui n'ont jamais senti dans les attitudes médiatiques de l'humoriste cette sensibilité riche en complexes mal vécus, cette timide douceur dont il ne s'est jamais caché. Alors non, ce disque, pas plus que son prédécesseur, ne contient de blondes à forte poitrine. Il affiche des envies pastel d'une infinie sobriété.

Ratage commercial plus que musical, le premier album du petit Elie ployait sous le poids de ses influences. De son influence. De son opportunisme. On avait appelé ça de la chanson française teintée de jazz et de bossa nova, il s'agissait plus simplement d'un sous-Henri Salvador remarquablement calibré. Mais les premiers pas dans un nouveau domaine artistique ne sont jamais simples, on n'exécute pas ses pas comme on le voudrait, on se sent mal à l'aise et bousculé par toutes sortes d'intervenants censés dirigés l'indirigeable et lui fait ainsi perdre jusqu'à son identité. Pourtant pointait déjà au milieu de ce produit marketing mal dissimulé un petit quelque chose de personnel. Une voix fluette et mal affirmée, une ébauche de sens de l'interprétation. Un clin d'œil également. Ou peut-être la recherche d'un parrain, d'un modèle. Bourvil, autre musculeux du zygomatique qui ne fut jamais meilleur que dans le minimalisme tragique peint par Melville et dont le célèbre "C'était bien" était repris avec une certaine conviction. Et puis un titre d'album d'une admirable retenue, "Chansons".

Quatre ans après, une brouille avec Dieudonné, quelques petites annonces et deux trois navets grand écran plus tard, Elie reprend son costume de chanteur. Et dès les premières notes d'"Une Femme Actuelle", on comprend que l'habit est mieux ajusté. Le geste est plus ample, les mouvements gagnent en liberté. Premier aperçu panoramique rapide : le vieil Henri s'est effacé. "Contes Défaits" ou "Dimanche" se noient encore dans les rayons d'un soleil pâlichon se couchant devant un Christ sénile et tâché par le bronzage, aux bras qui peinent à s'écarter. Dieu soit loué, les mains se sont multipliées qui tissent la toile musicale supportant les textes d'Elie. Zazie, Voulzy père, Souchon fils, le Jean-Claude Vannier de Melody Nelson et l'inconnu de ce petit bataillon Emmanuel Donzella. Conséquence évidente de cette énumération, une plus grande palette mélodique. Conséquence plus discutable mais fait tout aussi avérée, l'enrichissement remarquable de l'univers sonore. La pauvre guitare classique jouée en cocotte brésilienne n'est heureusement plus seule, on en aurait vomi la galette. Et quand les interviews de l'artiste nous la font références à la WHO, BUZZCOCKS ou SIOUXSIE AND THE BANSHEES, on a maintenant envie d'y croire. Tout comme en cette accointance avec l'adorable Pauline Croze et ce goût pour Ravel ou Debussy.
"Sur Le Fil" s'épanouit remarquablement dans des arrangements qu'on aimerait dater de fausses seventies so british. Un doux air de nouvelle vague aussi. Et quelques étonnantes touches de sombre piquées chez PORTISHEAD ("Sur Le Fil"), croyez-le ou pas. Donc de film noir, donc de bandes originales lourdement orchestrées.
Analyse relais avec ce dernier morceau, tribut fort mais délicat au souvenir d'un frère disparu dans son homosexualité trop urbaine. Des cordes puissantes très cinématographiques (ce frère aimait le Septième Art) et une comptine fantomatique émouvante. Contraste élégant avec la légèreté bien emballée de la première plage, doux écrit sur le superficiel féminin vu avec une pointe de complicité.

Car c'est bien aux femmes qu'Elie s'adresse en leur contant son fragile. Il tente alors de les charmer comme il l'a toujours fait sur l'ensemble de ses interventions télévisuelles, le regard plissé chargé de malice, comme il l'a toujours fait sur ces photos où le garçon vit ses dernières années de lutte si mignonne contre une calvitie qui le ronge et tente maladroitement de singer les beaux gosses romantiques dont il sait bien qu'il est physiquement si loin.

Témoignage d'un vrai tendre mal rassuré qui aurait aimé être plus beau, plus fort, plus grand et plaire au lycée, cet album est étiqueté temps présent. Il ne laissera aucune trace dans la grande histoire de la musique, il est comme un magazine qu'on lit pour passer une petite heure en évitant de se prendre la tête, duquel on arrache deux, trois feuilles à archiver au cas où, duquel on saute pas mal d'articles insignifiants et qu'on aura perdu dans six mois, peut-être bazardé aux toilettes ou directement à la poubelle.
Complètement dispensable, "Sur Le Fil" et ses trois étoiles infiniment éphémères joue sur son absence totale de prétention et sur son incommensurable faiblesse. En cela, il mérite un peu, un tout petit peu. Il n'a que la dimension physique et la fragilité vocale de son auteur, tout en approximation trop facile à critiquer, et c'est pour cette raison qu'on va bien l'aimer, l'histoire de quelques instants…en attendant le retour des blondes à forte poitrine.

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1. Femme Actuelle
2. Tatouage
3. Sur Le Fil
4. Aveugle Aimant
5. Chercheur D'or
6. Conte Defaits
7. Fantôme
8. Viens
9. Dimanche
10. Cliché
11. Lilas
12. Laurent



             



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