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- Style : Noir Désir, Luke, Déportivo, Blankass
 

 Eiffel News (768)

EIFFEL - Tandoori (2007)
Par BARZ le 16 Avril 2007          Consultée 5982 fois

Oh que je déteste qu'on me dise qu'Eiffel n'est qu'une pâle copie de Noir Désir ! Brrr... J'en ai des orties qui me poussent dans les oreilles tellement ça pique d'entendre ça... Alors toi, le lecteur de Forces Parallèles, que tu connaisses Eiffel ou pas, ne t'avise pas de m'embêter avec ça. D'accord, ils sont Français, ils font du rock, les textes sont intelligents et beaux (et la plupart sont en français), les chanteurs se ressemblent un tout petit peu physiquement (mais vraiment un tout petit peu) et puis leurs albums sont délicieux. Mais la comparaison s'arrête là. Quoi ? C'est déjà beaucoup ? Si tous les Français nés après Noir Désir ne devaient pas faire de rock, alors le rock anglo-saxon est mort après les Stones et les Stooges. Non mais oh !

Bon, maintenant, le disque. Il arrive après une pause de deux ans (pause non synonyme de repos puisque Romain Humeau s'est permis une petite échappée en solo) et un remaniement du groupe (changement de bassiste), succédant à "Abricotine" et "Le 1/4 d'heure des ahuris" qui proposaient un beau tableau, l'un de l'adolescence, l'autre de l'entrée à l'âge adulte avec toutes les illusions et mythes que celui-ci comporte. Tandoori, quant à lui, semble être l'album de la désillusion. Les deux premiers opus planaient et se laissaient envoûter par des arrangements à cordes précieux enregistrés pendant plusieurs mois à la maison, ici tout devient plus brutal et physique. Le groupe, toujours mené par le couple Estelle et Romain Humeau s'enferme cette fois-ci dans un studio en un temps limité, le quatuor ne fait pas dans la dentelle et ressort les guitares bien grasses qu'on lui connaissait sur scène... Quand on demande à Romain Humeau pourquoi Tandoori s'ouvre sur une chanson en anglais (la première dans la discographie du groupe), il répond que c'est "pour faire chier le monde". Le ton est donné, les quatre d'Eiffel ont décidé d'enfoncer le clou dans la plaie (si je peux me permettre).

Dans le disque bonus accompagnant "Le 1/4 d'heure...", on peut entendre ceci : "Revenir à la réalité comme un simple élastique". Cette phrase, issue du titre "Versailles", semble résumer à merveille l'esprit de ce troisième album. Continuant sur leur lancée de décrire une époque et un état du monde ressenti, Eiffel qui adulait l'âge adulte sur le deuxième album semble vouloir le démystifier totalement sur ce nouvel opus. Une sorte de chute en pleine ascension, de pneu crevé en pleine accélération. Déjà, lorsque l'on commence un album par hurler à la Lune ("Loony tune for the moon"), c'est qu'il doit y avoir un manque quelque part. Lorsque l'on a épuisé toutes les ressources sur Terre, quoi de plus normal que de s'adresser à cet astre, juste au-dessus de notre tête, qui semble veiller sur nous ? Un album sous la bienveillance de notre satellite naturel, donc, puisque le dernier morceau (Une à Une) est ponctué par cette phrase : « Cela bat de soi, faudra s’accrocher à la Lune ».

C’est alors que commence une course à l’armement, les guitares se transforment en fusils (comme le prédisait Higelin) et la voix mitraille de droite et de gauche. Mis à part le morceau fleuve "Bigger Than The Biggest", les morceaux ne dépassent pas les quatre minutes. Rien ne traîne, tout est concis, concentré, efficace. Jonglant entre sprints rock et balades folk, le groupe marie à merveille l'urgence et la détresse. Eiffel décrit un monde où les hommes sont « dispersés », pour paraphraser cette chanson qui semble être la pièce maîtresse de ce nouvel album, notamment la question lancée telle une bouteille à la mer : « Dis, peut-on encore se rassembler ? ».
L’album sortant dans un contexte politique fort, il semble difficile de ne pas faire de rapprochement entre les élections présidentielles et les titres du disque. Il y est question de rassemblement ("Dispersés"), de la peur d’un deuxième 21 avril ("Tandoori"), de la déshumanisation de Paris et de son trop plein de sans abris ("Paris-Minuit"), ou bien encore de l’automutilation d’un pays des droits de l’homme et des libertés ("Bigger than the biggest")… Et je ne fais ici qu’un survol des thèmes abordés dans Tandoori, l’album le plus politique du quatuor, mais toujours avec cette sensibilité propre à Romain Humeau. Quand Noir Désir décrivait une société ultra libérale à vomir, ils faisaient en sorte d’avoir un regard critique, objectif et, presque, distant. Ici, toutes les observations relatives au monde sont plongées dans une vision intime et sont donc vues de l’intérieur.

L’album est donc une suite de rafales, de morceaux forts émotionnellement aux mélodies précises et soignées mais pas travaillées jusqu’à l’écoeurement. Une tension se dégage de chaque morceau, comme si chacun d’eux avait une gifle ou un baiser à donner, ils prennent ainsi vie et échappent à leurs créateurs. On regrette juste que quelques morceaux soient trop lourds et ne se permettent pas cette liberté, je pense particulièrement à "Tes vanités" et "L’opium du peuple" qui ne se voient pas pousser des ailes, et c’est bien dommage… Tandoori est un merveilleux disque de rock (accompagné d’un livret d’une terrifiante beauté qui illustrent à merveille la peur qui ressort des textes) qui se doit d’être entendu, écouté et compris. Peut-être pourrions-nous nous rassembler sous la Lune pour l’écouter…

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   (2 chroniques)



- Estelle Humeau (guitare, hammond, castagnettes, chœurs)
- Romain Humeau (chant, guitare, piano, chœurs)
- Hugo Cesnoz (basse, contrebasse, chœurs)
- Emiliano Turi (batterie, percussions)


1. Loony Tune For The Moon
2. Ma Part D’ombre
3. Saoul
4. Paris-minuit
5. Belle Du Jour
6. Avec Des Si
7. Dispersés
8. Bigger Than The Biggest
9. Qu’ai-je Donc à Donner ?
10. Shalom
11. Tandoori
12. Rien N’est Pour De Vrai
13. Gnomes On My Back
14. Tes Vanités
15. L’opium Du Peuple
16. Une à Une



             



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