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- Membre : Mozart L'egyptien, Malicorne, Lambarena, Lux Obscura
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O'STRAVAGANZA - O'stravaganza (2001)
Par CHIPSTOUILLE le 27 Avril 2007          Consultée 8156 fois

Après avoir marié BACH et la musique gabonaise dans son superbe LAMBARENA, puis être passé à une mixture moins réussie de MOZART et de musique moyen-orientale, Hugues de Courson revient à la charge. C’est au tour de VIVALDI d’être assaisonné, saveur irlandaise cette fois-ci. Contrairement aux mariages précédents, l’initiateur du projet aura eu maintes fois l’occasion, sinon d’exercer, au moins de côtoyer le registre celtique grâce à MALICORNE, son ancien groupe, qui remettait les musiques folkloriques françaises au goût du jour.

L’idée n’est pourtant pas si novatrice. On peut songer au concerto en ré majeur RV 93 de VIVALDI qui se dotait d’un premier mouvement aux allures celtiques, qu’Hugues de Courson n’aura effectivement pas oublié puisqu’il est repris dès le second titre de l’album, "Damhsaigh". Les notes figurant sur le CD nous apprennent également qu’un célèbre compositeur irlandais et joueur de harpe, Turlough O’CAROLAN (1670-1738), fut également fortement inspiré par son contemporain vénitien. Trois compositions du harpiste furent donc également reprises dans cette extravagance, sur "Mister Bethag and the Princess", les deux autres faisant partie du melting pot improvisé sur le bouquet final, "La ciacconna rossa".

Le reste donc, doit tout au talent d’arrangeur d’Hugues de Courson, et quel talent! J’en vois déjà certains qui râlent, voire qui esquissent un sourire. Où se trouve le talent lorsqu’il « suffit » de combiner des compositions pour violon ou flûte entre elles ? L’exercice est certes loin de laisser aussi rêveur qu’un mariage de musique pygmée avec messe en si de BACH, ou de l’introit du requiem de MOZART parachevé par un chant moyen-oriental. Certes, les mauvaises langues pourront reprocher à De Courson d’avoir choisi cette fois-ci la voie de la facilité, mais ont-elles bien écouté l’ouvrage ? L’idée n’est peut-être pas si originale, mais elle a le mérite de porter ses fruits. Avez-vous écouté ces fantastiques bagads ornementés de violons illuminés par le soleil de l’Ospella de la Pieta ? Entendez-vous ses gigues pied levé entraînantes tout en étant raffinées ? Et enfin, cette berceuse de "Gráinne pour Diarmait", déracinant votre cœur à petit feu par des frottements continus de l’archet, puis soulevé par le chant mélancolique, opposant le nord avec le sud de l’Europe dans un émerveillement continu ?

Le tuilage, méthode consistant à faire dialoguer deux phrasés musicaux sans attendre que le premier ne soit terminé pour que le second y réponde, appliqué à la musique du prêtre roux, fait des merveilles. De Courson y développe les contrastes et juxtapose les similitudes des deux styles, en créant ainsi un nouveau, né de la richesse de deux des plus belles manières occidentales de composer.

Le meilleur sans doute, judicieusement positionné au creux de l’album, prend forme sur "Il duello". Le morceau démarre donc sur un "duel" de violons. A ma droite le vénitien clair, velouté, volubile et parcourant les aigus, à ma gauche le celtique, reprenant les airs de l'italien, dans un registre plus grave, pris de soubresauts et trébuchements. Les deux se répondent en partant d’un tuilage typiquement celtique pour se rejoindre sur un contrepoint typiquement baroque. Le tout s’achève sur l’enchaînement de deux des plus somptueux airs de VIVALDI, le concerto n°11 opus 3 (l’"Estro Armonico") et la sublime "Tempesta di mare", qui succédait aux quatre saisons sur l’opus 8.

Ce qui m’amène d’ailleurs aux divers emprunts effectués à VIVALDI pour la réalisation du mariage. Contrairement à MOZART L’EGYPTIEN ou dans une moindre mesure LAMBARENA qui mettait en scène quelques tubes du compositeur sans justification de fond, Hugues de Courson a ici évité le voyeurisme et la "compilation" trop facile. Une petite feinte permet à l’arrangeur d’inclure l’un des mouvements des quatre saisons sans en avoir l’air, le second de l’été, puisque VIVALDI lui-même avait repris ce mouvement sous un autre nom, "La notte", dans son opus n°10 de concertos pour flûte. D’autres clins d’œil sont présents, mais dans la globalité les emprunts sont très divers et demeurent justifiés, en particulier dans l’"Estro Armonico" (opus 3), sans abus. On reste également, à très juste titre, dans l’univers instrumental du compositeur italien, les opéras et autres oeuvres sacrées sont donc aux abonnés absents. Espérons simplement qu’Hugues de Courson souhaite réitérer l’exploit sur un second ouvrage, la richesse du répertoire de VIVALDI étant loin d’avoir été parcourue dans son intégralité.

Enfin, je terminerai sur une anecdote assez savoureuse. Le magasine Diapason, professionnel de la musique classique depuis 50 ans, soulignait dans sa revue de presse combien il était dommage que l’orchestre de chambre Il Giardino Armonico (à qui l’on doit l’une sinon l’interprétation la plus saisissante des quatre saisons) n’ait pas été convié à participer sur ce disque. Hugues de Courson affirma en interview qu’il s’agit pourtant bien d’eux, cachés sous le pseudonyme un brin moqueur des « orphelines de la pitié », pour des raisons de droits. Le disque se dote d’ailleurs bel et bien du jeu très coloré de la formation italienne, un point de plus pour l’arrangeur.

Alors, pour les derniers sceptiques, qui penseraient que la combinaison, quelle que soit sa qualité, ne pouvait que plaire à un amateur de musique baroque italienne et de musique celtique, je leur répondrai au contraire qu’étant justement grand amateur des deux, je me positionnais avec un point de vue très critique connaissant l’un comme l’autre, et craignait en fait le pire (cf. chronique de MOZART l’EGYPTIEN). Pas de pire ici, rien que du meilleur. Hugues de Courson s’érige en pirate des styles musicaux, reliant les ports de Venise à Belfast, toutes voiles dehors. Il réussit ici une symbiose magique, appliquant les lettres de noblesses de deux styles finalement faits pour s’entendre. Dans le domaine du cross-over, O’STRAVAGANZA est assurément l’exemple à suivre.

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- Le Orfanelle Della Pieta
- Noleg Caisey (fiddle, lilting)
- Emer Mayock (irish flutes, tin whistle, uilean pipes)
- Ronan Le Bars (uilean pipes)
- Youenn Le Berre (low whistles)
- Robert Harris (bodhran, bones)
- Donal Siggins (irish bouzouki, mandolines)
- Myrdhin (harpe celtique)
- Isabelle Olivier (harpe celtique)
- Breda Mayock (chant)
- Suzan Hamilton (chant)


1. O'stravaganza
2. Damhsaigh
3. Berceuse De Gráinne Pour Diarmait
4. Estro-reel
5. Il Sonno
6. Ceol Cuàine
7. Il Duello
8. A Chláirsearch
9. Jig Della Inquietudine
10. Eirin Sonata
11. Bunch Of Rushes
12. Am Cain
13. Mister Bethag And The Princess
14. La Ciacconna Rossa



             



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