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John Blues BOYD - What My Eyes Have Seen (2020)
Par LE KINGBEE le 14 Juin 2020          Consultée 414 fois

A l’heure où partout dans le monde des gens manifestent suite à l’assassinat de George Floyd à Minneapolis par un abruti congénital sous les yeux de trois de ses collègues qui ont courageusement laissé faire, ce disque tombe à pic. Le sentiment est d’autant plus fort qu’on a l’impression que le Président de la plus grosse puissance mondiale n’a encore rien compris à la chose, banalisant honteusement cette tragédie, mais c’est là un autre débat.

Né à Greenwood (Mississippi) en 1945, patrie des guitaristes Guitar SLIM, Fenton ROBINSON ou Hubert SUMLIN, John BLUES BOYD s’est cassé les reins en ramassant le coton dès l’âge de sept ans. Comme de nombreux afro-américains de sa génération, il va se battre pour la paix et se lancer dans le militantisme en faveur des Droits Civiques. Il va également combattre pour pouvoir voter, pour que les gamins aillent à l’école, pour que ses congénères puissent s’asseoir sur n’importe quel siège de bus, pour vivre tout simplement. Il va devoir quitter sa région natale et ses racines chassé par le KKK, et déménagé en Californie où il embrassera le métier de couvreur. Contrairement à de nombreux afro-américains de sa génération, il va s’en sortir sans trop de dommages grâce à son épouse, actrice d’un mariage qui allait durer presque un demi siècle et une vie humble et honnête.

Suite au décès en 2014 de sa bien-aimée, John se lance dans la musique, un hobby lui servant alors de thérapie contre le malheur. Comme le laisse suggérer son titre, What My Eyes Have Seen se dévoile et se déguste comme une autobiographie musicale parsemée de tranches de vie souvent sombres même si l’espoir reste permis. Auteur de quatre autoproductions passées inaperçues, ce CD devrait remettre le nom de John BLUES BOYD sur la carte géographique du Blues. John est un cousin éloigné du pianiste Eddie BOYD qui s’établira en Europe pour les 25 dernières années de sa vie, lassé par la discrimination raciale qui sévissait alors aux Etats Unis. Si ses yeux sont cachés derrière une paire de Ray Ban, nul doute que le septuagénaire en a vu de toutes les couleurs. Il s’agit ici du second disque enregistré aux Greaseland Studios du guitariste Kid ANDERSEN, l’un des musiciens parmi les plus prometteurs de ces dernières années et qui mérite souvent la plus grosse attention par la qualité de ses productions.

Guy Hale, patron du label Gulf Coast Records édite ici une sorte d’album concept, un peu à l’image du premier recueil de Mighty Mo RODGERS édité par Blue Thum Records il y a une vingtaine d’année. D’entrêe il nous concède sa forte passion pour le Blues avec "In My Blood", première tranche autobiographique. La guitare aérienne d’ANDERSEN vient poser les fondations d’une voix chaleureuse. Les quinze pistes du CD sont parsemées de cinq interludes servant à introduire les thèmes de prédilection. La complicité entre le chanteur vétéran et la troupe de Kid ANDERSEN est évidente; il s’agit de la seconde collaboration entre les deux hommes, après "The Real Deal" publié par le label Little Village Foundation dirigé par Jimmy PUGH, petit indépendant qui avait déjà édité Wee Willie WALKER ou l’harmoniciste Aki KUMAR.

On appréciera le jeu de batterie de June CORE (ex Robert LOCKWOOD Jr, Mark HUMMEL, SOUL DRIVERS, Charlie MUSSELWHITE) sur "What My Eyes Have Seen", tandis que la guitare renforce la puissance poétique du texte. Coécrit avec Kid ANDERSEN et Guy Hale, le disque nous conte des passages parfois douloureux. "Her Name Was Donna Mae", un remarquable blues lent qui pourrait évoquer Andrew "Jr. Boy" JONES ou WC CLARK se dévoile comme une ode à sa femme disparue. On ressent comme un profond sentiment de gâchis sur "Why Did You Take The Shot", titre dans lequel il interroge l’assassin de Martin Luther King sur son geste. Les cuivres contribuent à apporter une coloration Jazzy, la trompette de John HALBLEIB rappelant une sonorité proche de celle de Miles DAVIS, tandis que le jeu de guitare s’offre de sobres fulgurances West Coast. "I Heard The Blues" reste marqué par la voix chaleureuse, l’apparition d’un harmonica en contrepoint de l’orgue farfisa d’ANDERSEN pour une ambiance pleine de contraste passant d’un Blues Garage à un Blues californien plus tempéré.

John nous raconte son arrivée en Californie en 1978, les cuivres contribuent à un surplus de chaleur. Impression encore plus évidente sur "That Singing Roofer" qui combine Jazz West Coast et Blues. A contrario, c’est un amas mélancolique et Jazzy qui nous tombe sur le râble avec "Forty Nine Years", dans lequel BOYD évoque ses années de couple avec la regrettée Donna Mae, la perte de sa bien-aimée est agrémentée d’un manteau sonore presque solennel dont la fourrure reste toutefois assez lugubre. Le septuagénaire nous fait part d’une détermination sans faille sur "Got To Leave My Mark" tandis que "My Memory Takes Me There" débute sous des notes qu’on croirait portée par une brise en provenance du Mississippi, le titre se terminant sur une impression aussi intimiste que crépusculaire.

Ce disque à consonance autobiographique devrait largement se situer dans le tiercé des productions Blues de ce premier semestre 2020. Les qualités de conteur, le chant expressif et plein de nuances, la sincérité de ce vétéran ajouté à la contribution d’un groupe haut de gamme sont des atouts imparables. Un album bien plus authentique et chaleureux par rapport à la production Blues américaine de ces dernières années. Reste à savoir si on verra ce chanteur révélé sur le tard en Europe ?

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   LE KINGBEE

 
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- John Blues Boyd (chant)
- Kid Andersen (guitare, claviers, harmonica)
- Rome Yamilov (guitare 4)
- Quantae Johnson (basse)
- Robby Yamilov (basse 4)
- June Core (batterie)
- Lisa Leuschner Andersen (batterie 4)
- Jimmy Pugh (piano)
- Nancy Wright (saxophone 5-11-12)
- Eric Spaulding (saxophone 5-11-12)
- Jack Sanford (saxophone 5-11-12)
- John Halbleib (trompette 5-9-11-12)
- Ric Feliziano (trombone 5-9-11-12)
- Ryan Walker (harmonica 4)


1. In My Blood
2. My Memory, Pt 1
3. What My Eyes Have Seen
4. I Heard The Blues Somewhere
5. On The Run
6. My Memory, Pt 2
7. Her Name Was Dona Mae
8. My Memory, Pt 3
9. Why Did You Take That Shot
10. My Memory, Pt 4
11. Oh California!
12. That Singing Roofer
13. Forty Nine Years
14. I Got To Leave My Mark
15. My Memory Takes Me There



             



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