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ASH GRUNWALD - Live At The Corner (2004)
Par LE KINGBEE le 27 Juin 2020          Consultée 143 fois

Le Blues s’est depuis une quarantaine d’années mondialisé. De toute la planète, des groupes se sont formés aussi bien en Europe qu’en Asie. Avec ses racines anglo-saxonnes, l’Australie a depuis le début des sixties produit de nombreux groupes de référence. Dès les seventies, CHAIN avait ouvert une immense brèche, AC/DC défoncera quelques années plus tard les portes d’un vrai château de cartes.

Malgré l’éloignement du continent, certains bluesmen parviennent à se tailler une bonne réputation en Europe à l’image de C.W STONEKING, de John BUTLER ou de l’harmoniciste Barefoot IANO installé en France depuis de longues années. Ash GRUNWALD fait partie de ces artistes venus d’un monde lointain qui parviennent à tirer leur épingle du jeu.

Contrairement à ce que pourrait laisser supposer la pochette, Ash GRUNWALD n’est pas aborigène. Son père est d’ascendance africaine et sa mère australienne. Né en 1976 dans l’état de Victoria, le plus petit état du pays au sud-est de l’île, celui qui abrite Melbourne, Ash débute précocement l’apprentissage de la guitare et de la basse avec son grand-père. Il se passionne très tôt pour le Blues et enregistre avec son grand-père une première démo avec un titre d’HOWLIN’ WOLF. Adolescent, il monte le BLUE GRUNWALDS puis se produit au sein des GROOVE CATALYSTS. Une fois son diplôme en poche, Ash devient professeur de musique dans une école de Melbourne pendant six ans, puis quitte l’enseignement pour s’envoler vers une carrière professionnelle avec à la clef un premier disque en 2002 Introducing …Ash Grunwald, CD qui lui vaut de se faire remarquer par la critique internationale. En 2004, le bonhomme enchaîne avec I Don’t Believe, un second disque qui confirme son premier jet.

Durant l’été 2004, Ash GRUNWALD était convié à se produire au Corner Hotel de Richmond, dans la banlieue de Melbourne, une des plus anciennes salles dédiées à la musique rénovée et transformée depuis une dizaine d’années pour devenir un des hauts lieux du Rock Austral. En ce 17 juillet, le guitariste vient défendre ses deux premiers disques studio en écrémant ses compositions et de bonnes reprises en one man band. A l’écoute de cet album et à entendre le bruit d’une salle totalement conquise par le groove et une dynamique contagieuse, nul doute que le guitariste a permis aux nombreux spectateurs de passer une soirée mémorable.
Quelques années plus tard, Ash GRUNWALD se produit à l’Espace Jean-Roger Caussimon de Tremblay, devant les yeux ébahis de nombreux fans de Chicago Blues. Pas sûr que les puristes aient véritablement apprécié le show, contrairement à votre humble serviteur. L’un des fiefs du Blues d’Ile de France avait encore programmé une programmation judicieuse et réussie, enfin pour tout amateur de Blues ne s’équipant pas d’œillères.

Ne nous leurrons pas, Ash dispose d’un atout non négligeable, il est capable de se produire en trio, en duo et très souvent en one man band, une formule très prisée par certains programmateurs près de leurs sous. Mais l’Australien dispose d’une autre carte maîtresse dans sa manche, il diffuse un charisme hors du commun et un sens du groove hypnotique. A l’entendre, on pourrait avoir l’impression d’un grand chamboulement géographique comme si le Yarra se déversait dans l’Atchafalaya ou le Mississippi.

Ce soir de juillet 2004, le guitariste a apporté sept de ses compositions pour six reprises. Ces diverses reprises forment une sorte de filigrane ayant pour trame une orientation narcotique très prononcée, comme si l’artiste voulait nous ensorceler par le biais de vapeurs vaudou et de tempos enchanteurs.
Robert JOHNSON, celui qui comme le dit la légende aurait pactisé avec le diable autour d’un fameux carrefour, est ainsi repris par deux fois : Enregistré le 23 novembre 1936 à San Antonio « Crossroad » a connu au fil des ans de multiples traversées. CLAPTON en a fait plusieurs duos, le titre a été repris à la sauce Blues Rock par LYNYRD SKYNYRD, RUSH. COWBOY JUNKIES et Cyndi LAUPER le reprendront dans des versions personnalisées, tandis que les LORDS OF THE NEW CHURCH en feront un étonnant Pogo Punky. Les versions de Johnny SHINES et de Peter GREEN nous semblent plus en adéquation avec l’original et notre époque. Chez nous, Francis CABREL épaulé de Paul PERSONNE en fera une adaptation aussi louable et moins pleurnicharde que celles de John HAMMOND ou de SON Of DAVE. Gravé le même jour, « Walking Blues » serait en fait un pompage du Sieur JOHNSON sur « My Black Mama » de Son HOUSE. Si JOHNSON sera l’objet de deux Johnsonmania (l’une au début des sixties, une seconde à la fin des 80’s), ce second emprunt a lui aussi connu bon nombre de reprises. Si Muddy WATERS, Johnny SHINE ou Hip LINKCHAIN en délivreront des covers bien ajustées, c’est sur une note de douceur que GRUNWALD termine son concert. L’australien s’attaque au répertoire du Loup Hurlant avec « Spoonful », accrédité ici par erreur à Howlin’ WOLF mais œuvre de Willie DIXON. Si WOLF et ETTA JAMES contribuèrent à populariser le titre, CREAM et CANNED HEAT lui donneront une seconde vie avant que le titre ne devienne un standard joué par tout bluesman en herbe. L’apport de Ian COLLARD à l’harmonica instaure une ambiance plus proche des bayous ou du Delta que des tavernes de Chicago, le rythme ferait tomber un taureau dans les vapes en moins de 20 secondes. Seconde visite dans le répertoire de Wolf avec « Smokestack Lightning » et force est de constater qu’ASH peut se transformer en un loup des plus convainquant. Le tempo des percussions minimalistes jouées aux pieds, le jeu de guitare aussi indolent qu’efficace nous emmène encore une fois sur les rives boueuses du Mississippi.
Plus surprenantes sont les incorporations de deux titres de Tom WAITS. « Going Out West » bénéficie ici d’une coloration moins trash que l’original, Ash témoigne ici qu’il demeure un excellent chanteur à la voix profonde. Une version bien plus enivrante que celle de DR. FEELGOOD (le titre avait il est vrai été enregistré sans Lee BRILLEAUX remplacé par Pete GAGE). Seconde bonne pioche avec « Jesus Gonna Be Here », issu du même album, et dans lequel GRUNWALD a capela dans un premier temps nous renvoie vers des cimes plus célestes que celles du bush devant un public qui vient en soutien avec un solide clap hand. Si la version ne vaut pas celle des BLIND BOYS Of ALABAMA en terme de tension, l’australien parvient à maintenir la salle en fusion. Une version bien supérieure, à notre sens, que la récente version du Révérend Shawn AMOS aussi ampoulée que maniérée.

Si l’Australien est un excellent chanteur parfois comparé à tort à Ben HARPER, il brille également dans le domaine de la composition. « If You Don’t Mind » ouvre le concert en toute beauté avec un Folk Blues rugueux n’ayant rien à envier au répertoire de Junior KIMBROUGH. Le chant se fait plus volontaire sur « Just Be Yourself », titre dans lequel le chanteur demande aux auditeurs de revenir à l’essentiel. La cadence s’accélère avec « Hey Baby », un titre qui ne s’éternise pas et qui rappelle la folie d’Hasil ADKINS. «Everyday » distille une ambiance lente pleine de torpeur, l’harmonica évoque Whispering SMITH tandis que la guitare monte crescendo à l’image de certaines Trains Songs. Le rythme ne faiblit pas, « Is There A Reason » s’annonce comme un vrai Swamp, comme si le bush australien venait d’être immergé par les bayous louisianais.
Excellent auteur, chanteur et guitariste Ash GRUNWALD brille également sur une planche de surf, activité sportive très prisée en cette partie du globe. « Dolphin Song », le clou de ce Live, nous raconte une savoureuse histoire contée avec humour par le guitariste. Victime d’une attaque de requin lors d’une virée en planche, Ash est sauvé par un dauphin, le cétacé percutant le prédateur avec l’aide de son bec, une superbe allégorie du mythe d’Arion. Montée sur une ligne mélodique terriblement obsédante et répétitive, la chanson nous conte avec humour comment le cétacé se débarrasse du méchant squale, Ash nous offrant un dialogue truculent entre le surfeur et son sauveur, n’hésitant pas à imiter le sifflement du cétacé. Un véritable morceau d’hypnotisme gorgé d’hyperbolisme.

Ce CD retranscrit pleinement le pouvoir d’attraction de ce one man band. Si Ash GRUWALD attise une énorme sympathie, il se démarque de ses concurrents par un falsetto particulier. Excellent songwriter, l’Australien arrive à tisser un lien entre son public, ses chansons, un phrasé de guitare sortant des sentiers battus et une stomp box au rythme ensorceleur. Ah … autre particularité du bonhomme, il lui arrive de se servir d’une balle de baseball en guise de percussions. Un disque authentique et sincère qui a le don d'attirer la sympathie, à l'image du dauphin.

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   LE KINGBEE

 
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- Ash Grunwald (chant, guitare, stomp box, tambourin)
- Ian Collard (harmonica 5-6-7)


1. If You Don't Mind
2. Just Be Yourself
3. Going Out West
4. Hey Baby
5. Spoonful
6. Everyday
7. Crossroads
8. Smokestack Lightning
9. Is There A Reason
10. Just Can't Help Myself
11. Dolphin Song
12. Jesus Gonna Be Here
13. Walking Blues



             



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