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Toni Lynn WASHINGTON - Good Things (2000)
Par LE KINGBEE le 6 Juillet 2020          Consultée 544 fois

A l’heure où le label Rounder célèbre son 50ème anniversaire, partons à la rencontre de la chanteuse Toni Lynn WASHINGTON. En 2000, Toni Lynn enregistrait son troisième opus à 63 ans sur le label Tone-Cool, filiale de Rounder, firme indépendante tombée depuis dans les mailles du Groupe Concord.

De Toni Lynn Washington, je garde le souvenir de son passage au Méridien Etoile, alors place forte du Blues à Paris. C’était encore la bonne époque, celle où le club parisien parvenait encore à attirer la crème de bluesmen parfois pendant une semaine. Cette époque est hélas révolue, faute de sponsors et d’une désaffection du public. Ne pleurnichons pas, il nous reste en Ile de France d’autres salles dédiées à la Soul et au Blues.

Toni Lynn WASHINGTON est originaire de Southern Pines, une grosse bourgade de Caroline du Nord située à une quarantaine de bornes de Fort Bragg, la plus grosse base militaire de la planète. Comme de nombreuses gamines de sa génération, Toni fait ses gammes sur les bancs de sa paroisse. Ses parents quittent la région pour s’installer à Boston, ville où Toni poursuit ses études avant de convoler en juste noce avec un militaire, elle a alors 18 ans. Son mari étant muté à la Nouvelle Orléans, c’est là qu’elle se fait remarquer comme choriste. On la retrouve sur scène et en session aux côtés de Big Joe TURNER, Jackie WILSON, le duo SAM & DAVE, Bobby « Blue » BLAND et Johnny ADAMS.
En 1966, elle met en boîte son premier (et dernier) single pour le label Kon-Ti, une sous-marque d’Atlantic. « Dear Diary » connaît un petit succès critique, mais le disque ne se vend pas assez et Atlantic décide de ne pas poursuivre l’aventure. Elle continue sa carrière à Pensacola (Floride) où Mister Washington a été transféré et chante au sein de Sound 70 pendant huit ans avant que la formation n’arrête. Elle se produit ensuite brièvement avec d’anciennes membres des RAELETTES avant de stopper toute activité. Déçue par le manque de succès, Toni préfère se consacrer à sa famille. Au tout début des années 80, la famille Washington remonte dans le Massachussetts et regagne Boston, ville où Toni Lynn va vite reprendre ses marques. Dans un premier temps, la chanteuse se produit sporadiquement dans les clubs, ses prestations solides lui permettant de figurer comme invitée, rôle qui lui convient parfaitement et lui permet de concilier vie de famille et Soul. En 1995, Toni Lynn décroche un bon contrat avec Tone-Cool Records qui lui offre un appui solide aussi bien en studio que sur scène.

Enregistré au BK studios de Saugus, ville au nord de Boston pour les ¾ des titres et au Rear Window Studios de Brookline, dirigé par le guitariste Milt Reder, « Good Things » dévoile douze pistes parcourant un chemin sinueux où Soul et Blues se mélangent pour notre plus grand plaisir. Si le chant s’avère expressif et parfaitement en phase avec une Soul contemporaine, Washington bénéficie ici d’une production soignée refusant toute esbroufe, d'une orchestration hors-pair et enfin d’arrangements sans le moindre grain de sable. Après plusieurs écoutes, la complicité entre les différents accompagnateurs et la chanteuse paraît évidente. Contrairement à de nombreuses productions dans lesquelles les maisons de disques ou les boites de productions utilisent des orchestres attitrés au label ou des groupes extérieurs étrangers aux chanteuses ou chanteurs, là Tone-Cool prend soin d’aligner les musiciens avec lesquels Toni Lynn se produit depuis plus de cinq ans. C’est pratiquement du cousu main, d’autant plus que c’est l’organiste Bruce BEARS (ex Duke ROBILLARD, Johnny RAWLS) qui s’occupe de la partie production, comme les deux disques précédents.
Outre BEARS aux claviers et au piano, Toni Lynn se retrouve devant une troupe d’orfèvres : le guitariste Tim GEARAN (ex Susan TEDESHI, Amy BLACK), le bassiste Ed SPARGO (ex James MONTGOMERY, Greg PICCOLO) et une section cuivre dirigée par le fidèle saxophoniste Paul AHLSTRAND (ex Mighty Sam McClain, Rick DERRINGER, Dr. JOHN, Susan TEDESHI). Le tandem BEARS/GEARAN se montre le plus gros pourvoyeur avec pas moins de cinq originaux, tous s’emboîtant parfaitement dans un choix de covers reprenant de bons inusités et d’habiles relectures.
D’entrée, « Good Things Come To Those Who Wait » instaure un climat d’intimité, via un tempo judicieusement tempéré. Chaque instrument semble se sacrifier au profit d’un autre. Pour un peu, on se croirait revenu en arrière à l’époque de Hi Records, le vocal de Toni Lynn rappelant ici celui d’Ann PEEBLES. La cadence s’intensifie sur « Need Me In The Middle », une compo de Tim Gearan qui s’offre de beaux passages de gratte, tandis que la voix se fait plus volontaire. « Satisfaction » part sur un rythme de sénateur, le chant instaurant une palette gorgée de torpeur. En milieu de disque, la guitare funky et la basse pleine de rondeur sur « Don’t Forget Me » tombent à pic et apportent un peu de fantaisie. Même constat avec « I’ve Had Enough » qui pourrait évoquer le regretté Lou PRIDE.

Dans la commode des inusités, excellente reprise de « Looking At The Future », un freakbeat de Little Johnny TAYLOR gravé en 65 pour Galaxy. La voix délicate jamais poussée contraste avec celle de la version originale, idem pour l’orchestration beaucoup plus concise et épurée. Une bonne trouvaille d’autant plus que le morceau ne s’éternise pas. La cadence diminue nettement avec « Oh What A Dream », œuvre de Chuck WILLIS popularisée en 1954 par Ruth BROW. Si l’original bénéficiait de deux virtuoses exceptionnels avec le guitariste Mickey BAKER et le saxophoniste Arnett COBB, avouons que la présence des RYTHMAKERS, un groupe de choristes, polluait considérablement la chanson sans parler d’une orchestration qui paraît aujourd’hui grassement obsolète. Là, l’ambiance Soul Jazzy associée à une cadence apathique, à la limite de l’indolence constituent un plus avec une mention aux brefs passages de trompette bouchée et une guitare qui rappelle le phrasé de Kenny BURRELL. Une version qui fait oublier les confitures pleines de sucres et de violonades de Patti PAGE ou Conway TWITTY. Les amateurs de Deep Soul et d’O.V. WRIGHT reconnaitront certainement « I Don’t Know Why », une composition de la paire Willie Mitchell/Earl Randle. La présente version rivalise avec la reprise de Guitar SHORTY ; le tempo délicieusement tempéré par une guitare aérienne imprime encore une fois une atmosphère alanguie. Le combo accentue légèrement l’allure avec « Allright, Okay, You Win » une compo de la chanteuse Mayme Watts popularisée par Ella Johnson. Si Peggy Lee, Lynwood SLIM ou les Allemands de BB & The BLUES SCHACKS nous offrirent des interprétations de haute qualité, le standard a connu d’innombrables interprétations discutables ou archaïques et Toni Lynn WASHINGTON s’en sort plus que bien avec une section cuivre bien affûtée et une guitare souvent flamboyante. Sur « We Don’t See Eye To Eye » un titre obscur de Percy MAYFIELD repris par Ray CHARLES et Johnny ADAMS, le groupe imprime encore une fois une ambiance à la périphérie du Jazz Vocal, les instruments font preuve d’une éclatante maitrise et la voix ne part jamais en vrille. Le CD se termine avec une vraie pépite via une seconde visite au répertoire d’O.V. WRIGHT avec « You’re Gonna Make Me Cry », un monument de Soul Sudiste composé par Don Robey. Si Ann PEEBLES, les STAPLES SINGERS ou Etta JAMES avaient délivré d’intenses reprises, l’interprétation de Toni Lynn s’avère issue du même tonneau. L’orgue tisse un climat crépusculaire nous ramenant aux plus belles heures du Gospel, la guitare touche sa cible à chaque note et nous ramène aux plus belles heures de Muscle Shoals tandis que les chœurs renforcent le pouvoir de conviction de la chanteuse.

Passé quasiment inaperçu en France, ce « Good Things » ne nous dévoile que des bonnes choses (excusez la simplicité). La production soignée, une orchestration sans la moindre fausse note, une cohésion à toute épreuve et un choix de titres pertinent entre originaux, inusités et les deux standards font de ce disque une bonne pioche. On regrette juste que Toni Lynn Washington se montre trop sage, alors que sur scène elle est capable d’hausser le ton, de faire monter la dramaturgie de certaines chansons, un peu à l’instar de Bettye LAVETTE, ici elle demeure trop humble. Ce bémol que certains trouveront non fondé coûte la note maximale à ce disque. Mais si vous avez loupé les concerts de cette excellente chanteuse sous-enregistrée, vous pouvez vous rabattre sans crainte sur ses quatre albums studio.

Pour les amateurs de voitures, signalons que Toni Lynn s’appuie sur le flanc droit d’un Buick Riviera 1963.

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   LE KINGBEE

 
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- Toni Lynn Washington (chant)
- Tim Gearan (guitare)
- Ed Spargo (basse)
- Bruce Bears (claviers, piano)
- Craig Mcintyre (batterie)
- Paul Ahlstrand (saxophone)
- Rob Lee (saxophone)
- Scott Aruda (trompette 1-2-3-4-6)
- Walter Platt (trompette 5-7-9-10)
- Ricardo Munsin (percussions 1-6)
- Patti Unaitis (choeurs 1-12)
- Ray Greene (choeurs 1-6)


1. Good Things Come To These Who Wait
2. Need Me In The Middle
3. Satisfaction
4. Looking At The Future
5. Oh What A Dream
6. Don't Forget Me
7. The Hammer
8. I Don't Know Why
9. I've Had Enough
10. Allright, Okay, You Win
11. We Don't See Eye To Eye
12. You're Gonna Make Me Cry



             



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