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MELVIN TAYLOR & THE SLACK BAND - Dirty Pool (1997)
Par LE KINGBEE le 2 Août 2020          Consultée 97 fois

Melvin TAYLOR voit le jour en 1959 à Jackson, plus grosse agglomération du Mississippi, juste deux ans avant l’apparition des Freedom Rides. La population noire vivant les heures terribles de la Ségrégation, la famille Taylor quitte la région pour s’installer à Chicago.
Issu d’une famille de musiciens, Melvin se met à la guitare à six ans par le biais d’un oncle. Il maîtrise l’instrument très rapidement, se transformant vite en un virtuose de la six cordes. Longtemps admiratif de Wes MONTGOMERY, Django Reinhardt et Charlie Christian, il s’oriente vers le Blues et la Pop alors qu’il est au lycée, se passionnant principalement pour Jimi HENDRIX. A la fin de ses études, il intègre The Transistors, un modeste groupe Pop local avant de s’immerger dans le Chicago Blues. Il fait ses gammes dans le West Side où il acquiert vite une réputation de tueur, à tel point que certaines vedettes vont le jalouser et le mettre au rancart de nombreux clubs. La chasse gardée est une pratique souvent de mise dans le monde du Blues. En 1981, il effectue sa première venue en Europe dans le cadre d’une tournée avec le Legendary Blues Band, ce qui lui permet de se faire remarquer par le producteur Français Didier Tricard qui le signe aussitôt sur le label Isabel. Le guitariste grave deux disques ancrés dans un mélange de Blues et de Jazz pour le label français. En 1987, le bonhomme enregistre un titre publié sur une compilation éditée par Alligator. S’il tourne en Europe et est devenu un attitré du Rosa’s Lounge (il s’y produisait il y a trois jours), TAYLOR reste pendant huit ans plongé dans un silence discographique total, jusqu’à ce que le label Evidence s’intéresse à lui en 1995 en publiant un album éponyme Melvin Taylor & The Slack Band, un trio alors composé du bassiste Willie "Big Eyes" Smith et de Steve Potts aux baguettes.

Enregistré les 11 et 14 décembre 1996 en Louisiane, au Dockside Studios de Maurice, à deux pas du Vermilion Bayou, Dirty Pool propose toujours une formule en Power Trio, sauf que le guitariste est épaulé de deux nouveaux partenaires : le batteur James Knowles (ex-Sugar Blue, Tyrone Davis, Byther Smith) et le bassiste Ethan Farmer (futur Aretha FRANKLIN, Christine Aguilera, Lionel RICHIE), une section rythmique gardienne du temple entièrement dévouée à son leader.
Si Taylor est un virtuose du manche, il se montre ici beaucoup moins doué avec sa plume, aucune des neuf pistes ne provenant de son imagination. En ouverture, il reprend "Too Sorry" une compo du batteur texan Doyle Bramhall. Là, le phrasé de guitare s’ancre résolument entre le jeu de Stevie Ray VAUGHAN et celui de Jimi HENDRIX, autre homme à chapeau. Second titre en plus lent avec "Dirty Pool" et seconde compo de Bramhall coécrite avec Stevie Ray VAUGHAN du temps des Nightcrawlers et qui figurait dans Texas Flood. Cette fois, le doute n’est plus permis. Si Melvin fut influencé par Wes MONTGOMERY et consorts, notre gars a viré sa cuti en plongeant en plein Texas Blues. Avoisinant les 7 minutes, "Dirty Pool" nous offre une splendide démonstration de guitare. Dommage toutefois que le guitariste s’éternise parfois sur sa technicité, celle-ci ne faisant aucun doute et gomme d’après nous une partie du feeling. Arrive le morceau qui laisse toujours un arrière-goût dans la bouche avec "I Ain’t Supertitious", somptueuse composition de Willie DIXON popularisée par Howlin’ Wolf. Que les choses soient bien claires, DIXON, le LOUP HURLANT, Melvin TAYLOR et les différents repreneurs du titre (Jeff BECK, SAVOY BROWN, MEGADETH ou les Groundhogs pour ne citer que les principaux) ne sont pour rien avec cette fâcheuse impression. Mais on ne peut s’empêcher de penser ici à Stevie WONDER qui en fera un plagiat flagrant en 1972 avec "Superstition", plagiat que le non voyant a toujours nié. Comme quoi la malvoyance ne souscrit pas obligatoirement à l’honnêteté et à la probité, mais c’est là un autre débat. Il est d’ailleurs étonnant que la version du plagieur connaitra près de 150 reprises, dont une de SRV, alors que celle de DIXON, la vraie, à peine une trentaine. Toujours est-il que Melvin offre ici une excellente interprétation, la trame des chats noirs et superstitions diverses diffusant une excellent sonorité dans laquelle la guitare vient s’engouffrer. Enregistré pour la première fois par Little Willie Littlefield sous le titre "K C Loving", ce standard de la paire Leiber/Stoller se transformera en "Kansas City" en 58 via une reprise de Little RICHARD. Le titre grimpa sur la 1ère marche des charts suite à la reprise de Wilbert Harrison, une version auréolée par la présence du guitariste Wild Jimmy Spruill. Ce grand classique de la musique populaire américaine prend ici une forte coloration texane beaucoup plus urbaine et électrique que ses 200 devancières.
Le trio adoucit la sauce avec "Floodin’ In California", un inusité d’Albert KING figurant sur le méconnu San Francisco 83. Si TAYLOR est un guitariste parfois démonstratif et volubile, il nous semble plus sincère et authentique quand il calme ses ardeurs et surtout quand il joue moins rapidement. On a parfois l’impression qu’il veut nous en mettre plein la vue, on ne sait trop pourquoi. Il enchaîne avec "Born Under The Bad Sign", peut-être le titre le plus connu d’Albert KING. Si la version originale reste la référence ultime avec ses trois accords imparables et sa déferlante de sax, Melvin s’en sort ici avec les honneurs, dans une version dont le rythme ne s’emballe pas. En fait, il ne manque que l’apport d’un saxophone pour apporter un peu plus de relief au morceau.
Sous une allure à peine plus dynamique, il rend hommage à Otis RUSH, l’un des maîtres du West Side Sound, avec "Right Place, Wrong Time". Là, le constat se révèle manifeste, selon nous, c’est bel et bien sur les Blues lents que Melvin s’avère au top, quand il n’en rajoute pas. Alors, certains penseront que la récente version de Ronnie Earl lui est supérieure, mais à l’instar du morceau précédent, la formule en Power Blues Trio a moins d’ampleur qu’un quatuor agrémenté d’une section cuivre. Le guitariste nous gratifie d’un troisième clin d’œil à Stevie Ray VAUGHAN avec "Telephone Song ", titre interprété avec moins de fougue que l’original dans lequel Jimmie VAUGHAN tentait en vain de modérer la furie de son cadet. Le disque s’achève avec "Merry Christmas Baby", un titre d’après guerre de Johnny Moore & The Three Blazers. Repris par une kyrielle d’artistes de tout horizon, le morceau connaît généralement une résurgence en fin d’année, quand il s’agit d’installer le sapin dans les maisons, un moyen pour de nombreux musiciens américains de se remplir les poches avec trois fois rien. Objet d’environ 160 reprises, le titre a souvent été massacré sans vergogne par diverses vedettes (Billy IDOL, Natalie COLE, Sheryl CROW). Si les puristes retiennent généralement la version originale chantée par Charles Brown ou celle d’Elvis, Melvin TAYLOR nous délivre ici l’une des meilleures versions avec celle de Bryan LEE. La guitare précise et aérienne nous offre de remarquables envolées sous l’enrobage d’une basse bien ronde. On regrette simplement que le morceau s’allonge sur plus de 7 minutes, une durée trop longue qui finira par perdre certains auditeurs en route.

Ce disque allait permettre au guitariste de se faire un nom dans toute l’Europe et au Japon, contrées où sa renommée semble plus grande que sur le territoire américain, comme quoi nul n’est prophète en son pays ! Si certains titres sont pollués par des cascades de notes débouchant sur de violents rapides et un phrasé trop véloce, TAYLOR adresse ici un disque de Chicago Blues urbain, tendance Texas, méritant néanmoins le détour, malgré l’absence d’originaux et une production trop clinquante.

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   LE KINGBEE

 
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- Melvin Taylor (chant, guitare)
- Ethan Farmer (basse)
- James Knowles (batterie)


1. Too Sorry
2. Dirty Pool
3. I Ain't Superstitious
4. Kansas City
5. Floodin' In California
6. Born Under A Bad Sign
7. Right Place, Wrong Time
8. Telephone Song
9. Merry Christmas Baby



             



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