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RONE - Room With A View (2020)
Par SASKATCHEWAN le 17 Août 2020          Consultée 708 fois

Il fallait quelqu’un pour (re)lancer le ballet électronique en France, et cela ne pouvait être que RONE, de son vrai nom Erwan CASTEX. Le musicien s’était déjà distingué en 2017 en invitant un peuple hétéroclite d’artistes à son concert à la Philharmonie de Paris, puis sur son quatrième album Mirapolis. Trois ans plus tard, le voilà de retour au théâtre du Châtelet, pour lequel il a imaginé un spectacle avec les danseurs du collectif (LA)HORDE. Neuf représentations étaient prévues, mais les deux dernières ont sauté à cause du coronavirus. Les dates prévues dans le reste de la France, elles, sont maintenues.

De ce spectacle, RONE a tiré son cinquième album studio, Room with a View, sorti en avril 2020, et un E.P de remixes du morceau titre. La crainte qu’on pouvait avoir, c’est que sortie du théâtre, cette bande sonore ne fût, justement, qu’une musique d’accompagnement. Il n’en est rien. Au contraire même, RONE a parsemé son dernier essai d’hymnes électro exaltants comme on en rencontre rarement. "Room with a View", bien sûr, qui donne son nom à l’album, est absolument captivant, porté pour une mélodie imparable aux synthés. Dans le même genre, "La Marbrerie" et "Human" esquissent un rêve futuriste où les samples de voix humaines et les boucles synthétiques se mêlent en parfaite harmonie.

Room With a View, est, dans une certaine mesure, politique. Il y a d’abord l’évidence des samples choisis, notamment ceux de "Nouveau Monde" qui offre quelques extraits d’une discussion entre l’astrophysicien Aurélien Barrau et l’écrivain Alain Damasio sur les thèmes de l’écologie et de l’art. Au-delà des paroles rapportées, RONE se sert des voix comme d’autant d’instruments qui viennent se fondre dans ses compositions électroniques. Ces voix produisent des mots et parlent différentes langues, s’invectivent ("Babel"), ou bien sont réduites à des échafaudages de syllabes dénués de sens ("Solastalgia"), où chaque consonne ne vaut que par la vibration sonore qu’elle produit. La musique est le lieu d’une alliance harmonieuse entre l’Homme et la machine, où les interrogations éthiques cèdent progressivement la place au plaisir esthétique.

C’est un ballet, on n’est pas obligé de lire le programme, ni de s’intéresser à l’argument du spectacle. Ils sont tous deux secondaires. Un petit détour par le livret renseigne quand même sur l’identité du producteur du disque, le D.J allemand Jorg BÜRGER, l’un des dépositaires du son du label Kompakt, éternel duettiste du non moins génial Wolfgang VOIGT. RONE, sur ses morceaux les plus ambients, montre que les exploits de ses deux cousins germains ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd : ça sent très fort le GAS sur l’intro de "Lucid Dream". Les basses profondes de "Liminal Space" et "Raverie" témoignent aussi d’un louable penchant pour la techno d’outre-Rhin.

Ce n’est, heureusement, qu’un des aspects de la musique du sieur CASTEX, qui a depuis longtemps digéré ses influences et se contente d’enfiler les morceaux superbes sans se soucier des écoles ni des styles. Room with a View réussit l’exploit de partir dans tous les sens et d’être en même temps complètement cohérent : les percussions boisées de "Ginkgo Biloba" répondent au souffle industriel du "Crapaud doré", tout en gardant une petite place pour les pulsations sourdes de "Raverie". Tout est exécuté de main de maître : chaque échantillon, chaque son s’emboîtent naturellement dans le grand édifice de l’album, et c’est juste beau à en pleurer.

Allez, un morceau-symbole pour clore la parade : "Esperanza". Le mot à lui seul résume l’album. Ça commence comme une marche, les pieds frappent le sol, les mains claquent, des cris étouffés résonnent, puis une mélodie enlevée s’impose à la foule, les corps se taisent, les percussions synthétiques accompagnent la montée en puissance, les dernières limites de la stratosphère sont franchies. On flotte. Le retour sur Terre n’est pas inclus dans la prestation, vous allez rester en orbite, à contempler les masses nuageuses qui tournoient au-dessus des océans et des continents. Si vous voyez passer la Station spatiale internationale, souriez et faites coucou.

Un dernier petit coup de marteau pour que la tête du clou ne dépasse pas de la planche : Room with a View est l’un des meilleurs albums de musique électronique parus en 2020. Et il y a de la concurrence cette année, parce que c’est aussi le moment qu’ont choisi CHAPELIER FOU et Dominik EULBERG pour sortir du bois. Vous avez le droit de passer à côté, de continuer de penser que la musique, c’était mieux avant, que rien de valable ne sort jamais en France. La preuve du contraire est disponible sur le Bandcamp de RONE.

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- Erwan 'rone' Castex (tout)


1. Lucid Dream
2. La Marbrerie
3. Sophora Japonica
4. Ginkgo Biloba
5. Nouveau Monde
6. Room With A View
7. Le Crapaud Doré
8. Liminal Space
9. Human
10. Babel
11. Esperanza
12. Raverie
13. Solastalgia



             



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