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Herb ELLIS - Ellis In Wonderland (1956)
Par ERWIN le 27 Août 2020          Consultée 146 fois

1956 ! Nous vivons une époque formidable ! Le rock'n'roll vient de tomber dans les oreilles d'une société plus habituée à la mièvrerie d'une musique très policée. Seul le jazz échappant à cet état d'esprit fait preuve d'une intense créativité. Les musiciens s'émancipent de leur rôle d'accompagnateur et, depuis quelques années, la guitare se libère elle aussi. D'un instrument d'accompagnement basique et presque fruste, la voilà en passe de devenir l'instrument roi du rock. Herb ELLIS a déjà 35 ans lorsque paraît son premier album. Mais il sort de la cuisse de Jupiter, ayant participé aux heures de gloire de l'Oscar PETERSON TRIO aux côtés du pianiste légendaire. Une carte de visite de qualité ! Le Texan a débuté par la contrebasse, la guitare n'étant pas enseignée à l'université. Il tourne dix ans dans les groupes de jazz et se fait la main avant d'intégrer le TRIO de PETERSON avec Ray Brown à la contrebasse au début des fifties.

J'ajoute qu'il intervient dans de nombreux disques de Ella FITZGERALD et de Louis ARMSTRONG. Etant membre du plus grand trio de l'histoire du jazz, Herb fait figure d'ovni. Pourquoi, me direz-vous ? Bah, le gars est tout blanc, tout blondin – correct quoi - et évolue au milieu d'une bande de négros tous vilains, de quoi donner des palpitations à tout membre du klu klux klan qui se respecte. Il a donc beaucoup fait pour l'intégration et l'égalité des races en musique. On retrouve donc logiquement sur ce premier opus la totalité des membres qui accompagnent PETERSON, dont le grand Oscar en personne. Harry "Sweets" Edison à la trompette, Charlie Mariano et Jimmy Guiffrie au saxophone partagent bien souvent l'affiche avec le leader de ce disque, PETERSON se contentant de quelques solos sans ostentation.

D'ailleurs, Oscar introduit l'album par la composition d'Herb "SweetHeart Blues" qui sonne "cool" plus que "hard". C'est gai, enjoué et "facile", même si nous sommes bien loin de l'easy listening. Herb a inclus dans ce premier opus trois de ses compositions. "Pogo", qui en impose par son ton moderne, est une espèce de jam drivée par la batterie véloce de Alvin Stoller. Quelle rapidité dans l'exécution du morceau ! Personne n'est à la traîne. Quant à "Ellis In Wonderland", elle jouxte par instant des éléments de fusion presque rock. Quelle modernité et quelle démonstration ! Ce titre est un véritable tour de force, à l'heure de l'analyse du solo. On y perçoit même les influences pop et folk du musicien, les cuivres servant d'écrin à la guitare. C'est beau et presque émouvant pour un guitariste ! Le top de ce disque.

La "Somebody Loves Me" de George GERSHWIN passe à la moulinette swing avec une gratte qui prend le pouvoir avec une évidente volonté d'en découdre. L'instrument vit ici ses premiers vrais instants de gloire. Le niveau d'Herb est déjà céleste, de quoi foutre une raclée en matière technique à tous les guitaristes de la planète d'alors. Ce qui n'a guère changé puisque, à part quelques-uns de ses comparses tels Barney KESSEL ou Charlie BYRD, personne n'est capable de faire sonner son instrument aussi clairement dans le monde du rock ni de développer une telle technique. "Have You Met Miss Jones" date de 1937. Elle a déjà près de vingt ans, mais ce n'est pas une raison pour la passer à la trappe. Le standard se laisse apprivoiser aisément, et avec une guitare pour meneuse la voilà sous des atours bien originaux. Du sweeping à tous les étages, et en son clair s'il vous plait, les cuivres dispensant une bonne humeur de fort bon aloi.

Oscar PETERSON mène son petit monde sur "A Simple Tune" comme si on n'avait pas su donner un nom à ce morceau du saxophoniste Jimmy Guiffrie, une vraie petite perle de coolitude. Herb lui offre un solo magnifique d'aisance. "Somebody Loves Me" nous fait rentrer de plein pied dans une démonstration de cool à la guitare, une des premières du genre. Avant de découvrir ELLIS, je ne pensais pas qu'un tel niveau avait été atteint dans les fifties. Comme quoi, on n'a pas inventé grand-chose par la suite. La "Detour Ahead" du violoniste Johnny FRIGO a aussi droit à une petite adaptation très cool. Du Jazz d'en dessous des étoiles, de la volupté et une douceur chaude et amoureuse.

Bref, au risque de me répéter, voilà du cool dans le texte, à tous les niveaux et malgré la date. Tout ici fourmille d'idées lumineuses et avant-gardistes. Bien évidemment, ce disque n'a d'autre but que de promouvoir la guitare solo, jusqu'ici cantonnée à un rôle secondaire. Seul Chet ATKINS a un peu joué ce rôle dans le monde du rock. Il s'agit donc des premiers essais de guitare solo moderne. De ce point de vue, le disque est historique car il est, avec Barney KESSEL, le premier à avoir positionné la guitare au centre des débats aux Etats-unis. Django REINHARDT restant le premier à l'avoir fait au sein du Quintette du Hot club de France dès les années 30.
Un indispensable pour tous les amoureux de guitare et de jazz cool.

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   ERWIN

 
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- Herb Ellis (guitare)
- Oscarpeterson (piano)
- Ray Brown (contrebasse)
- Harry Edison (trompette)
- Charlie Mariano (saxophone)
- Jimmy Giuffrie (saxophone)
- Alvin Stoller'batterie)


1. Sweet Heart Blues
2. Somebody Loves Me
3. It Could Happen To You
4. Pogo
5. Detour Ahead
6. Ellis In Wonderland
7. Have You Met Miss Jones ?
8. A Simple Tune



             



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