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FIXED UP - Vital Hours (1987)
Par LE KINGBEE le 5 Septembre 2020          Consultée 113 fois

Si l’on se penche historiquement sur le Rock en France depuis le début des sixties, c’est bel et bien une immense étendue désertique à laquelle on est confronté. Loin de moi l’idée de tirer à boulets rouges sur les groupes de Rock hexagonaux, bien souvent le manque de succès de ces nombreuses formations incombent aux erreurs de maisons de disques et de boites de production ne pensant qu’à une seule chose : la rentabilité au détriment de l’art en lui-même. Passons outre, nos braves stations de radios qui nous ressassent à longueurs de journées les mêmes daubes et toujours la même cinquantaine d’artistes.

Pourtant quelque soit le registre, nous avons eu quelques groupes qui tenaient la route, mais il s’agissait bien souvent de groupes météorites, quasi éphémères qui faute de passages radiophoniques et télévisuels ne pourront guère subsister. Ces quelques lignes ne sont pas issues d’un esprit aigri, nostalgique ou tout simplement vieux, bête et gratuitement méchant, mais d’un constat honnête. Ne nous oublions pas non plus, dans cette équation, le public gaulois et les journalistes (parfois aux égos démesurés) sont eux aussi partie prenante de cette immense désert. Alors oui, certains groupes ont pu à un moment donné tiré leur épingle du jeu, une mince aiguille qui n’aura finalement piqué que les publics français, belges et suisses. Quand on se penche froidement sur l’histoire du Rock en France, c’est encore le nom de feu HALLYDAY qui revient en première ligne.

Ne noircissons pas le tableau plus que nécessaire, certaines formations auraient mérité une plus grande reconnaissance. Chronologiquement et quelque soit le registre, Ronnie Bird, ANGE, TRIANGLE, MAGMA, GONG demeurent les meilleures valeurs du Rock français. Durant la fin des années 70 et durant la décennie 80, de nombreux combo auraient pu percer durablement si les radios avaient joué le jeu et ne s’étaient pas contenter de nous repasser les sempiternels TELEPHONE, BALAVOINE ou INDOCHINE.♠ Quelques petits groupes de Rock et de Rock Alternatif ou Underground émergeront le temps d’un ou deux albums. Mais bien souvent, nos grands programmateurs des télés, radios et festivals n’auront en tête qu’une tripotée d’artistes se résumant à une trentaine de noms, ainsi qu’aux auteurs de tubes du moment qu’on oubliera aussi vite qu’ils étaient apparus.

Il suffit de se remémorer de combien de passage télé les DOGS de Rouen, LITTLE BOB STORY, THIEFAINE, SHAKIN STREET, The THUGS ou TRUST pourront se prévaloir. Des miettes par rapport à RITA MITSOUKO, TELEPHONE, HALLYDAY ou autres géants de la variétoche à la française. Le phénomène est identique au Rock N Roll, alors que certaines formations de Rockabilly sévissent depuis quelques années, les chants devenant de plus en plus crédibles, ce sont les Forbans que les ondes et la télé nous refourguent à longueur d’année. Le phénomène est identique en Blues ; aujourd’hui les groupes AWEK, MERCY, FLYING SAUCERS GUMBO SPECIAL rivalisent amplement avec les meilleurs ensembles américains, qu’ils soient noirs ou blancs. Mais on ne verra jamais ces gens là chez Drucker, trop heureux de nous lobotomiser le crâne avec Obispo, Zazie, Pagny et consorts.

Le Garage, parfois appelé Rock Garage, n’échappe bien sûr pas à cette règle. Sauf que pour le coup, FIXED UP nous délivrera en 1987 un album d’enfer avec Vital Hours. Un disque n’ayant rien à envier aux grands disques de Garage américains ou anglais. Sylvain Picot et le guitariste François Lebas font leurs gammes au sein de Teenage Riot ⃰. Les deux musiciens s’adjoignent les services du bassiste Mephisto et la formation se transforme en trio sous le nom de FIXED UP. Le nom du combo est un clin d’œil à un titre des Outsiders⃰ ⃰, groupe de Wimbledon, figurant dans l’album Close Up édité par Raw Edge.

Pendant une demie-décennie FIXED UP va écumer les scènes underground du pays et mettre souvent la pâtée aux nombreuses formations prenant leur relai. Peu bavards et guère adeptes des sunlights et des divers passeurs de pommades les normands enregistrent deux singles en 1983 et 84 sous la bannière de Sonics Records, label havrais de Stéphane Saunier. Le trio passe à la vitesse supérieure fin 84 en signant avec Closer Records autre label havrais. L’éponyme Fixed Up, enregistré au Flame Studios de Londres par Larry Wallis, guitariste de PINK FAIRIES, apparaît dans les bacs début 85. Les normands viennent de lancer un vrai pavé dans la marre avec 12 brûlots oscillant entre Garage, Pub Rock et diverses influences R&B. Les compositions de Vincent Burger sont de véritables feux d’artifice agrémentés par une poignée de reprises imparables (John Lee HOOKER, Wilson PICKETT, The Easybeats). C’est simple leur version de "Good Time" relègue à des années lumières celles d’INXS, The Mott ou des Schocking Blue. Rien à voir, on n’est plus sur la même planète.

Quelques petits passages à la télé, souvent sur des chaines régionales, de préférence à des heures tardives. Quelques présences dans des émissions Rock tardives que personne ne regarde, des concerts de folie en Angleterre, en France, en Belgique et au Portugal, mais pas un mot dans les diverses émissions culturelles ou dans les journaux télévisés de Masure, Cubadda, Bilalian ou Bourret. En 1987, alors qu’une foule de sourdingues s’engouffrent dans "Joe le Taxi" (PARADIS), que les noceurs se frottent sur le "Kolé Séré" du duo LAVIL/BEROARD ou viennent baver sur Guesch Patti et son "Etienne", FIXED UP part en Australie enregistrer un second disque. Il aura fallu que certains amateurs de Rock mettent la main à la poche en participant à des concerts de soutien pour que le groupe puisse partir à l’autre bout de la terre. Aussi surprenant que cela puisse paraître, pas un seul producteur français, pas une seule major n’osera tenter le coup, les labels du moment préférant surfer sur le "Babacar" de France Gall ou les "Sans Contrefaçon" de Mylène FARMER.♠♠

Enregistré à Sidney sous la houlette de Jim Dickson (ex Barracudas, RADIO BIRDMAN) et de son compère Rob Younger (RADIO BIRDMAN, New Christs) "Vital Hours" se veut encore une fois comme un hommage appuyé aux Outsiders, le titre du disque reprenant le nom du premier titre de "Close Up". Le trio nous délivre ici pas moins de dix originaux issus de la plume de Vincent Burger. Les textes sont à la mesure des tempos : rapides, efficaces, robustes et plein de rage.
D’emblée "Purple Flashes" nous plonge dans une ambiance surexcitée, comme si le homard havrais avait été nourri aux hormones et au speed. La guitare acérée balance de bons et gros riffs bien soutenus par une rythmique plein de vitamines. Un gros titre de Garage Punky ! A l’écoute de "What The News Today ?", on a l’impression que les trois normands jouent comme s’ils étaient sur scène. Là, la guitare enrobe le titre d’un riff ensorceleur, gorgé de distorsion, c’est rapide, rageur et terriblement efficace. "Between Her Hands" tient autant des DAMNED que des SAINTS, de RADIO BIRDMAN ou des Thugs, leurs voisins angevins. "Speed Ahead" avec des baguettes percutantes et ses riffs entre Punk et Garage passe la surmultipliée. Là l’ombre des DICTATORS ou des BUZZCOCKS semble planer. Si le chant prend une dimension légèrement hardcore sur "The Limit Of A Legend", le morceau est agrémenté par l’apparition d’une section cuivre locale avec comme résultat un son qui s’américanise. Les cuivres sont encore sur "One Night Stand", un Pub Rock teinté de quelques fragrances de R&B. "Have You Ever Felt The Creeping Fear" se dévoile comme un maelström entre The SAINTS et les DOGS. L’énergique "Red Hot" ▪ évoque GENERATION X, avant qu’Idol ne prenne le melon. Le disque se clôt avec "Teenage Power", un titre qui n’est pas sans rappeler les intonations et le rythme d’EDDIE & The HOT RODS.

Deux reprises viennent agrémenter les dix originaux. Preuve d’une énergie à toute épreuve, le trio reprend l’obscur "In My Love For You", titre Punky des anglais de Satan’s Rats (futur Photos). Contrairement à l’original braillard et résolument Punk, la basse apporte une sonorité plus groovy et si le chant est toujours aussi rageur on ressent en arrière fond toutes les influences R&B et Pub Rock emmagasinées par le combo. Seconde reprise avec "Physical World", une compo d’Adrian Borland leader de The SOUND. Si plusieurs versions feront leurs apparitions suite au suicide de Borland en 99, la reprise du trio s’inspire plus de la version single de 79 éditée par Tortch Records, la basse étant encore une fois bien présente et plus ronde.

Ce Vital Hours au titre malheureusement prémonitoire ne connaitra qu’un succès d’estime, malgré sa sincérité et son dynamisme. Le répertoire personnel va à l’essentiel, les titres ne s’éternisent pas pour se perdre en route, seuls cinq plages dépassent les 3 minutes en termes de durée. On peut s’étonner que le label New Rose ne se soit pas occupé à l’époque du trio normand. A l’écoute du disque, on pourrait se croire revenus en arrière quand les normands ouvraient lors d’un concert de Wilko JOHNSON. Une production efficace qui ne cherche pas midi à quatorze heures, une énergie rare, un peps alliant tous les avantages du Garage, du Pub Rock et du Punk, un répertoire cohérent et crédible font de ce disque un objet injustement mésestimé. L’album sera édité en Australie par le label Citadel (avec une pochette différente, à la INMATES), en Espagne via Grabaciones Accidentales, le micro label de Paco Trinidad et enfin en Grèce via Penguin Records.

En 2018, le label Nineteen Something, filiale de Slow Death, a publié "Who Is Innocent", une compilation de 16 titres regroupant des titres Live et des faces issues des singles. En 1988, FIXED UP jettera l’éponge devant le manque de succès et des ventes mineures. François Lebas se produira ensuite au sein de Backsliders, Double Shot, Asphalt Tuaregs et joue en ce moment au sein de François Premiers.

Un disque qui vaut un bon 4,5 rien que pour l’époustouflant "What The News Today ?" et le dévastateur "Purple Flashes". Pour résumer une pincée de SAINTS et de RADIO BIRDMAN, quelques gouttes de DOGS et de Thugs, un zeste d’Outsiders, de DICTATORS et de GEN X.

⃰ Aucun lien avec le groupe allemand Atari Teenage Riot.
⃰ ⃰ Plusieurs formations portent ce nom : une en Amérique, une seconde en Allemagne, une troisième en Irlande.
♠ Je n’ai rien à titre personnel contre ces artistes, ce sont justes des exemples clés et chiffrés.
♠ ♠ Même chose, même si la regrettée France Gall est souvent citée dans mes chroniques.
▪ Il s’agit d’un titre homonyme à celui de Billy « The Kid » Emerson, popularisé par Billy Riley, et à celui des hardos de Mötley Crue.

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   LE KINGBEE

 
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- François Lebas (chant, guitare)
- Sylvain Picot (batterie)
- Mephisto (basse)
- Kathy Wemyss (saxophone)
- Diane Spence (saxophone)
- Wayne Freer (saxophone, trombone)


1. Purple Flashes
2. My Love For You
3. What's The News Today?
4. Between Her Hands
5. Speed Ahead 3
6. The Limit Of A Legend
7. One Night Stand
8. Taste Of Love
9. Physical World
10. Have You Ever Felt The Creeping Fear
11. Red Hot
12. Teenage Power



             



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