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- Style + Membre : Faust Vs Dälek

DäLEK - Untitled (2010)
Par K-ZEN le 17 Octobre 2020          Consultée 101 fois

Avant toute chose, c’est la forme qui interpelle. Sans doute aussi étrange que ce choix de ma part de continuer d’aborder le cas DÄLEK (prononcez daille-euh-lek) avec cette sortie. Je me range aux côtés du rappeur américain et de son goût pour l’expérimentation ainsi que du croisement des genres qui l’ont consacré en 2005 avec Absence, excellente carte de visite de ce hip-hop hybride qui n’hésite pas à se teinter de nappes bruitistes ou industrielles – album qui viendra sans nul doute sur le site par la suite.

En 2010, la composition se matérialise en une unique piste anonyme. Même pas un E.P mais un véritable album studio qui pourrait bien être totalement décisif dans la carrière de DÄLEK car poussant son aspect abstrait et délétère dans ses ultimes retranchements.

La plaque débute par une pulsation électronique. On se croirait presque transporté en 1968 lorsque PINK FLOYD exaltait sa recherche d’ambiance dans Saucerful Of Secrets. L’ombre du mythique groupe britannique ne nous quittera pas tout au long de ces 45 minutes, prenant tour-à-tour diverses formes.

Ici tout est affaire d’alternance. D’abstraction. De symétricité. La rue est belle et bien là mais sous un profil différent. On ne la distingue plus derrière ce rideau de fumée, derrière ces gravas, derrière toute cette désolation. Une lumière filtre pourtant à travers ce ravage. Un faible réverbère, puisant dans ses ressources, n’ayant pas (a)perçu la lourde chute du poteau électrique qui l’alimente. Une veilleuse. La réinvention est nécessaire. Redéfinir tous ces concepts que l’on croyait innés. Inhérents.

« Maintenu à l’isolement… ». MC DÄLEK ne s’est pas absenté. Il s’est tenu à l’écart volontairement. Pour gérer son souffle, ses interventions. Car oui, il y a du hip-hop ici aussi mais il est diffus. Il n’a jamais été aussi difficile à cerner. C’est presque du spoken word à ce niveau-là. Cerné par ce vide, ces nappes de bruit, ces effluves industrielles, ces machines qui ne dorment jamais.

Dans l’arrière-plan, une guitare acoustique tente de se faire une place. Des accords sont posés, des notes sont timidement jouées. PINK FLOYD fait son retour, celui du power-trio de 1994, qui s’éveillait sur "Cluster One", bucolique, mélancolique. Parfois boursouflé, peut-être un peu trop âgé. « Je me sens si vieux ». Plus loin, une première référence à la religion. « Avons-nous passé tant de temps à genoux que nous ne savons plus marcher ? ». Face au vide, impossible de se relever. Comme engourdi, tétanisé et à la fois inexplicablement attiré. En contrôle. A la limite de la désintégration comme ces atomes qui n’ont rien demandé à personne et qui se font exploser la tronche sans raison aucune apparente. On fait le point. L’oubli est central. On s’y abandonne. « Nous choisissons quel cauchemar oublier, quels mensonges se remémorer. C’est tellement facile d’oublier qui tu es ». MC DÄLEK se tait.

4 visages réapparaissent, au milieu des corbeaux et de leurs Echos. Le vent se met à souffler, la tempête se lève. Tout se déforme. Une guitare électrique et une basse vrombissante endossent le rôle de l’orage.

« Maintenu à l’isolement ». Le couplet revient. De la prose distordue ou simplement chuchotée. Les voix sont légions. C’est au tour d’un tabla de faire son apparition. La recette a déjà été éprouvée, on la rapplique. Post-rock, indus, ambient, on ne sait à quel saint se vouer. Au cœur de l’œil du cyclone, vient une accalmie au piano. Puis une agression à coup de guitare électrique et de batterie pour le moment le plus intense qui rappelle presque SONIC YOUTH. Le rap devient hardcore punk et instrument d’épouvante. La nuit nous enveloppe.

Par pure symétrie, le drone initial s’en revient. Et ce durant les 12 dernières minutes. Une fin absolument stratosphérique. Impersonnelle, déstabilisante, maussade. Banjo et guitare se rendent la pareille à la manière de deux animaux affamés dans un champ de ruine, faisant claquer leurs cordes dans un ultime et momentané instant de raison. Des voix inaudibles baragouinent, inhumaines, échappées d’un poste de radio à l’abandon. L’attente sera-t-elle vaine ? Au bout de ce couloir, finissent par arriver ces fragments de texte finaux. Morbides et tardifs. Comme une apostrophe à Dieu. Une incommunicabilité. Un reproche. Un désaveu. Un nœud de corde qui, lentement, se forme. « Si je croyais en toi, je ne serrerais ces mains que dans le but de te choquer. Provoqué à parler dans le strict silence. Pourquoi mâcher nos mots quand nous préférons tous les deux la violence ? ».

En parfait écho, on songe à cette phrase du Cercle Rouge, pièce maîtresse de l’œuvre de Jean-Pierre Melville, une phrase lâchée par l’inspecteur général des services au commissaire Mattéi. « Les hommes sont coupables. Ils viennent au monde innocents, mais ça ne dure pas ». La phrase revient plus tard, implicite piqûre de rappel, pour ce que sont les derniers mots prononcés du film. « Tous les hommes, monsieur Mattéi ». Comme une sentence. Il n’y a plus d’inspecteurs, de commissaires ou de criminels. Seulement des hommes. Mis à nu. A présent, les ombres de PINK FLOYD ont tout à fait disparu. Le commissaire Mattéi, alias André Bourvil tel qu’il apparaît dans la distribution, s’enfonce dans la nuit.

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