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POP PROGRESSIVE  |  STUDIO

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Todd RUNDGREN - A Wizard, A True Star (1973)
Par ONCLE VIANDE le 23 Août 2007          Consultée 5717 fois

La pop music regorge de trésors enfouis que le grand public, peu enclin aux choses de l’archéologie, ignore superbement se privant ainsi de certains vertiges.
« A wizard a true star » est un voyage supersonique. Un aller dans les méandres du Sunset Boulevard, une course urgente et futuriste qui rappelle les « Rivmic melodies » et leur suite fragmentée. Un retour qui perd un peu le feel pour y gagner en âme, avec une escale du coté de la Tamla Motown et le medley le plus fondant de l’histoire : quatre reprises fécondées par la semence pop, une soul blanche humide et classieuse.
Alors que la vague progressive tourne le dos au canon pop, « A wizard, a true star » en retrouve l’essence. Il compte parmi les disques qui perpétuent la tradition et non qui s’en écartent, et ce malgré les moyens modernistes qu’il met en oeuvre. En 1973, Todd Rundgren dispose de la puissance de feu qui manquait aux groupes sixties : les ressources studio (électronique, techniques de production), l’emphase instrumentale (sophistication des arrangements, compétence des musiciens), et l’élan « progressif » du moment, avec son revers de médaille. « A wizard a true star » fait preuve d’une ambivalence séduisante : il utilise le passé comme matière (le fond) qu’il refaçonne avec les moyens de son époque (la forme). Rundgren y retrouve l’art de la mélodie, l’art de la concision, l’art de la chanson tout simplement ; une science primitive réintroduite de façon furieuse et conquérante par le luxe et l’énergie. Une pop transfigurée.
L’autre prodige du disque réside dans sa capacité à réconcilier les deux côtés de l’Atlantique. Un rock universel qui provient autant de Los Angeles que de Liverpool et transcende le clivage « Pet sounds » / « Sgt Pepper’s ». Un patrimoine assimilé, digéré, puis dépassé par une écriture à la parfaite mixité.
« A wizard a true star » est à la croisée des chemins et prouve la continuité du rock par delà les ruptures apparentes. Il emprunte autant à la décennie précédente (la perfection pop, la folie psychédélique) qu’il anticipe la prochaine (l’urgence punk, l’élégance new wave). Tourné vers le passé (la synthèse) et vers l’avenir (l’innovation), Rundgren est un visionnaire doué de mémoire, et son disque un hommage en forme de prophétie.
« A wizard a true star » est un émerveillement. On l’écoute avec des oreilles d’enfant, à la fois vaincus (on avait juré d’y résister) et victorieux (le temps est aboli). Juste une victoire, mais quelle victoire : cinquante six minutes gommées du plan terrestre par un défilement accéléré d’images, de scènes ou de visions introspectives. Todd Rundgren dépeint un univers mental en perpétuel basculement, un mélange de candeur et de perversion, confrontations fantasques et dérangeantes où l’innocence enfantine côtoie le désir, la douce folie et le romantisme échevelé.
Le petit frère romantique de Frank Zappa signe là son chef oeuvre et ne manque pas d’y rendre hommage ou d’y moquer le maître (« dogfight giggle », « flamingo »), tout en lui empruntant son goût pour la surcharge. Foisonnant et bariolé, maniant l’art du clin d’œil et de l’allégorie, l’artwork mérite un examen attentif pour livrer ses secrets ; à Dada entre Dalí et Magritte, avec ses symboles en trompe l’oreille, ses permutations sensorielles, ses niveaux de consciences supérieurs (la troisième oreille) et son obsession pour les géométries impossibles, en trompe l’œil cette fois-ci.
« A wizard a true star » frappe par sa densité. C’est un festival pyrotechnique où les déflagrations se succèdent à un rythme effréné, un rock en mouvement qui semble ne vouloir jamais, jamais atterrir. Il frappe aussi par ses fulgurances mélodiques et s’offre le luxe de concilier sophistication et efficacité. La forme qui se voulait flamboyante et explosive atteint toujours son but aujourd’hui. Son foisonnement sonore, ses couleurs futuristes, ses audaces techniques (boites à rythmes, mixage de la batterie, nappes électroniques), ses lignes fugaces et fluorescences ; multitude, variété, vitesse, puissance.
Todd Rundgren est en état de grâce, et si le reste de sa discographie compte d’authentiques réussites, il ne retrouvera plus cet état créatif miraculeux, seul ou avec Utopia. On pourra reprocher à l’album certains procédés démonstratifs, et à Rundgren son adhésion tardive à un courant au bord du déclin, mais son essence est ailleurs. L’homme est à l’image de son disque : une créature mutante, un personnage de science fiction, tour à tour crooner, super hero, homme orchestre, punk, star glam, song writer, dandy androgyne et magicien…l’alpha et l’omega d’une décennie excessive, outrageuse, sûre d’elle, avec ses phares et ses fards, mais au-delà, comme un irrésistible rayonnement de joie, d’harmonie et de grâce. Une heure d’amour. Un disque solaire.

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   ONCLE VIANDE

 
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- Michael Brecker (trompette)
- Randy Brecker (trompette)
- Rick Derringer (guitare)
- Mark Klingman (claviers)
- M. Frog Labat (synthétiseur)
- Barry Rogers (trombone)
- Todd Rundgren (guitare, chant)
- David Sanborn (saxophone)
- Ralph Schuckett (basse)
- John Siegler (basse, violoncelle)
- John Siomos (batterie)


1. International Feel
2. Never Never Land
3. Tic Tic Tic, It Wears Off
4. You Need Your Head
5. Rock & Roll Pussy
6. Dogfight Giggle
7. You Don't Have To Camp Around
8. Flamingo
9. Zen Archer
10. Just Another Onionhead [da Da Dali]
11. When The Shit Hits The Fan [sunset Blvd.]
12. Le Feel Internacionale
13. Sometimes I Don't Know What To Feel
14. Does Anybody Love You?
15. Medley :
- i'm So Proud
- ooh Baby Baby
- la La Means I Love You
- cool Jerk
16. Hungry For Love
17. I Don't Want To Tie You Down
18. Is It My Name?
19. Just One Victory



             



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