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- Style : Sergueï Prokofiev , Dimitri Chostakovitch

Alexandre MOSSOLOV - Concerto Pour Piano N°1 (schleiermacher) (1927)
Par SASKATCHEWAN le 27 Août 2021          Consultée 662 fois

Même l’oubli a ses reflux. Les oubliettes de l’Histoire sont un endroit dont on ressort parfois. Alexandre MOSSOLOV y avait été poussé par une main malveillante dans les années 1930. L’art soviétique prenait alors le tournant du réalisme socialiste et les thuriféraires du régime rejetaient en bloc l’avant-garde, jusqu’alors fidèle alliée de la Révolution. MOSSOLOV était un bolchevique convaincu, un ancien combattant de la guerre civile pour qui la radicalité du nouveau pouvoir devait aussi balayer la musique de l’ancien monde. On cessa d’abord de jouer ses œuvres, puis on l’enferma, récital bien connu de ces années de répression. Il survécut et tenta maladroitement de suivre la nouvelle ligne officielle en s’inspirant des traditions musicales des différents peuples d’URSS. Cela n’intéressa personne, évidemment.

À la faveur de la perestroïka, les Soviétiques se penchèrent de nouveau sur ces bouillonnantes années 20. MOSSOLOV ne vit pas ce regain d’enthousiasme pour son œuvre de jeunesse, puisqu’il était mort en 1973 à Moscou dans un relatif anonymat. Une œuvre en particulier refit surface, la courte pièce "Les Fonderies d’acier"*, tirée du ballet L’Acier (1927). Depuis, elle est régulièrement jouée ; même METALLICA s’est fendu d’une reprise sur son dernier album avec l’orchestre symphonique de San Francisco. Ce qui était à la pointe de l’avant-garde en 1927 semble aujourd’hui tout à fait inoffensif : cette courte pièce martiale rappelle les thèmes utilisés dans les blockbusters américains pour signaler l’apparition du méchant. Il est d’ailleurs amusant de constater que cette bande-son de l’industrie triomphante est absolument cauchemardesque.

Le Concerto pour piano n°1, également composé en 1927, exploite la même veine. La musique se fait mécanique, percutante, déstructurée. MOSSOLOV compose à rebours de ses illustres aînées, sciemment. Nul thème mémorable ici, tout est noyé dans un fracas sonore où les instruments de l’orchestre se percutent plus qu’ils ne jouent ensemble. Le piano est très en retrait, souvent noyé dans les hurlements des cuivres. Ce magma rappelle les expériences de PROKOFIEV et CHOSTAKOVITCH sur leur deuxième symphonie respective.

L’introduction du concerto laissait pourtant entrevoir des développement un peu plus subtils. Une menace sourde semblait se tapir dans les premiers instants de ce bien nommé "Andante lugubre". La tentation de la pétarade était hélas trop forte. Imaginez les premières mesures du Prélude à l’après-midi d’un faune soudain interrompues par une fanfare. CHOSTAKOVITCH utilise souvent ce genre d’irruption abrupte des cuivres à des fins humoristiques, MOSSOLOV, lui, en abuse le plus sérieusement du monde.

Le bal grimaçant se poursuit sur le "Tema con concertini", où l’on a bien du mal à identifier le thème en question. Chaque groupe d’instruments dialogue tout à tour avec l’ensemble de l’orchestre, sans jamais dissiper cette impression tenace de cacophonie infernale. Le piano voudrait bien s’immiscer dans ce capharnaüm pour apporter un peu de contraste, mais il est inévitablement balourd, emprunté. Le dernier mouvement est un peu moins pataud, certains passages rapides font presque illusion. Il n’en reste pas moins que la relation soliste-orchestre est complètement bancale, un défaut rédhibitoire pour un concerto.

Le Concerto pour piano n°1 d’Alexandre MOSSOLOV offre un aperçu assez fidèle de tout un pan de l’avant-garde musicale soviétique. Difficile néanmoins de le considérer autrement que comme un document d’époque. C’est le témoin d’un moment charnière dans l’évolution de l’art en Union soviétique, un plaisir d’historien plus que de mélomane.


* "Les Fonderies d’acier" est une traduction très libre du titre russe "Zavod", ce qui signifie tout simplement "usine".


Fiche Concerto pour piano n°1
Date de composition : 1927
Date d’enregistrement : 2014 à Berlin par Steffen Schleiermacher et l’orchestre symphonique de la radio de Berlin dirigé par Johannes Kalitzke
Références du disque : Alexander Mosolov, Iron Foundry, Piano Concerto No. 1, Digital Capriccio, 2015

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- Alexandre Mossolov (compositeur)
- Steffen Schleiermacher (piano)
- Johannes Kalitzke (chef d'orchestre)
- Orchestre Symphonique De La Radio De Ber


1. Andante Lugubre (lento)
2. Tema Con Concertini (lento Sostenuto)
3. Allegro. Molto Marcato



             



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