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BANDE ORIGINALE DE FILM - L'insoutenable Légèreté De L'être (1988)
Par SASKATCHEWAN le 8 Août 2020          Consultée 358 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Un très mauvais film accompagné d’une excellente bande originale, c’est au fond quelque chose d’assez rare. Quand un réalisateur commet un navet, la musique est au mieux le cadet de ses soucis, au pire la cerise mangée par les vers sur la pâtisserie premier prix de chez Intermarfour. L’adaptation à l’écran du roman de Milan Kundera, l’Insoutenable légèreté de l’être, réalisée par Philip Kaufman en 1988, est l’un de ces cas uniques. Sur le plan cinématographique, tout est mauvais : le triangle amoureux du roman est prétexte à un mauvais mélodrame digne des sagas familiales qui passaient l’après-midi sur la 6. Daniel Day-Lewis appuie chaque réplique d’un drôle de regard torve et les autres acteurs sont affublés d’un accent est-européen de pacotille à faire rougir un méchant de James Bond. Le plus amusant, c’est que Juliette Binoche et Clovis Cornillac (mais si !), tous les deux au casting pour leur première expérience internationale, sont eux aussi obligés de masquer leur accent français en roulant les r. Le tout dans un Prague en carton-pâte, puisque le film a été tourné presque entièrement en France. On ne saurait reprocher ce dernier défaut à Kaufman : en 1988, la République tchèque n’était pas encore à l’époque le studio bon marché pour blockbusters hollywoodiens qu’elle est devenue depuis, pour des raisons géopolitiques évidentes. Au-dessus de ce naufrage, la musique plane, légère, oiseau de réconfort pour spectateur naufragé.

Que s’est-il passé ? Eh bien Milan Kundera s’en est mêlé. L’écrivain, consultant sur le film, a suggéré au réalisateur d’utiliser la musique de Leoš JANACEK (prononcez « Lèoch Yanaaatchèk »), qui était l’un des compositeurs préférés de son père, musicien professionnel de son état. C’est essentiellement la musique de chambre de JANACEK qui a servi pour le film, conférant un supplément d’âme à une fresque autrement ratée. Néanmoins, deux compositions ne sont pas l’œuvre du compositeur morave : "Joj, joj, joj", une chanson traditionnelle, et une reprise en tchèque de "Hey Jude" interprétée par Marta Kubišová.*1

Pour le reste, c’est la musique de JANACEK qui est à l’honneur, à la fois discrète et essentielle, épousant les contours du scénario comme si elle avait été composée sur commande. Les pièces pour piano, tirées du cycle "Sur un sentier recouvert"*² et "Dans les brumes" donnent une bonne idée du talent de mélodiste du compositeur. Les thèmes, inspirés par la musique traditionnelle morave, sont chargés d’émotion, à la fois fragiles et éclatants. On est à la charnière des XIXe et XXe siècles, aussi certains passages sont relevés de quelques dissonances.

Dans la Tchécoslovaquie sous domination soviétique, cette musique était peu en cour. Le pouvoir lui reprochait son passéisme rétrograde et son formalisme petit-bourgeois dans un méli-mélo d’accusations paradoxales, bien que JANACEK eût puisé son inspiration dans la littérature russe. La bande originale en donne deux beaux exemples avec Le Conte, une pièce sublime pour piano et violoncelle qui répond à un poème de Joukovski, et le quatuor à cordes n°1, évocation musicale de La Sonate à Kreutzer de Tolstoï. Ce dernier morceau est d’ailleurs stupéfiant de modernisme : les plaintes torturées du violon annoncent la musique de chambre désespérée de BARTOK ou de CHOSTAKOVITCH. Le grand compositeur soviétique a d’ailleurs rendu hommage au talent de son confrère tchèque en citant un de ses thèmes dans le concerto pour violoncelle n°1.

L’album s’achève sur un extrait d’ "Idylle", une suite pour orchestre de cordes composée en 1888 qui fait écho au mot fétiche de Tereza dans le roman et aux scènes à la campagne. Le thème principal, superbe, aérien, offre une conclusion idéale à cet album pensé de bout en bout pour faire découvrir l’œuvre de Leoš JANACEK. Je ne peux m’empêcher de penser que mis face à l’impossibilité artistique de mettre en image son roman phare, Kundera a fait en sorte qu’un autre morceau de culture tchèque soit transmis par l’adaptation de l’Insoutenable légèreté de l’être. On ne peut que l’en remercier.


*1 Marta Kubišová est une chanteuse très connue en République tchèque, sa chanson "Modlitba pro Martu" ("Une prière pour Marta") étant l’un des symboles du Printemps de Prague (1968) et de la révolution de Velours (1989).
*² J’ai choisi de donner tous les titres en français, conformément à l’usage pour la musique classique. Il va sans dire que le titre original des morceaux est en tchèque et que la B.O. porte le titre anglais du film, The Unbearable Lightness of Being.

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1. Le Conte, Iii. Allegro
2. La Vierge De Frydek
3. Dans Les Brumes, Ii. Molto Adagio
4. Hey Jude
5. Joj, Joj, Joj
6. Quatuor à Cordes N°2, Iv. Allegro
7. Sonate Pour Violon Et Piano, Iv. Adagio
8. La Chevêche Ne S'est Pas Envolée
9. Sur Un Sentier Recouvert, Cahier 2
10. Quatuor à Cordes N°1, Iii.
11. Une Feuille Emportée
12. Bonne Nuit
13. Idylle, V. Adagio



             



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