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1982 Erebus
 

- Style : Tangerine Dream
- Membre : Heldon

ZADRI & MO - Erebus (1982)
Par NANAR le 3 Mai 2024          Consultée 175 fois

Il m’a toujours semblé étrange et pour le moins dommage qu’un album aussi singulier que Erebus, et par extension Stéphane Zadri et Julien Mo, restent ainsi dans l’ombre, sans la moindre réédition, sans même ne serait-ce qu’une biographie ou une interview.
Pour commencer, ce projet voit la participation du batteur François Auger, dont le phrasé rythmique caractéristique rattache immanquablement Erebus à la sphère HELDON. François Auger a par ailleurs participé à quelques albums solo de Richard PINHAS, à des side-projects de Hervé Picart (Adonia, 1978), Georges GRÜNBLATT (K-Priss, 1977/1980) ou Patrick GAUTHIER (Bébé Godzilla, 1981), mais a aussi officié sur de nombreux albums de variété ou de chanson française (Catherine LARA, Claude NOUGARO, Gérard MANSET, Jeanne-Marie SENS…). Parmi ses participations dans les musiques progressives, nous trouvons donc cet unique album de Stéphane Zadri et Julien Mo, deux musiciens restant fort méconnus et pour cause, il s’agit pratiquement de leur unique apparition discographique. Stéphane Zadri aurait réalisé quelques bandes originales mais impossible pour ma part d’en retrouver la trace.

Erebus est un album de musique électronique mélodique certes marqué par son époque. Le son cru aux premières secondes de "Célia" peut faire peur mais la suite nous rassure en montrant d’emblée la marque de fabrique de cet album, caractérisée par la prédominance des leads, du séquençage parfois polyphonique englobant la ligne de basse, et donc d’une batterie syncopée. Les basse, effets sonores et nappes électroniques sont en retrait. Musicalement, ZADRI & Mo évitent le piège des suites d’accords faciles, des mélodies en mode mineur, régulièrement doublées à la tierce, et des nappes de cordes électroniques planantes à gogo, que Jean-Michel JARRE, aussi réussis soient ses premiers albums, a malheureusement répandu plus que de raison (Symptome-Dei de FLAMEN DIALIS ou Alarme! de KASHMIR pour rester dans le prog, mais les exemples sont innombrables). L’album ne verse pas non plus dans l’excès inverse; les développements mélodiques sont conséquents mais n’éjectent pas l’auditeur.
Autres grands écueils de la musique électronique d’alors: le fourre-tout instrumental (KASHMIR, encore une fois) ou les grandes plages d’improvisation en pilotage automatique (FLAMEN DIALIS, Adonia de OSE ou encore Tim BLAKE), dénotant une inspiration naïve du TANGERINE DREAM période Baumann. Erebus est plutôt influencé par la période Schmoelling, en particulier les longs développements mélodiques de Tangram (1980) et White Eagle (1982). Nous pouvons aussi comparer Erebus avec 1984 (1981) d’Anthony PHILLIPS, une longue (et excellente) suite à tiroirs, à dominante électronique mais à la rythmique hybride, faite de boîtes à rythmes et de percussions, et présentant également le même genre de mélodies dansantes et optimistes.
Pourtant, c’est bien à Exit ("Chronozon", "Network 23") que l’introductif "Célia" se rattache, de par ce thème accrocheur, cette structure pop, cette rythmique trépidante, ces séquences galopantes. La grande différence est bien sûr le son, numérique et très carré chez TANGERINE DREAM, analogique et chambré chez ZADRI & MO. Ce titre court contraste avec les trois autres, nettement plus longs, comme si Polydor avait exigé de ZADRI & MO un morceau exploitable en single. Mon seul regret est une transition harmonique maladroite du thème vers le début. Une version alternative de "Célia" existe, sur un 45-tours promotionnel de l’Entreprise Téléphonique Savoisienne, avec un mixage différent et l’une des mélodies remplacée par un solo de piano électrique.
À cette entame exubérante succède "Éléa", un thème rêveur et baladeur, teinté de mélancolie mais évitant la banalité grâce à un canevas harmonique riche et fouillé, des arrangements très cristallins, de bons contrastes et un excellent travail sur le séquençage. Puis, comme dirait Feldup: et là, changement d’ambiance. Ce n’était que le début. "Lona" débute avec de faux airs de Jean-Michel JARRE avant de se déployer en un air martial et percutant, aux harmonies délicieuses. Nous comprenons alors qu’Erebus n’est définitivement pas un album comme les autres. Après un break planant arrive le développement. C’est là aussi que la batterie révèle toute son importance, tout son apport organique.
Et ce n’est encore que le début! Sur la seconde face, nous trouvons le morceau-titre, une suite épique de sept mouvements pour vingt-cinq minutes. Sept mouvements, avec chacun un riff de départ, un développement, une dynamique particulière. Des marches assurées succèdent à des cavalcades déjantées. C’est véritablement impressionnant, enivrant, fabuleux… Que dire de plus sans surenchérir dans le dithyrambe? Encore une fois, le son peut rebuter de par sa crudité; certains passages donnent l’impression de machines antédiluviennes poussées à bout, menaçant de rendre l’âme d’une minute à l’autre. Pour ma part, cette limite technique n’est aucunement problématique et ZADRI & MO en tirent le meilleur parti. Pour faire simple, je dirais que "Erebus" est le pendant low-tech du "Mojave Plan" de TANGERINE DREAM. Je n’aime guère tirer de grandes comparaisons comme ça, mais les deux compositions présentent de grandes similitudes dans leur caractère mélodique et leur construction musicale cumulative. J’éviterai cependant la comparaison avec les suites électroniques de ART ZOYD, bien plus marquées par la musique minimaliste américaine.

Quelle délicieuse sensation que de ressentir un album comme un cadeau rêvé, comme s’il nous était destiné, comme s’il était ce que nous cherchions sans le savoir depuis des années. Étant donnée la propension de certains groupes à mettre le paquet en début d’album puis à meubler paresseusement derrière, l’efficace "Célia" pouvait tout autant préfigurer une pépite qu’un pétard mouillé sans grande consistance. Or, Erebus semble meilleur à chaque minute, chaque morceau fait tremplin vers le suivant, et sur le morceau-titre c’est le ultra-giga-pied. Cette musique est si puissante que quand l’album se termine, je n’ai envie d’écouter rien d’autre, juste de laisser résonner cette féerie sonore dans mon esprit.
Il ne manque qu’une chose: qu’un label avisé propose enfin une réédition en bonne et due forme!

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   NANAR

 
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- Stéphane Zadri (synthétiseurs)
- Julien Mo (synthétiseurs)
- François Auger (batterie)
- Philippe Eidel (solo de guitare sur 4)


1. Célia
2. Éléa
3. Lona
4. Erebus



             



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