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CYBOTRON - Enter/clear (1983)
Par SASKATCHEWAN le 23 Septembre 2008          Consultée 1295 fois

Comme beaucoup d’autres genres musicaux, la Techno de Détroit n’échappe pas à la controverse quand il s’agit d’éprouver la qualité de ses balbutiements. Si les premières œuvres de Derrick MAY, de Kevin SAUNDERSON et de Juan ATKINS, les trois fondateurs du genre (autoproclamés diront certains), sont presque unanimement reconnues, reste que CYBOTRON, combo éphémère formé par Juan ATKINS, Richard DAVIS et John HOUSELY, peine à séduire les archivistes de la boîte rythme. En cause : une influence New-Wave trop marquée, une guitare qui tombe comme un cheveu sur la soupe et un leitmotiv particulièrement récurrent quand on en vient à parler de l’histoire des musiques électroniques : « KRAFTWERK l’avait déjà fait avant ».

Procédons avec méthode en validant ou pas les charges retenues contre le premier album de CYBOTRON : Enter, sorti en 1983.
Enter est influencé par la New-Wave, c’est un fait. La boîte à rythme, les synthés, la guitare, tout sonne très années 80, quant à savoir si c’est une qualité ou un défaut, je laisse ça à l’appréciation de chacun. Sur certains titres (« Enter » par exemple) on croirait entendre le chanteur des TALKING HEADS, ou plutôt une pâle imitation de celui-ci.
J’ai déjà mentionné plus haut l’utilisation de la guitare, domaine réservé de John HOUSELY. Il faut savoir que la guitare en question est dite « électronique », c’est-à-dire qu’elle sonne peu ou prou comme une sonnerie de portable, ressemblance que les mélomanes du nouveau millénaire auront appris à redouter comme un penchant de très mauvais goût. On peut aussi s’étonner des quelques structures Rock FM qui parsèment l’album, en particulier sur « Industrial Lies », qui fait la part belle à un solo de ladite guitare, sommaire certes, mais pas si déplaisant.
Et KRAFTWERK dans tout ça ? Disons qu'il n'y a rien sur cet album qu'on ne trouve déjà en mieux sur Die Mensch-Maschine ou Computer Welt. Ce qui n'empêche pas CYBOTRON d'être sympathique. Et d'avoir su allier ses influences allemandes à du funk américain, ce que personne, à ma connaissance, n'avait fait avant eux. KRAFTWERK + funk = techno.

En réalité, les trois reproches formulés dans le paragraphe précédent ne sont rien de plus qu’une illustration des contradictions qui parcourent le premier album de CYBOTRON. Contradictions que l’on pourrait résumer à une divergence de point de vue sur l’orientation musicale à adopter entre Juan ATKINS et Richard DAVIS, élément déclencheur de l’implosion du groupe à la suite de ce premier essai.*¹
Richard DAVIS, si l’on prend en compte le seul titre de l’album qu’il a composé tout seul (« Industrial Lies »), semble opter pour une musique rythmée proche de la New-Wave, voire du Rock. Le texte, très anti-Reaganien, tranche avec les thèmes futuristes de « Cosmic Cars » et « Alleys Of Your Mind », deux titres fortement imprégnés de littérature SF. Pour illustrer le point de rupture entre thèmes futuristes et préoccupations du présent, on peut également citer des morceaux comme « El Salvador » et « The Line », le premier faisant référence à la guerre civile qui agitait ce petit pays d’Amérique Centrale à l’époque, sous couvert de voix modifiées très kraftwerkiennes ; le second développant une critique de la société américaine.
Juan ATKINS quant à lui, semble plus concerné par une musique strictement électronique, première ébauche du style Techno de Détroit fait de beats répétés et de nappes de synthés aiguës. La création d’un monde futuriste rempli de robots et de voitures volantes s’oppose clairement à la réalité de Détroit, entièrement tournée vers son passé industriel et automobile. Les meilleurs titres de l’album sont d’ailleurs ceux qui conjuguent évasion futuriste et structures dansantes alliées à des sons extraterrestres, tels que « Cosmic Cars », « Alleys Of Your Mind », « R-9 »*² et « Cosmic Raindance ».

Qu’est-ce qui est Techno et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Que faut-il retenir du premier album de CYBOTRON ? A n’en pas douter, Enter contient quelques titres révolutionnaires. Personnellement, je donne à un titre comme « Cosmic Cars » une place aussi importante dans l’histoire de la Techno qu’à des morceaux comme « Techno City » du même CYBOTRON et « Strings Of Life » de Derrick MAY. Autre certitude : Juan ATKINS, par le biais de CYBOTRON, a créé la Techno, ni plus ni moins. Reste que l’album en lui-même est déchiré entre ses multiples influences : New-Wave, Rock, Funk, musique électronique allemande ; le tout manquant cruellement de cohérence. En définitive, Enter est un bon album qui contient quelques morceaux révolutionnaires, mais aussi quelques applications maladroites des standards de l’époque.


*¹ Note « un seul DJ vous manque et tout est dépeuplé » : la carrière de CYBOTRON prendra un nouveau départ dans les années 90 sous la houlette de Richard DAVIS, avec deux albums assez peu recommandables. Juan ATKINS quant à lui, entamera une carrière solo sous le pseudonyme de MODEL 500, avec la réussite que l’on sait.
*² Note sur les rééditions : Enter est sorti en 1983, ce qui fait de lui le premier LP de l’histoire de la Techno. Il a été réédité en 1990 sous le nom de Clear, avec « R-9 » en titre bonus, d’où le double nom dans l’intitulé de la chronique. Dommage cependant que les petits gars du label Fantasia n’aient pas pensé à « Techno City » comme second titre bonus.

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- Juan Atkins (arrangements électroniques)
- Richard '3070' Davis (arrangements électroniques)
- John 'jon-5' Housely (guitare électronique)


1. Clear
2. R-9
3. Cosmic Cars
4. Enter
5. Alleys Of Your Mind
6. Industrial Lies
7. The Line
8. Cosmic Raindance
9. El Salvador



             



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