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MARVIN GAYE - What's Going On (1971)
Par ONCLE VIANDE le 8 Avril 2010          Consultée 2819 fois

Marvin GAYE fait partie des artistes dont les « discothèques idéales » n'ont retenu qu'un album. Un choix compréhensible mais regrettable qui ne reflète pas la réalité d’une œuvre aux facettes multiples.

Qui dit Marvin GAYE dit What’s Going On. S’il est hasardeux d’affirmer que ce disque est son meilleur, assurément il est à part. L’album est porteur d’un message philosophique, spirituel et politique. En cela, il tranche d’avec l'innocence des années soixante, en cela aussi il se distingue des productions suivantes préoccupées d’érotisme et de sexualité. What’s Going On est aussi le premier concept album reconnu de la musique noire. Un LP entier organisé comme une fresque où les différents thèmes sont traités les uns après les autres, pour la plupart enchaînés, donnant à l’ensemble l’allure d’une ambitieuse chronique. Mais revenons sur sa genèse.

Nous sommes en 1970. Marvin GAYE, beau-frère du tout puissant Berry Gordy et crooner modèle de la florissante Tamla Motown, subit un double traumatisme. Sa partenaire de chant Tammi TERRELL décède d’une tumeur cérébrale tandis que les lettres de son frère en provenance du Vietnam lui décrivent les horreurs de la guerre. Marvin est un artiste entier. S’exprimer par la musique est un besoin vital qui ne sera jamais aussi ardent que quand il sera au plus bas, et de cette période naîtra naturellement un projet à la mesure des épreuves traversées.

Pour la première fois un artiste de la Tamla impose ses vues au grand manitou Berry Gordy. Au terme de négociations difficiles, Marvin obtient le contrôle total de son travail. Il compose, arrange et produit le disque, cassant les habitudes de la Motown. Jusqu’ici, la musique était façonnée par une poignée de producteurs et différait assez peu – en tout cas sur le fond – d’un artiste à l’autre. Une prise d’indépendance qui sera suivie par celle de Stevie WONDER quelques mois plus tard, un WONDER dont il faut toucher deux mots, si proche, si différent. Marvin GAYE n’est pas animé des mêmes tentations progressistes, n’est pas féru de technologie, ne fait pas du brassage des genres ou du travail mélodique ses directions privilégiées. Sa musique s’inscrit dans une tradition, vise le raffinement et par-dessus tout l’élégance. Elle s’en trouve être naturellement moins « blanche » que celle de Stevie, l’aspect pop n’ayant exercé sur lui qu’une influence minime.

Les moyens mis en œuvres sont conséquents. Les musiciens de la Tamla sont triés sur le volet et Marvin peut compter sur les Funk Brothers. Les orchestrations doivent plus à la rigueur classique qu’à la spontanéité pop et donnent au disque ce professionnalisme très typé. Le son GAYE est là ; le plus soyeux, le plus précis, le plus luxueux de la soul music des années soixante-dix. Les percussions sont élancées, les groove agiles, le son racé, moelleux, lustré. L’artiste ne possède pas une voix extraordinaire mais compense par des arrangements vocaux particulièrement audacieux. Dans son désir de sophistication, l’œuvre intègre des éléments de jazz sans ne rien perdre de sa ferveur.

Les compositions reposent sur un nombre limité d’harmonies et donnent au disque comme une redondance géniale. Cette ressemblance entre les titres, qui peut décevoir aux premières écoutes, est en vérité la force de l’œuvre. Elle lui imprime une insistance, une conviction, un feu intérieur que rien, pas même l’impératif changement de face entre « Mercy Mercy Me » et « Right On » ne parvient à rompre. Si le prologue et l’épilogue sont séparés du corps du disque, c’est pour mieux le refermer sur lui-même. La fin d’« Inner City Blues » retrouve le thème de la plage titre et la boucle est bouclée.

Le disque est habité d’une foi difficile à retranscrire par des mots. C’est bien le fils du prédicateur, l’enfant des églises éduqué au negro spiritual qui s’exprime ici. What’s Going On porte un regard particulier sur l’état du monde, qui n’est pas analytique, mais prise de conscience, perception sensible et totale des fléaux qui le rongent. Ainsi le disque n’est-il jamais moraliste, ni béatement optimisme, encore moins revendicatif. Une vision pénétrante s’en dégage, bien au-delà des étiquettes, des prises de position propres aux œuvres engagées, et lui donne un caractère universel.

Dans sa vision globale, Marvin GAYE aborde plusieurs thèmes qu’il ne dissocie jamais complètement, imbrique les chansons comme les idées, suggérant des enchaînements de causes à effets. Plusieurs niveaux de préoccupations sont ainsi évoqués : sociaux (chômage, discriminations raciale et sexuelle), politiques (la guerre), philosophiques (fraternité, respect de l’environnement) mais jamais considérés comme des sujets isolés. A l’image de son concept, What’s Going On est une œuvre fluide et unifiée qui – luxe suprême – parvient à faire oublier la complexité de sa conception.

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   ONCLE VIANDE

 
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- Marvin Gaye (chant et chœurs, piano, batterie, claviers)
- David Van De Pitte (dir & arr orchestre)
- The Andantes (chœurs)
- Mel Farr Et Lem Barney Des Detroit Lions (chœurs)
- Bobby Rogers Des Miracles (chœurs)
- Elgie Stover (chœurs)
- Kenneth Stover (chœurs)
- The Funk Brothers (instrumentation)
- James Jamerson (basse sauf sur 6 et 9)
- Earl Van Dyke (piano)
- Bob Babbitt (basse sur 6 et 9)
- Joe Messina (guitare)
- Robert White (guitare)
- Eli Fountain (sax alto)
- Wild Bill Moore (sax ténor)
- Chet Forest (batterie)


1. What's Going On
2. What's Happening Brother
3. Flyin' High (in The Friendly Sky)
4. Save The Children
5. God Is Love
6. Mercy Mercy Me (the Ecology)
7. Right On
8. Wholy Holy
9. Inner City Blues (make Me Wanna Holler)



             



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