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1970 Curtis
1971 Roots
1972 Superfly
 

- Style : Al Green , Isaac Hayes

Curtis MAYFIELD - Curtis (1970)
Par ONCLE VIANDE le 6 Mars 2010          Consultée 1509 fois

L’itinéraire de Curtis MAYFIELD a des allures de déjà vu. Leader d’un groupe qu’il quitte au sommet, ses débuts en solo sont enthousiasmants. Suit un déclin progressif, une traversée du désert, une tentative de retour puis une fin tragique. De cette carrière longue de quarante ans, je n’évoquerai pas les IMPRESSIONS pas plus que je ne m’étendrai sur le Curtis post 1975, plus très mordant à mon goût.

Curtis MAYFIELD nous a quitté il y a un peu plus de dix ans, suscitant moins d’émotion dans les médias qu’Isaac HAYES si ma mémoire est bonne. Son apport à la black music est pourtant équivalent. Avec ses quatre ou cinq premiers disques, il a imposé auprès d’un large public une soul engagée et à l'esthétique typée.

Casquette, lunettes et bouille ronde cachent une personnalité forte. Dans une période où la black music se découvre des possibilités infinies et repousse ses limites, MAYFIELD a son mot à dire. Il fonde à la fin des années soixante le label Curtom sur lequel sortiront ses albums, mais plus qu’un propriétaire d’écurie, il est avec les IMPRESSIONS le créateur d’un genre : la Chicago Soul.

Ce style caractéristique pourrait se résumer en deux mots : urbain et cinématographique. Il s’agit d’une Soul très orchestrale dominée par les cuivres et les cordes : les trompettes et les cors sont imposants, les lignes de violons vigoureuses tandis que des parties de harpe illustrent les moments les plus délicats. Soul rythmique, recourant à un large éventail de percussions. Soul électrique aussi, employant volontiers la basse fuzz, la pédale wah-wah et quelques effets psychédéliques. Une soul enfin, à laquelle nous autres européens, avons été familiarisés par les téléfilms des années soixante-dix, au point de lui avoir associé bon nombre de souvenirs, de clichés peut-être.

Curtis MAYFIELD c’est aussi une voix, immédiatement identifiable et étonnante dans le registre de la Soul. Haut perchée, souple et féline, tellement élastique qu’elle en devient une composante essentielle du groove (quel chanteur pourrait interpréter « Wild And Free » ou « Don’t Worry » sans en rompre le feeling ?). Ajoutons enfin un timbre d’une tendresse presque féminine, chose rare pour un chanteur noir (« The Makings Of You »).

Le parcours solo du musicien commence ici, avec cet éponyme brillant, tellement brillant qu’il ne fera jamais mieux à mon avis. Chaque face débute par une longue transe dont il sera tiré une version single. « Don’t Worry », plus riche en texte, exploite quelques effets simples pour évoquer une descente aux enfers. « Move On Up » est plus instrumentale et reste la pièce phare du disque. Les autres chansons témoignent du talent de compositeur / arrangeur de Curtis. Sa classe mélodique éclate sur « The Other Side Of Town » ou « Miss Black America ». Titres courts où transparaît une sophistication évidente, au niveau des arrangements mais aussi des structures ; « The Makings Of You » alterne valse et mesure quatre temps sans avoir l’air d’y toucher tandis que l’ambitieux « We The People » recrée une progression narrative avec son pont de percussions et ses vagues de harpe. Le son est puissant, les couleurs parfois jetées avec violence. Ce premier disque semble avoir été enregistré au bas des immeubles, à proximité des voitures et des passants, attirant dans ses rythmes les danseurs de rue, et reste sinon le plus abouti, en tout cas le plus typé.

Les textes abordent les thèmes raciaux, esquissés à travers différentes histoires ou expériences. MAYFIELD ne réduit pas sa lutte à la seule cause noire (« I'm Talking Bout Brown And Yellow Too ») et recourt volontiers aux images poétiques pour fustiger l’absurde discrimination (« Nous les gens plus foncés que le bleu » ou « Le revers de la ville », métaphore des quartiers noirs). L’humeur qui traverse le disque est plutôt positive, plus conciliante que combative, et (encore) confiante en l’avenir comme le prouve « Miss Black America » dédié à sa fille.

Ce premier CURTIS est une valeur sûre de la Soul de Chicago, et peut-être son plus bel ambassadeur. Déracinement temporel et géographique garantis.

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1. (don't Worry) If There's A Hell Below, We're All G
2. The Other Side Of Town
3. The Makings Of You
4. We The People Who Are Darker Than Blue
5. Move On Up
6. Miss Black America
7. Wild And Free
8. Give It Up



             



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