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ROCK PROGRESSIF  |  STUDIO

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1993 Suspiria
1992 Iris

MIRANDA SEX GARDEN - Suspiria (1993)
Par DARK PANDA le 2 Mars 2010          Consultée 1246 fois

A quoi reconnait-on un chef-d'œuvre musical ? La réponse à cette ardente question tient forcément de la subjectivité. Pourtant, il est des groupes, ou plus particulièrement des albums, qui sont enclins à faire l'unanimité de par leurs qualités certaines, et donc objectives. Il faut entendre par là une richesse tant vocale qu'instrumentale, l'unité de ses deux aspects organisant une musique intelligente, variée et foisonnante, mais aussi un apport certain de la dite œuvre au genre musical dans lequel elle s'inscrit. Et Suspiria est de ceux-là. L'avantage de cette galette, érigée par l'ésotérique groupe anglais MIRANDA SEX GARDEN au début des années 90, est qu'elle recouvre, et de fait enrichit, plusieurs registres musicaux : Rock gothique bien entendu, à travers des sonorités autant héritées de la Dark-Wave qu'appartenant à l'Heavenly voices - type de musique atmosphérique soutenu par une ou plusieurs voix féminines aériennes, voire féériques -, mais aussi au Rock Progressif, dans toute la liberté et l'inventivité qu'il peut générer.

Au-delà de ces multiples empreintes musicales, cependant, MIRANDA SEX GARDEN suit plus simplement son propre cheminement. Avec la volonté toujours innovante de créer une ambiance, une atmosphère, bref, de construire ce à quoi la véritable musique a toujours été vouée, à savoir une entité sonore imaginative et unique capable de transfigurer le réel. Suspiria, qui doit son nom au célèbre film d'horreur éponyme réalisé par le maître italien Dario Argento en 1977, est en cela une œuvre époustouflante, sûrement difficile à aborder mais gage d'extase pour celles et ceux qui prennent le temps de se l'approprier. En bon hommage cinéphile qu'il est, l'album, sorte d'Opéra-Rock médiéval, se construit comme une prolongation de l'angoisse baroque délivrée par le film dont il s'inspire. Les onze morceaux qui le constituent forment ainsi autant de palpitations, qui dégagent chacune à leur manière une fièvre bien particulière : tantôt frénétiques et envoûtées ("Ardera Sempre", "Open Eyes"), tantôt plus ténébreuses et axées sur les seules performances vocales ("Distance", "In Heaven" et sa note finale d'où jaillit la lumière divine... si si !), ces pièces lorgnent aussi vers la musique bruitiste (l'expérimental "Play"), voire la fanfare ("Willie Biddle And His Waltzing Maggot"), tout en s'essayant assez magistralement à l'art de la reprise ("My Funny Valentine", standard du jazz dont on ne compte plus les tributes, et "In Heaven", réappropriation du morceau "Lady In The Radiator Song", tiré du célèbre film lynchien Eraserhead). Mais ces catégorisations ne valent plus grand chose, lorsqu'on s'aperçoit que chaque morceau de l'album mêle tous ces aspects à la fois, afin de former une piste musicale d'une heure parfaitement homogène et jouissive.

Mais rentrons plus en détail dans la musique proprement dite. Suspiria, en œuvre complète qu'elle est, possède différents atouts notoires : en premier lieu, la voix virtuose de sa chanteuse, Katharine Blake, formidable d'intensité. Et il faut l'écouter séduire les rythmes ou se jouer d'eux, se faufiler entre les notes des instruments et éclater, toujours avec justesse, dans un geyser d'incandescence et de pureté. Pierre angulaire de la tour de Babel qu'est Suspiria, c'est elle qui semble d'ailleurs pousser nombre de morceaux vers l'expérimentation la plus brillante. Mais elle sait aussi se feutrer ou faire silence pour laisser de l'espace aux divers instruments du groupe, lorsqu'elle ne les sert pas directement. D'où l'émergence du second atout de Suspiria : son florilège d'outils musicaux, qui fait découvrir à l'oreille attentive une pléthore de trouvailles artistiques, multicolores et transcendantes. Mis à part les éléments essentiels d'un groupe rock, à savoir la batterie, la guitare et la basse, on trouve pèle-mêle dans Suspiria, du piano, des tambours, du synthé en tout genre, du violon et son guttural frère le violoncelle, ainsi qu'un nombre incalculable de sonorités ésotériques peu facilement définissables pour le néophyte, mais diablement envoûtantes. Cette diversité de couleurs, mêlée au génie des instrumentistes, débouche sur une musique très créatrice, parcourue d'ambiances célestes et fantasmagoriques : les cordes, prépondérantes dans l'album, se distordent et s'électrisent souvent en hymnes enivrants ("Inferno"), tandis que les claviers posent des plages à la fois langoureuses et solaires, toujours pénétrantes. Au sein de ces constructions bigarrées, les foisonnantes percussions dirigent quant à elles les débats, avec variation : au gré des morceaux, elles savent valoriser les cymbales ou les tambours, armées de balais, de mailloches ou de baguettes standards, afin d'apporter au moindre son une touche originale, astrale et décalée.

Voilà donc ce qu'est réellement Suspiria : une féérie oppressante aux accents médiévaux, portée par un Rock voluptueux et décomplexé. Sa richesse tant musicale que vocale en fait un indispensable du Rock Gothique et Progressif, ses origines cinéphiles en font un concept-album d'une ravageuse intelligence. A des tubes immédiats et savoureux ("Sunshine"), il sait combiner des titres plus abrupts et expérimentaux ("Distance", "Play"), tout en conservant une qualité générale proche de la perfection. Proche ? Allez, j'ai commencé cette chronique en parlant d'un chef d'oeuvre, alors je la finirai avec la même radicalité : avec Suspiria et ses sonorités démentes, corrosives et envoûtantes, MIRANDA SEX GARDEN transcende la musique et créé un univers onirique époustouflant. Le jusqu'au-boutisme et l'intelligence musicale de cet album font de lui un objet intemporel et parfait, en tout point.

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1. Ardera Sempre
2. Open Eyes
3. Sunshine
4. Distance
5. Play
6. In Heaven
7. Bring Down The Sky
8. Feed
9. Inferno
10. Willie Biddle And His Waltzing Maggot
11. My Funny Valentine



             



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