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2009 Beak
2012 >>
2010 Wulfstan
 

- Style : Silver Apples, Neu!
- Membre : Portishead
 

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BEAK> - Beak (2009)
Par JOVIAL le 30 Août 2010          Consultée 2105 fois

BEAK, ce nom ne vous dira probablement rien. C’est bien dommage, car sous ce pseudonyme étrange se cache le nouveau projet solo d’un certain Geoff Barrow, mondialement connu pour son travail avec un des groupes phares du trip-hop, Portishead. En 20 ans de carrière musicale, aussi bien en tant que musicien, producteur ou encore directeur de label, il nous aura fallu attendre l’aube de la vingtième année pour que notre Anglais sorte enfin un album ne comportant qu’une signature, la sienne. Pour son nouveau groupe, Barrow a choisi de garder la formule Portishead, c’est-à-dire le trio, en s’entourant de musiciens méconnus mais talentueux : Billy Fuller (Fuzz Against Junk) et Matt Williams (Team Brick). Et la musique dans tout ça ? On y vient justement. Sur le livret intérieur de son premier album, BEAK explique ceci :

« BEAK possède de très strictes directives quant au processus d’écriture et d’enregistrement de son travail. L’album a été enregistré dans une seule pièce, sans overdubs ni retouches […] durant une durée déterminée de 12 jours. »

Avec cette simple précision, BEAK indique déjà quelle figure aura son œuvre. Elle sera brute et sans concessions. L’écoute de son premier album nous le confirme bien. Moi qui avait d’abord pensé me retrouver en face d’un sous-Portishead, aux confins du trip-hop et de la musique expérimentale, BEAK m’a infligé une claque que je ne suis pas près d’oublier. De trip-hop, il n’en est pas question. Barrow a voulu son projet beaucoup plus rock, plus tranchant, en s’inspirant d’un grand nombre de styles aussi différents qu’inattendus : du dub primitif, un soupçon d’ambient et de cold-wave, un peu de post-punk, une abrasive musique électronique et une grosse dose de krautrock. L'influence de groupes tels que Can, Faust, Neu! ou des Américains des Silver Apples est flagrante. La pochette de l’album n’est-elle d’ailleurs pas sans rappeler celle d’un certain Neu!’75 ? Mis à part cet amusant détail, du point de vue purement musical, BEAK ne copie pas absolument ses aînés, mais au contraire s’approprie leurs musiques, pour au final créer son idiome particulier. L’album reste d’ailleurs bien moins expérimental que la plupart des groupes de krautrock, nos Anglais ayant bien souvent tendance à cristalliser leurs compositions, mais demeure tout de même terriblement novateur.

La musique de BEAK est un hommage au minimalisme. L’ensemble de ces compositions ne reposent que des rythmiques simples et répétitifs, orchestrés par une basse aussi lourde qu’hypnotique, ainsi qu’une batterie métronomique, en motorik perpétuel. Le tout est agrémenté par Barrow de quelques claviers, de chant et plus rarement de guitare, créant une musique incroyable, terriblement sombre, aussi froide et désolée qu’un paysage sibérien.

Beak est avare en paroles, le chant ne se limitant la plupart du temps qu’à de longues plaintes lugubres, lointaines et torturées. On citera par exemple « Pill », où l’inquiétante mélopée, parfaitement associée avec un clavier tout aussi glaçant, prépare nos nerfs pour le morceau suivant, « Ham Green », quant à lui uniquement construit sur une conversation hallucinée entre chants terrifiants et rythmique étouffante, avant un final qui m’a littéralement décapité, sur lequel BEAK n’a rien à envier aux meilleurs artistes de doom metal. « Backwell » elle aussi s’inscrit dans ce même style : le trio installe l’ambiance, pour finalement changer de cap en un instant, nous faisant complément perdre pied.
Cette musique est une longue chute dans une abîme que l’on penserait sans fond, ce qui fait de l’arrivée au sol un véritable électrochoc, bien que le groupe tente maintes fois de nous faire atterir en douceur.

Au premier abord, l’album peut paraître trop répétitif, ces rythmiques infatigables et lancinantes en rebuteront plus d’un. Beak, il faut rentrer dedans, c’est un voyage éprouvant mais fantastique. On comprendra qu’au final ce premier album n’est pas répétitif du tout, que chaque morceau possède son rythme, son humeur et son imaginaire. Entre mélancolie morbide (« Flax Bourdon », « The Cornubia »), tribute à Can (« Ears Have Ears ») et compositions électroniques effrénées (« I Know », « Iron Action »), les trois Britanniques ont également composé des morceaux plus inattendus : « Bladgon Lake », sans doute le meilleur morceau du disque, que je n’arrive toujours pas à décrire et que je vous laisse découvrir par vous-même, « Battery Point », sorte de Mogwai moins aérien et plus saturé, « Barrow Gurney », corrosif morceau de musique électronique bruitiste, et enfin Dundry Hill, rappelant les expérimentations de King Crimson sur leur album Red.

Beak est un album plus que jouissif. Geoffrey Barrow écrit ici un chef d’œuvre, glauque mais extrêmement riche à mon goût. Pas forcément facile d’accès pour tous le monde, mais tenter l’expérience peut s’avérer une bonne idée compte tenu de ce que ce disque pourra vous procurer par la suite. Le krautrock est de retour, et cette grand claque est là pour nous le rappeler.

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- Geoff Barrow (guitare/chant/claviers)
- Matt Williams (batterie/chant/claviers)
- Billy Fuller (basse/chant/claviers)


1. Backwell
2. Pill
3. Ham Green
4. I Know
5. Battery Point
6. Iron Action
7. Ears Have Ears
8. Blagdon Lake
9. Barrow Gurney
10. The Cornubia
11. Dundry Hill
12. Flax Bourdon



             



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