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- Membre : Nick Cave & The Bad Seeds , Nick Cave & Warren Ellis

GRINDERMAN - Grinderman 2 (2010)
Par STREETCLEANER le 6 Décembre 2010          Consultée 2329 fois

Ceux qui ont suivi un tantinet la carrière de Nick Cave (and the Bad Seeds) se souviennent que ses dernières productions avaient délaissé le côté rock cru délicieux de ses premières années et pas mal de fans (moi inclus) ont regretté l’assagissement de notre rocker-crooner. La soupe était devenue toute tiède, voire froide, car, merde il faut le dire, From Here To Eternity ou Your Funeral… My Trial (par exemple) c’était quand même autre chose que The Boatman’s Call. Je ne parle pas là de la qualité des compositions car Nick Cave a toujours su proposer des albums intéressants. Mais faire du piano son instrument de prédilection ne correspondait évidemment pas forcément à l’attente d’une bonne partie de ceux qui avaient été enchantés par le post-punk/rock des débuts. Et puis était-on dans une carrière solo ou encore dans un groupe ? Alors quand son side-project GRINDERMAN a vu le jour en 2007, avec le noyau dur des BAD SEEDS, le carré des fidèles, la vieille garde, celle de presque tous les combats (Warren Ellis, Jim Sclavunos et Martyn P. Casey), dans le but de nous proposer un rock-blues lourd et bien couillu à l’énergie brute digne des Stooges ou MC5 (et forcément centré sur la guitare électrique) nombreux ont été ceux à s’exclamer : « yes ! ça y est, il l’a fait ! ». Et je dois dire que ce premier Grinderman était (et reste) foutrement bien bon.

Et ce second Grinderman alors, intitulé tout bêtement Grinderman 2 ? Et bien c’est encore un opus urgent et violent à la limite de l’improvisation (dixit Nick Cave), un opus blues mais puissant, un opus toujours rock, libre et sauvage, du rock raw méchamment énergique mais encore plus cru, dur et solide comme du béton armé, du rock joué par des musiciens habités, d’ailleurs des musiciens au système pileux particulièrement développé, une image qui colle parfaitement à leur musique virile. Ca sent encore la testostérone, l’alcool, les drogues, la sueur, les doigts calleux et usés par les frottements des cordes des guitares, les amplis qui chauffent, les riffs agressifs à base de fuzz pedal, le Diable qui s'invite en arrière-plan, le bouge ou le bar miteux avec ses quelques putes fatiguées qui racolent… bref, c’est du vrai rock qui a ce qu’il faut là où il faut et qui va encore effrayer une bonne partie de l’auditoire du Nick Cave plus romantique et poète.

Cave triture encore sa guitare électrique sans complaisance, et Ellis (vrai maître du son de GRINDERMAN), qui ressemble toujours à un homme primitif, maltraite de nouveau son bouzouki électrique et sa Fendocastor, et ils obtiennent de leur part une palette sonique et sonore particulièrement crue et abrasive, à la limite de ce qu’ils peuvent donner dans la souffrance (le bluesy « Kitchenette » par exemple). Dieu que c’est bon ! Si on devait comparer la guitare à un animal on dira que ce dernier gémit comme si on avait versé du sel sur sa plaie, mais en fidèle serviteur il est toujours là à donner tout ce qu’il peut, quand bien même il s’approche dangereusement du point de rupture. La Bête fuse, et même dans les instants où son maître lui ordonne de se mettre en retrait, elle trépigne et continue à manifester sa présence par ses grondements et ses crocs. La guitare électrique... la Bête est là, tapie derrière le maître, mais jamais loin, et prête à bondir à chaque instant (« Mickey Mouse and the Goodbye Man », « Heathen Child »). Je ne vous conseille pas de laisser imprudemment traîner votre main… Et quand les instruments perdent leur côté animal, c'est pour charrier autant d’électricité qu’une ligne haute tension EDF (« Worm Tamer »).

La section rythmique n’oublie pas, quant à elle, le passé post-punk/indus des origines avec ce petit côté tribal (« Worm Tamer » privilégie les rythmes) qui s’invite de temps à autre et qu’on retrouve généralement au sein de ce mouvement. Le côté noisy des débuts est également perceptible. Qui a oublié les inspirations germaniques (Einstürzende Neubauten) de Nick Cave ? Dans le direct et ultra raw « Evil » on remarquera que le blues drague de nouveau le Diable et les voix scandent « evil ! » en guise de refrain. Qui a dit aussi que ces types n’étaient pas habités ? Simplement efficace... Quelques effets électroniques (sur « Worm Tamer », ou le single « Heathen Child ») amènent également certaines compositions à flirter avec des ambiances assez sombres. Mais le petit bijou atmosphérique de l’album est sans conteste le plus long « When My Baby Comes » (près de sept minutes) dans lequel les Grindermen nous plongent dans un climat plus nonchalant, quasiment enfumé, aux touches 70’s et réussissent avec brio à mêler violon mélancolique, guitare aux trémolos hallucinés et passés à la moulinette des filtres, et grosse basse ronde et hypnotique. Superbe !

Tout ceci tranche notablement avec le plus catchy et accessible « Palaces of Montezuma », un titre proche d’une ballade aux accents SPRINGSTEENiens, et bien jolie ma foi. Ou le délicat « What I Know », toujours dans cette même veine, et aux arrangements et légers bruitages quasi psychédéliques. Comme si les Grindermen avaient écouté des faiseurs de sons comme les MERCURY REV... En fait, selon Ellis, une partie de l'inspiration psychédélique de ce Grinderman 2 est plutôt à rechercher du côté du Krautrock (AMON DUUL notamment). On citera encore le superbe blues de fin d'album « Bellringer Blues » qui démontre que, sans réinventer la roue, le combo sait composer des titres parfaitement accrocheurs qu'on sait retenir facilement. Un blues-rock atmosphérique envoûtant qui nous possède littéralement. Car là encore les Grindermen réussissent à transformer cette chanson blues en une drogue hypnotique qui s'empare complètement de l'auditeur. A entendre ses claviers, l'esprit halluciné des 70's n'est jamais bien loin. Et puis, c'est propre, efficace, et sans bavures (sauf au niveau du son car les guitares laissent généralement de belles traînées baveuses et du gros grain !).

On notera que le combo nous offre une nouvelle fois un album assez court compte tenu des standards actuels (environ quarante minutes) mais il ne s’embarrasse pas de morceaux superflus. Direct à l’essentiel, ce que de trop nombreux groupes ont oublié au passage. Tous les titres font mouche, encore mieux que sur le premier Grinderman. Certains avec plus de succès que d'autres, mais on peut dire qu'il n'y a pas de filler. Ce rock-blues salement cru et burné... bon sang, que cela fait du bien !

Et comme il se doit : « Play it loud ! ».

PS : à noter que la version collector inclut un très chouette booklet illustré (en noir et blanc principalement), de 70 pages environ.

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   STREETCLEANER

 
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- Nick Cave (chant, guitare électrique, piano et orgue)
- Martyn Casey (basse, guitare acoustique, voix)
- Jim Sclavunos (batterie, percussions, voix)
- Warren Ellis (guitare, violon, bouzouki, mandoline, voix)


1. Mickey Mouse And The Goodbye Man
2. Worm Tamer
3. Heathen Child
4. When My Baby Comes
5. What I Know
6. Evil
7. Kitchenette
8. Palaces Of Montezuma
9. Bellringer Blues



             



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