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AMBIENT/PROTOPUNK  |  STUDIO

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- Style + Membre : Guru Guru, Thomas Dinger , Klaus Dinger

NEU! - Neu!'75 (1975)
Par JOVIAL le 11 Mai 2011          Consultée 1674 fois

Neu!’75, c’est avant tout l’histoire d’un divorce. Un divorce cependant conscient, accepté et même affirmé. Klaus Dinger et Michael Rother auront finalement mis un an à comprendre leur différence. Alors que le premier préfère un style plus direct, plus agressif, plus rock finalement, le second, lui, ne jure que par de longues plages d’ambient. Dans ces conditions, il est difficile d’imaginer que nos deux Allemands réussissent à sortir un nouvel album, et pire encore, que NEU! continue d’exister. Leur tempérament à chacun ne joue pas non plus en ce sens, les répétitions se transforment bien souvent en engueulades, qui n’aboutissent comme toujours, à rien. Rother claque d'ailleurs une première fois la porte et collabore pour quelques temps avec les musiciens Hans-Joachim Roedelius et Dieter Moebius, tous deux membres du groupe Cluster, dont on connaît la renommée aujourd'hui. Mais, au fond, nos deux compères savent parfaitement que le fruit de leur collaboration sera toujours de très grande qualité, et que, de toute façon, aucun autre musicien ne sera capable de venir jouer les remplaçants. Novembre 1974, un compromis est enfin trouvé : un troisième album sera bien enregistré, mais à une condition, que chacun des deux musiciens disposent d’une face à lui tout seul pour composer comme bon lui semble. D’un côté l’ambient de Rother, de l’autre le protopunk de Dinger. Le résultat, c’est Neu!’75, album bicéphale, à la coupure très nette, mais soutenue sans complexe. On aurait tout aussi bien pu assister à la sortie de deux disques distincts. « Leb’ Wohl », dernier morceau de la première face, se termine d’ailleurs un « bye, bye » ironique, comme si l’album s’arrêtait là… Mais contre toute attente, Neu!’75 s’avère être génial, et talonne de très près la qualité du premier album éponyme, qui reste toutefois à mon goût le sommet du groupe de Düsseldorf. La production y joue pour beaucoup : exit le matériel de fortune, les studios d’enregistrements miteux, les expérimentations crades, Brain Records a enfin accepté de débourser un peu de fric pour aider ses protégés. Résultat, les compositions sont plus propres, plus lisses et au demeurant plus faciles d’accès.

Trois notes de piano sont esquissées en guise de préambule : la première face est le royaume de Rother. Trois longs morceaux d’ambient pur, d’une beauté magistrale. Le groupe y abandonne le côté psychédélique des premiers albums pour développer des climats plus simples, plus lents parfois, mais transcendants de bout en bout. Les guitares sonnent comme si elles jouaient un hymne, avec une certaine retenue cependant, tandis quelques petits claviers font leur apparition aux côtés d’une batterie discrète mais jamais en retrait. Neu! compose un ambient de très haute volée, d’une classe froide et romantique. Trois morceaux aux humeurs bien différentes, inexprimables, nous emportant avec douceur pour un voyage entre les berges embrumées du Rhin et la tristesse de la Mer du Nord pour « Seeland » et « Leb’ Wohl », dans un lointain souvenir d’enfance pour « Isi ». Certains pourraient croire à une musique mièvre, mais ils se tromperaient d’emblée. NEU! pratique ici un ambient empreint d’une sensibilité touchante, sait parfaitement comment atteindre le cœur de son auditeur et l’exploite avec délicatesse.

La seconde face est cette fois-ci sous le contrôle totale de l’énervé Dinger, tout aussi génial dans son domaine que Rother l’est dans le sien. Car ce qu’écrit ici notre ami teuton, c’est tout simplement époustouflant : du motorik rock extrême, complètement dingue, qui vous explose à la figure aussi violemment qu’une bombe à retardement. Guitares agressives, rythmiques simplistes, chant tantôt désinvolte tantôt gueulard, attitude provocatrice… du punk avant l’heure, que Johnny Rotten lui-même considéra lui-même comme une des ses principales influences. Le morceau référence ici, c’est bien entendu « Hero », qui reste à mon goût le meilleur morceau que NEU! ait jamais écrit. Dans la même veine, « After Eight », plus sauvage, achève l’album dans la frénésie et le déchaînement. Coincé entre ces deux chansons, « E-Muzik », titre moins évident, est sans doute une tentative d’accouplemment entre Rother et Dinger, mais n’arrive malheureusement pas à atteindre les sommets espérés. À mon goût trop longue, ses percussions, répétitives et brutales, gâchent l’ensemble et me tape sur le système au bout de 3 minutes. Dommage, car sans elle, la seconde partie de l’album aurait pu être aussi parfaite que la première …

NEU! se séparera quelques semaines après la sortie de Neu!’75. Tant pis, le groupe s’en va néanmoins sur un dernier très bon album, que je conseille à tous les novices. À l’instar de son prédécesseur, mais peut-être un peu moins, l’album est de quelques années en avance sur tout le monde, et son influence dépasse nettement la sphère du punk rock. Outre Johnny Rotten, Neu! ira jusqu’à influencer David Bowie, Radiohead, une bonne partie de la scène électronique des 90's, ainsi qu’un sacré nombres d’artistes des années 70 à nos jours. Même l’artwork fait figure de précurseur : alors que les groupes de rock se parent des pochettes les plus sophistiquées, NEU! opte pour une image simple, presque industrielle, commerciale et totalement novatrice pour l’époque, qui, dit-on, ne manqua pas de choquer bon nombre de critiques.

Si le groupe n’a jamais eu la reconnaissance qui lui était dû en 1975, il a avec le recul, le droit de s’en aller la tête haute, et d’avoir aujourd’hui notre plus profond respect. Quand on pense que Klaus Dinger s'est éteint le 21 mars 2008, et que pas une ligne ne lui a été consacrée, alors que l’enterrement d’un certain Mickael Jackson nous a fait chié pendant deux mois, on se dit que le monde est quand même mal fait.

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- Michael Rother (guitare/basse/claviers/chant)
- Klaus Dinger (guitare/chant/batterie)
- Thomas Dinger (batterie)
- Hans Lampe (batterie)


1. Isi
2. Seeland
3. Leb' Wohl
4. Hero
5. E-muzik
6. After Eight



             



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