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- Style : Dimitri Chostakovitch , Igor Stravinsky
 

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Sergueï PROKOFIEV - Symphonies N°1 "classique", 2 & 3 (rojdestvenski) (2011)
Par SASKATCHEWAN le 6 Mai 2011          Consultée 1394 fois

Dans la famille des compositeurs russes, je voudrais le grand chauve au destin chaotique. Né en 1891 à Sontsovka, charmant petit village ukrainien aujourd’hui disparu, Sergueï PROKOFIEV est appelé à devenir l’un des plus grands compositeurs du XX siècle : Russie tsariste, Etats-Unis, France, URSS, aucun pays ne devait résister aux mille et unes mélodies ingénieuses de PRKFV, comme il signait lui-même son nom à la pointe de son épée. On aurait aimé, d’ailleurs, que sa biographie se résume à ces quelques précisions un peu ternes. Malheureusement pour lui, malheureusement pour la musique, il ne fait pas bon traîner ses partitions dans ce terrible siècle en « 19 », surtout quand on est russe. En 1936, le génie rentre au bercail au plus mauvais moment, tombe dans les rets du satrape moustachu, et expire le même jour que la Bête, le 5 mars 1953, après deux décennies de persécutions.

Avant tout cela, avant Octobre 1917, avant qu’une bande d’imbéciles ne se permette de clouer les « dégénérés » au pilori, il y avait encore de la place pour quelques audaces artistiques en Russie. PROKOFIEV, l’insolent, le grincheux, se range résolument du côté des modernes. Sa Suite scythe, composée en 1915, provoque un tollé dans les milieux musicaux de Saint-Pétersbourg, pour la plus grande joie de son auteur. Rusé renard, la terreur du conservatoire décide de composer une symphonie dans le style classique de HAYDN pour clouer le bec à ses détracteurs. En un petit quart d’heure, PROKOFIEV ne démontre rien de moins que son talent, son originalité, et l’incroyable vitalité de sa musique. La symphonie, dite « classique », est portée par un rythme enlevée et un entrain communicatif. La « Gavotta », une danse subtile, toute en retenue, opère une transition brillante entre la délicatesse du « Larghetto » et les élans triomphants du « Finale ». HAYDN est ici un prétexte, un nom-paravent qui abrite les audaces : le modernisme perce sous le néo-classicisme ; le rondo du dernier mouvement est visité par quelques souffles saccadés bien peu XVIIIe !

Sept années passent, PROKOFIEV l’exilé, après quelques déceptions américaines, s’est fixé en France, dans le Paris frivole des années 20. Pour impressionner un public toujours avide de nouvelles sensations (STRAVINSKI ne suffit déjà plus), le jeune compositeur met en route sa Deuxième Symphonie. La structure de cette œuvre étrange interpelle : deux mouvements, un « Allegro » et un « Tema con variazioni » d’une vingtaine de minutes ! Le classicisme de la Première est resté dans les cartons à Petrograd… L’introduction annonce la couleur : dissonance des cuivres, cordes déchaînés, rythme martial à la grosse caisse. Dans l’imbroglio des thèmes, on décèle un développement implacable, celui du rythme. L’orchestre vibre, éructe, trébuche, jusqu’au première notes lugubres du « Tema con variazioni ». Ce très long mouvement est inégal : on passe d’un modernisme menaçant et mécanique à des passages moins inspirés, du STRAVINSKI qui aurait mis de côté ses élans mystiques. Rien d’étonnant à ce qu’à l’époque, l’œuvre soit restée incomprise.

A la fin des années vingt, PROKOFIEV effectue un retour spectaculaire à ses premières amours : l’opéra. Il révise sa partition du Joueur, qui sera finalement créé à Bruxelles en 1929, et tente de faire monter sa dernière œuvre en date : L’Ange de feu, qui ne sera jamais joué sur scène avant le milieu des années 50 ! Pas découragé, le compositeur « recycle » quelques thèmes de L’Ange de Feu pour écrire sa Troisième Symphonie (1928). Musique de scène oblige, l’œuvre conserve un certain aspect théâtral : l’urgence, la tension de l’opéra moderne lui confèrent une dynamique inhabituelle pour une symphonie. Les dissonances sont toujours présentes, mais cette fois, quelques thèmes envoûtants (« Andante ») viennent aérer la partition. L’orchestre, sous la baguette de ROJDESTVENSKI*¹, en saisit toutes les nuances, et parvient à rendre justice à la fibre mélodique du compositeur sans aseptiser l’œuvre.

Trois symphonies, trois époques, trois visages d’un même compositeur. PROKOFIEV expérimente beaucoup et se trompe rarement. Hormis les quelques errements de la Deuxième Symphonie, tout est réussi sur ce disque. Même si la collision des genres est un peu déroutante, on s’émerveille à chaque fois des trouvailles de l’artiste, que ce soit dans le style classique ou moderne.


*¹ Note : j’ai choisi l’intégrale du chef d’orchestre soviétique Gennadi ROJDESTVENSKI pour chroniquer les symphonies de PROKOFIEV. C’est tout chaud, ça vient de sortir chez Mélodiya, même si l’enregistrement date du milieu des années soixante. Génial, sublime, et pas cher (160 carambars) !

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- Sergueï Prokofiev (compositeur)
- Gennadi Rojdestvenski (chef d'orchestre)
- Orchestre Symphonique De La Radio De Mos


- Symphonie N°1 'classique' En Ré Majeur Op.25
1. Allegro
2. Larghetto
3. Gavotta: Non Troppo Allegro
4. Finale: Molto Vivace
- Symphonie N°2 En Ré Mineur Op.40
5. Allegro Ben Articolato
6. Tema Con Variazioni
- Symphonie N°3 En Ut Mineur Op.44
7. Moderato
8. Andante
9. Allegro Agitato - Allegretto
10. Andante Mosso - Allegro Moderato



             



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