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Piers FACCINI - Leave No Trace (2004)
Par LARZAC le 16 Février 2012          Consultée 945 fois

En musique comme ailleurs, le coup de cœur existe. En ce soir du 23 octobre 2006, dans l'immense salle de Paris-Bercy, la vedette est bien Ben Harper. Comme toujours en ces situations, l'impatience est à son comble. Chaque personne présente ce soir-là n'attend qu'une chose. Le show! Une incommensurable clameur se soulève enfin dans la salle déjà enfiévrée lorsque vers 20h, le Californien entre sur scène. Mais quel est ce jeune homme élégant qui l'accompagne...? « My friend, Piers Faccini », lance la star dans le micro, avant de s'éclipser dans les coulisses.

Une quarantaine de minutes durant, le public se sent transporté, touché, par des sonorités, un rythme (celui de l'incroyable « If I »), une ferveur, une voix.

Piers Faccini, la trentaine, né d'un père italien et de mère anglaise, amoureux de la France où il emménagea à l'âge de cinq ans, nous donne à découvrir une poignée de morceaux issus de son second album, Tearing Sky, sorti dans le courant de l'année. Sa présence aux côtés de Ben Harper n'a alors rien d'anodin, puisque ce nouvel opus a été délivré sous la houlette de Jean-Pierre Plunier, producteur attitré du musicien américain. Évidemment, alors que les chansons se succèdent, c'est toujours ce dernier qui est attendu avec enthousiasme. Certains le manifestent. Un cri. Un sifflement. D'autres émanent néanmoins sans doute de spectateurs touchés par la beauté de cette musique, que nombre d'entre nous découvrons alors. Il n'est guère aisé d'ouvrir le concert d'un artiste de l'envergure de Ben Harper, dont la popularité en France n'est alors pas à démontrer. Lorsque les deux hommes permutent entre lumière et ombre, vers 21h, le soulagement semble être l'émotion dominante dans la salle, et il est vrai que la performance qui s'ensuivra fut exceptionnelle. Pour ma part, (et pour combien d'autres?), cette fascinante soirée fut tant celle du désir enfin comblé, celui de voir le grand Ben en concert, que celle d'une étonnante découverte, d'une agréable rencontre. Celle-ci ne tarderait pas à se muer en admiration certaine : Leave No Trace, premier album de Piers Faccini, et le plus récent Tearing Sky, figureraient bien vite dans mes étagères. Aux côtés des perles de Ben Harper. Improbable association, fruit de la force des choses.

Quelques traits de violoncelle lancés ça et là, comme une hésitation. Son légèrement crissant, rebondissant avec aisance... Une guitare, profonde, généreuse, s'y superpose bientôt. Et une voix, qui se mue parfois en soupir. Piers Faccini nous invite au voyage dès les premières secondes de « Where Angels Fly », déjà d'une remarquable intensité. Les mélodies orientalisantes d'une guitare dont les sons se brisent telles des gouttelettes cristallines ne manquent pas d'y contribuer. Mais n'est-ce pas davantage la chaleur apaisée de cet étonnant chant qui nous transporte immédiatement dans un univers embrumé? Le ton de ce premier album est donné: les sonorités sont claires, lisibles, épurées surtout. L'émotion passée, l'ouverture d' « All The Love In All The World » nous laisse entrevoir cette même fragilité des sons.

Leave No Trace est un album hivernal : chaque note distillée par le violoncelle de Vincent Ségal ou la guitare de Piers Faccini semble cassante comme une brindille couverte de gel, mais le tout baigne dans une douce lumière tombante de janvier, comme le suggèrent les visuels de la pochette.

Mais ce serait faire injure à la musique de Piers Faccini que de lui accoler la seule image d'un irréel flottement. Au juste, passés les premiers instants, le second titre est porté par un rythme et une ferveur sincères, qui peuvent devenir plus chargés encore, sur le chaleureux « Come My Demons », où un harmonica généreux vient appuyer régulièrement la section rythmique. Sur « Circles Round You », la paisible mélodie que Vincent Ségal extraie langoureusement de son piano ne masque aucunement l'infinie avalanche de cymbales, qui se maintient d'un bout à l'autre du morceau, vigoureusement soutenue par un violoncelle au swing infernal. Pourtant, encore une fois, une étonnante ambiance se dégage de ces titres au long desquels aucune réelle explosion ne se fait ressentir. Des émotions profondes s'en dégagent, mais c'est seulement peu à peu, partiellement, que Piers Faccini parvient à nous ouvrir les portes de son univers. L'intimité ne s'offre jamais à brûle-pourpoint. Et qu'il est plaisant de se laisser doucement porter, l'esprit légèrement hagard, par une musique parfois presque incantatoire.

En dépit de ce que l'on pourrait croire lors d'une première écoute, et alors qu'un premier contact a été établi entre l'anglo-italien et nous-même, il apparaît assez nettement que la tristesse n'est que rarement un sentiment qui nous submerge à l'écoute de cet album. « Catch A Flame » est un moment de répit légèrement teinté de mélancolie, lors duquel Piers Faccini nous laisse tranquillement fermer les yeux dans nos rêves. Ces mêmes songes qui éclateront quelques minutes plus tard dans le flou de « Dream After Dream », comme autant de petites bulles tourbillonantes... Et l'agréable quoiqu'anecdotique ballade qu'est « Picture Of You » évoque avant tout une rassurante chaleur maternelle. Ultime titre de Leave No Trace, « Can't Wait Another Day » n'est certes pas dénué d'une pointe d'amertume, mais celle-ci s'estompe systématiquement lorsque Piers Faccini conclut chaque couplet d'une voix lénifiante. Seul le somptueux et bref « Silver Light », longue plainte déchirante d'une guitare, d'une voix surtout, vient chercher en nous des sentiments à vif. Et la subreptice douleur qui n'a qu'à peine émergée met cependant quelques instants à s'effacer à l'écoute du morceau suivant, le brumeux « Deep Blue Sea », voire réapparait brièvement à chaque fois que revient le refrain d'« Ugly Places », lors duquel Piers Faccini montre une nouvelle fois sa faculté à puiser des notes graves et vibrantes.

L'homogénéité de ce premier album, qualitativement parlant s'entend, ne semble avoir d'égale que l'extraordinaire diversité des émotions que nous transmet Piers Faccini à travers ses morceaux. Un art éthéré, porté par une voix sensuelle, qui ne s'épanche que progressivement, mais sait toucher d'emblée. Évidemment, il y a une âme derrière cette musique.

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1. Where Angels Fly
2. All The Love In All The World
3. Catch A Flame
4. Dream After Dream
5. Come My Demons
6. Silver Light
7. Deep Blue Sea
8. Ugly Places
9. Picture Of You
10. Circles Round You
11. Cant' Wait Another Day



             



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